Au lendemain d’une forte poussée des écologistes aux élections municipales et afin de tenir la promesse donnée à la Convention citoyenne, le chef de l’Etat ne pouvait pas apporter de réponses mi-figue, mi-raisin. Ce lundi 29 juin 2020 dans les jardins de l’Elysée, Emmanuel Macron a reçu les 150 membres de la Convention citoyenne pour le climat, en présence de plusieurs ministres, dont Edouard Philippe, le Premier ministre. Il a répondu de manière forte en validant la quasi-totalité des propositions remises quelques jours avant par la Convention à la ministre de la Transition écologique et solidaire, Elisabeth Borne.
Une taxe carbone européenne
Trois mesures ont été exclues par le Président de la République, qui a commencé par rappeler que "la planète est sur une trajectoire de +7°C en 2100", tandis que "la biodiversité continue à se dégrader". "C’est la réponse à laquelle je m’étais engagé, j’irai au bout de mon engagement, a précisé en préambule Emmanuel Macron. Je veux que toutes vos propositions soient mises en place le plus rapidement" possible. Un conseil de défense de l’environnement sera réuni d’ici la fin juillet pour mettre en place une partie des propositions, d’autres seront intégrées au plan de relance.
Un projet de loi spécifique sera présenté d’ici à la fin de l’été. D’autres propositions devront faire l’objet de projets de loi auxquels seront associés les citoyens. D’autres propositions relèvent de l’échelon européen, comme les taxes aux frontières de l’UE et la taxe carbone européenne qu’il s’est engagée à défendre, mais le résultat paraît tout de même incertain.
Non au 110 km/h
"Je crois qu’il faut reporter le débat sur la limitation de la vitesse sur autoroute à 110 km/h. Ce serait profondément injuste que tout votre travail soit réduit à cette proposition, a annoncé le Président de la République. Il ne faut pas stigmatiser, diviser. Il faut embarquer tout le monde." C’est la mesure qui fait le plus débat au sein de la population et les trois quarts des Français y seraient opposés selon un sondage Odoxa pour France Info, le Figaro et Dentsu Consulting. A l’inverse, 62% d’entre eux approuvent les propositions et 81% souhaitent que les principales mesures soient soumises à référendum.
De même, il s’oppose à la proposition d’interdire les vols domestiques qui pourraient être remplacés par le train jusqu’à 4 heures de voyage. Il souhaite qu’elle reste limitée à 2h30 pour ne pas "réenclaver des territoires".
Il n’oublie pas non plus les entreprises et le secteur privé qui doit participer à la transition écologique. "Je ne suis pas d’accord avec cette taxe de 4% sur les dividendes." Il craint qu’elle ne réduise les capacités d’investissement des entreprises.
Ne laisser personne au bord de la route
Il a également retenu la leçon de la taxe carbone, que les membres de la Convention citoyenne n’ont pas voulu traiter de peur d’être instrumentalisés. "Il faut faire en sorte que cette transition écologique ne laisse personne sur le bord de la route." Emmanuel Macron entend donc aider les Français à consommer bio, à favoriser l’agro-écologie, et local – il défend notre souveraineté alimentaire : "Il faut produire nos propres protéines" - à acheter des voitures non polluantes, à isoler leur logement. Il soutient également l’affichage du score CO2 sur les produits, et l’interdiction de la publicité pour les produits émetteurs de gaz.
15 milliards d’euros dans le plan de relance
Dans le plan de relance, "15 milliards d’euros supplémentaires sur deux ans seront injectés pour la conversion écologique de notre économie". Il a également annoncé la création d’un fonds de transformation écologique de notre économie.
Il souscrit aux propositions sur l’aménagement du territoire, sur le moratoire sur les centres commerciaux, de mettre fin à l’étalement urbain. "C’est très important. C’est notre quotidien. Ces mesures font écho à notre projet de rendre l’espace plus humain, plus beau."
Il croit aux mesures d’éducation et de formation, à la nécessité de rendre le recyclage plus performant, de favoriser la réparabilité, mais il se réjouit que cette convention n‘ait pas choisi le modèle de la décroissance, qui "serait aussi celui de la décroissance de notre modèle social".
Pas de référendum pour modifier le préambule de la constitution
S’il est favorable à ce que l’écologie soit inscrite dans la constitution, il s’oppose à la modification du préambule. La Convention citoyenne avait demandé un référendum qui comprenait deux modifications de la constitution, dont le fait d’ajouter un deuxième alinéa au préambule rédigé ainsi: "La conciliation des droits, libertés et principes qui en résultent ne saurait compromettre la préservation de l’environnement, patrimoine commun de l’humanité".
Le Président de la République considère qu’il y a une menace de faire passer l’écologie avant les libertés publiques et de nos règles démocratiques. Par contre, il ne s’oppose pas à la réécriture de l’article 1 en y ajoutant l’alinéa 3 - "La République garantit la préservation de la biodiversité, de l'environnement et lutte contre le dérèglement climatique." Toutefois, ce référendum pour changer la constitution demande l’aval du sénat et de l’Assemblée nationale, ce qui laisse peu de chances avant la fin du quinquennat.
Un référendum à plusieurs questions
Par contre, il a précisé que si l’Assemblée nationale ne légiférait pas assez vite, il se réserverait le droit de convoquer un référendum en 2021 sur les plusieurs questions.
Il a redit à plusieurs reprises qu’il compte associer les membres de la Convention aux décisions et aux discussions. Une réforme du Conseil économique social et environnemental (CESE) sera annoncée au prochain Conseil des ministres et qu’il deviendra "la chambre des Conventions citoyennes", car il y en aura d’autres sur d’autres sujets. Les membres de la Convention feront un point tous les mois avec le gouvernement sur l’avancée de leurs propositions et ils rencontreront dès la semaine prochaine le Président de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand.



