Bonne nouvelle, la France est championne des robots dans ces six secteurs

Si la France n’est pas le leader mondial de la robotique industrielle, des pépites tricolores occupent des positions fortes dans plusieurs marchés de niche et de plus en plus d’entreprises innovantes veulent profiter du boom de la robotisation. Panorama de six secteurs clés.

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Clinatec - Brain computer interface
À Grenoble (Isère), Clinatec développe un exosquelette destiné aux paraplégiques.

E-commerce, santé, risques civils et militaires, agriculture, robotique de services ou industrielle... Gros plan sur ces secteurs dans lesquels des pépites tricolores occupent des positions fortes ou innovent pour percer.

La robotique de services croit toujours en son avenir

Vendus à 25 000 exemplaires dans le monde, les robots humanoïdes Nao et Pepper ont longtemps été les visages de la robotique française et de ses succès... avant que leur fabricant, Aldebaran, ne passe sous pavillon japonais en 2016. Depuis, la robotique de services, cantonnée à la téléprésence ou à l’accueil, peine à trouver sa place. Faute de financements pour poursuivre son industrialisation, la start-up Cybedroïd (Haute-Vienne) a mis la clé sous la porte en 2019. À Villeurbanne (Rhône), un incendie a précipité la chute de Hease Robotics, elle aussi en mal de marché.

Mais d’autres firmes tricolores persévèrent, notamment dans l’éducation et l’assistance aux personnes âgées, qui pourraient doper la demande en B to B. Figure connue : le robot compagnon Buddy, aux yeux écarquillés, devrait être commercialisé auprès des entreprises puis des particuliers entre 2020 et 2021, selon Blue Frog Robotics (Paris). La start-up n’en a vendu qu’une quinzaine, mais elle espère changer d’échelle d’ici à la fin de l’année. Alors que l’épidémie de Covid-19 favorise la téléprésence, Careclever (Nord) et Axyn Robotique (Bouches-du-Rhône) espèrent, eux aussi, tirer leur épingle du jeu avec leur robot respectif, Cutii et Ubbo. Mais la compétition internationale sera rude.

Bien placés dans la course à travers champ

Les Français sont bien positionnés dans l’automatisation agricole. L’association RobAgri recense une douzaine de start-up. En tête : Naïo Technologies (Haute-Garonne). Spécialisé dans le désherbage mécanique pour les cultures dédiées (vignes et maraîchage), le roboticien toulousain a vendu plus de 150 robots depuis sa création, en 2011, et figure parmi les leaders mondiaux du secteur pour les petites parcelles. Début 2020, il a levé 14 millions d’euros pour renforcer son industrialisation et sa présence à l’international. Portés par les préoccupations environnementales, les robots agricoles attirent les grands groupes : en novembre dernier, le spécialiste de la pulvérisation Exel Industries créait une filiale robotique. Côté start-up, le rémois Vitibot (Marne) a déjà produit une vingtaine de robots enjambeurs pour le désherbage des vignes.

Mais les freins réglementaires limitent l’utilisation de robots autonomes et l’environnement vivant, complexe et désordonné, pose des défis technologiques. Octopus Robots (Maine-et-Loire) en a fait l’expérience. Il vient de livrer avec retard ses premiers robots de désinfection pour l’élevage avicole : les plumes, l’ammoniac et l’humidité des poulaillers affectaient les mécanismes et perturbaient les logiciels. La course ne fait que commencer.

Des cobots pour rattraper le retard

On a longtemps cru que le seul héraut français de la robotique industrielle était le suisse Staübli, installé à Faverges (Haute-Savoie). Mais c’était oublier le discret champion des robots destinés aux presses d’injection plastiques, Sepro. Implanté en Vendée, il produit 3 000 robots par an, dont 85 % pour l’export, principalement en Europe et en Amérique. Malgré la crise automobile qui a réduit l’activité en 2019 (110 millions d’euros de chiffre d’affaires contre 133 millions en 2018), la croissance de ce roboticien industriel qui emploie 650 personnes dans le monde est remarquable : le volume de ses ventes a quadruplé en dix ans.

Au-delà de cette exception française, quelques start-up tentent de faire leur trou. Leur pari ? Miser sur la cobotique innovante pour se démarquer dans un marché en plein essor. Issue du CEA, la start-up Isybot (Essone) commercialise un cobot de ponçage. Après en avoir vendu plus de vingt exemplaires, elle vise l’industrialisation et parie, pour grandir, sur l’élargissement de sa gamme et sur ses actionneurs innovants, composés de vis à billes et de câbles. Autre stratégie, MIP Robotics, à Paris, table sur un cobot simple et peu coûteux pour convertir les PME à l’automatisation. Mais dans ce secteur, il faut compter avec le leader danois Universal Robots.

En pointe dans les drones navals

Le robot Colossus aspergeant la cathédrale Notre-Dame en flammes a marqué les esprits. Conçu par la start-up Shark Robotics, en Charente-Maritime, il a rappelé l’intérêt des automates pour éloigner l’homme du risque. Un créneau porteur : avec ses robots civils et militaires, Shark Robotics a atteint 2,6 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019... et la rentabilité.

Pour autant, la robotique de défense française est surtout constituée de groupes installés. Le leader de l’armement terrestre Nexter en a fait son nouveau filon. Il a vendu plusieurs centaines de mini-robots téléopérés Nerva, principalement dédiés à l’exploration, dans plus de trente pays et l’armée de terre en a commandé 56 en 2019. S’il négocie aussi ses robots terrestres Iguana et Caméléon auprès de l’armée de terre, Eca Group (Var) se distingue avec ses drones navals. En partie autonomes, ils collaborent pour repérer, identifier et détruire les mines ennemies. Cette technologie lui a permis de remporter avec Naval Group un contrat pour livrer douze chasseurs de mines à la Belgique et aux Pays-Bas. Soit l’équivalent d’une centaine de robots et 450 millions d’euros de commandes pour Eca Group.

Des initiatives à foison pour transformer l’essai Medtech

"Les sociétés de robotique médicale se font racheter à tour de bras, à des valorisations très élevées", décrit Bertin Nahum. Le roboticien en sait quelque chose : en 2016, sa société Medtech, spécialisée dans la chirurgie du système nerveux central, a été reprise par l’américain Zimmer pour 164 millions d’euros. Toujours à Montpellier (Hérault) mais désormais à la tête de Quantum Surgical, dédié au traitement mini-invasif du cancer du foie, le serial start-upper surfe sur un écosystème en effervescence.

Début 2019, le géant pharmaceutique Johnson & Johnson a déboursé 3 milliards d’euros pour la start-up américaine Auris Health. Preuve que si le développement, comme l’homologation, de robots médicaux est long et coûteux, le jeu en vaut la chandelle. À Grenoble (Isère), Clinatec développe un exosquelette destiné aux paraplégiques tandis que la start-up Surgivisio (qui a levé 10,7 millions d’euros en 2018) parfait sa plate-forme robotisée d’imagerie 2D et 3D pour la chirurgie osseuse. À Saint-Étienne (Loire), la jeune pousse Keranova a levé 24 millions d’euros en 2019 pour robotiser la chirurgie ophtalmique. Moins avancés, Robocath à Rouen (Seine-Maritime) et Ganymed Robotics à Paris souhaitent améliorer l’un la radiographie, l’autre la pose de prothèses du genou.

 

Surfer sur la vague de l’e-commerce

L’e-commerce explose, les entrepôts pullulent et les robots en profitent... à l’image des Skypods, développés à Croix (Nord) par Exotec. Depuis ses premières livraisons en 2016, l’entreprise a atteint 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019 ; elle prévoit d’assembler 2000 robots de manutention cette année. Capables de grimper aux étagères pour transporter des caisses standardisées directement des racks vers les préparateurs de commandes, les robots d’Exotec ont séduit Cdiscount et Uniqlo.

Amazon hors concours (son robot Kiva n’est pas commercialisé), une multitude de start-up proposent des robots intra-logistiques. À Nanterre (Hauts-de-Seine), les robots Boby de Scallog déplacent des armoires entières ; ils viennent d’être déployés dans un entrepôt allemand de Decathlon. Avec BA Systèmes (Ille-et-Vilaine) et Balyo (Val-de-Marne), la France est aussi bien représentée du côté des chariots automatiques (AGV), dédiés au déplacement de palettes. Mais comme l’a appris Balyo, acquérir la stabilité met du temps. Malgré des débuts fulgurants et le coup de projecteur donné par la signature d’un accord commercial avec Amazon en 2019, le chiffre d’affaires de l’entreprise a chuté de 9 % cette même année. L’année en cours sera décisive, avec l’explosion des ventes en ligne provoquée par l’épidémie de Covid-19.

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