Des robots manifestant contre un plan social. Si l’image peut prêter à sourire, la symbolique est riche de sens. Mardi 15 juin, une partie des salariés de Softbank Robotics Europe ont manifesté dans le 15e arrondissement de Paris contre un plan social, accompagnés des robots Nao et Pepper qu’ils développent. Le groupe japonais Softbank avait en effet confirmé la veille envisager un plan social qui pourrait toucher 165 emplois sur les 330 de sa branche européenne.
En faisant défiler les robots à leurs côtés, les salariés ont voulu alerter sur la menace que fait planer ce plan social sur la pérennité de Softbank Robotics Europe, née en 2012 du rachat par Softbank de la pépite française Aldebaran. Pour des élus du Comité social et économique de l’entreprise, les robots Nao et Pepper risquent de disparaître du paysage de la robotique.
Boîte de robotique, décisions humaines
Ils s’étaient pourtant montrés aux côtés de plusieurs chefs d’Etat, dont Barack Obama, François Hollande et Emmanuel Macron. Surtout vendus au Japon depuis le rachat par le géant des télécoms, ils avaient timidement percé en France, prenant place dans des écoles, Ephad, centres commerciaux ou encore mairies. Avec ce plan de licenciements économiques, "Softbank signe la fin de la robotique humanoïde en France et en Europe", affirme dans leur communiqué des élus.
Voilà de quoi tordre le cou à l’idée que la robotique est destructrice d’emplois. Dans celle destinée à l'industrie, plusieurs économistes ont pointé que les robots, lorsqu'ils offrent un regain de compétitivité, permettent de maintenir des emplois voire d’en créer de nouveaux. Dans la robotique humanoïde, le défi R&D est tel qu'ils sont plutôt créateurs d'emplois, leur sort étant intimement liés à celui des humains qui les développent.
Derrière ces destinées, des décisions qui sont, elles, bien humaines. Manque d’investissements et de vision long terme, erreurs stratégiques, management délétère... Les élus retracent dans leur publication l’enchaînement qui a selon eux mené à "un véritable gâchis" depuis 2017. On pourrait leur rétorquer que la robotique humanoïde peine à trouver son marché et que d’autres pépites françaises ont mis la clé sous la porte, à l’image de Cybedroïd. Ce serait oublier que le principal actionnaire de Softbank, Masayoshi Sons, a lancé en 2016 Vision Fund, un fonds de placement spécialisé dans la haute technologie – signe de son appétence pour les paris dans l'innovation de rupture. Mais également que d’autres entreprises de robotique ont su pivoter pour adapter leur technologie à des marchés plus matures. A l’image de Boston Dynamics, qui a reconverti son quadrupède acrobate Handle en robot magasinier. Preuve qu’une boîte de robotique a avant tout besoin, comme toute autre, de bons pilotes.



