Ce lundi 14 décembre, au Conseil économique, social et environnemental (CESE), le Président de la République Emmanuel Macron a dialogué pendant près de 4 heures avec 132 membres de la Convention citoyenne pour le climat, dont 74 en direct, après la présentation d’un projet de loi Climat où ils ne retrouvent qu’une partie de leurs propositions.
"Rien ne se fera derrière le rideaux", a-t-il assuré en introduction. Toutefois, le "sans filtre" ne peut pas se substituer au rôle des députés et des sénateurs. Il entend ainsi aller "au bout de chaque proposition que vous avez faite et en reconnaissant chaque instance dans son rôle. Rien ne sera caché, rien ne sera dissimulé", a réaffirmé le chef de l’Etat.
"Les choix pris pour l’écologie doivent être acceptables pour les Français"
Il a reconnu que la France n’est "pas dans la cible que nous nous étions fixés lors des Accords de Paris. Si on veut atteindre la neutralité carbone en 2050, il nous faut avoir une courbe qui soit plus ambitieuse sur les dix prochaines années". Mais "les choix pris pour l’écologie doivent être acceptables pour les Français. La Convention citoyenne pour le climat est née parce que la taxe carbone n’avait pas été acceptée, rappelle Emmanuel Macron. La transition écologique doit être juste. Il faut qu’on arrive au maximum à embarquer des gens." Sans passer donc forcément par une démarche d’interdits.
La citoyenne Christine Aranega (Isère) a rappelé que l’Europe a voté une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES), alors que la Convention citoyenne pour le climat a planché sur une baisse de 40 % en 2030. Or, les 42 mesures du groupe "se déplacer" sont pratiquement "toutes amoindries dans le projet de loi Climat. [...] Vous avez l'occasion d'entrer dans l'Histoire en prenant des décisions fortes. Alors, osez, monsieur le président!".
Interdire les véhicules polluants en 2030
Que pense Emmanuel Macron de la proposition d’interdire les véhicules les plus polluants en 2025 (plus de 110 g de CO2/km) et en 2030 pour ceux qui émettent plus de 95 g de CO2 par km ? "Tout ce qui relève de la mobilité est absolument clé. Sur l’arrêt de la production des véhicules polluants, cela ne peut relever que de l’Europe." "On ne peut pas interdire de vendre des voitures si on ne le fait pas au niveau européen, a précisé Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique et solidaire. Mon prédécesseur Nicolas Hulot avait obtenu d‘interdire les voitures thermiques en 2040. Dans la loi, c’est en 2030, mais il faut se battre au niveau européen."
Pour le transport aérien, "nous allons prendre la décision de la suppression de la plupart des vols inférieurs à 2h30. Nous serons les premiers", a précisé Emmanuel Macron. Quant à l’éco-redevance, il y est favorable mais elle ne peut exister qu’au niveau européen.
Pérenniser MaPrimeRenov
Sur la rénovation des bâtiments et la lutte contre les passoires thermiques, l’enjeu est essentiel à ses yeux: "On peut gagner ou perdre la bataille." Il s’est félicité de la mise en place du guichet unique et du fonctionnement de MaPrimeRenov. "Nous avons décidé de mettre 2 milliards d’euros cette année et l’année prochaine qui s’ajoutent aux 2,5 milliards d’euros de certificats", a rappelé le chef de l’Etat. Il s’est engagé à le pérenniser dans les prochaines années.
S’il est d’accord avec la Convention pour faire pression sur les bailleurs, il ne semble pas prêt à imposer des mesures d’interdiction de louer. Il se demande jusqu’où peut aller la contrainte. Il est difficile de faire porter la charge à tous les ménages et il n’est pas possible de laisser le propriétaire payer seul la rénovation thermique.
"Un Yuka du carbone"
Sur la publicité, il reconnait que l’interdiction pour les énergies fossiles n’a qu’un effet limité, mais il est prêt à créer un "Yuka du carbone", un score carbone qui interdirait la publicité pour les produits les plus mal notés.
S’il reconnait qu’il est peut-être moins écologiste que certains, Emmanuel Macron rappelle qu’il a pris "la responsabilité d’arrêter les grands projets de Notre-Dame-de-Landes et d’Europacity".
Après plus de 3 heures et demi de débat, il a réaffirmé qu’un référendum aura bien lieu sur l’article 1 - inscrire la lutte contre le changement climatique dans la Constitution - en y ajoutant l’alinéa 3 : "La République garantit la préservation de la biodiversité, de l'environnement et lutte contre le dérèglement climatique." Mais avant de consulter les Français pour changer la Constitution, il lui faudra obtenir l’aval du Sénat et de l’Assemblée nationale.



