L’année 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée. Les +1,5°C de réchauffement ont (déjà !) été légèrement dépassés par rapport à la période préindustrielle (1850-1900), une hausse qui était l’objectif bas... pour 2100. La publication du septième rapport du Haut conseil au climat, jeudi 3 juillet 2025, tombe au moment où sévit une des pires périodes de canicule en Europe du sud, preuve quoiqu’en disent les climato sceptiques, que le monde reste sur une bien mauvaise trajectoire.
Alors que la droite et l’extrême droite tentent par tous les moyens (plomber les énergies renouvelables et les ZFE, favoriser l’achat de climatisations qui contribuent au réchauffement climatique…) de freiner la transition écologique et énergétique de la France, le réchauffement observé en France métropolitaine entre 2015 et 2024 est de +2,2°C.
«L’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite et le changement climatique menace la prospérité économique européenne», a indiqué Jean-François Soussana, président du Haut Conseil pour le climat (HCC), lors de sa présentation à la presse le 1er juillet. Et pour ceux qui pensent encore qu’une politique climatique est mauvaise pour l’économie, il faut leur rappeler que chaque degré de réchauffement réduirait de 12% environ le PIB mondial. Il est donc essentiel de «répondre à l’urgence que fait peser le changement climatique sur nos sociétés par un pilotage efficace, solidaire et pérenne de la transition climatique [qui] permettra de protéger les Français, en limitant les déficits à long terme, et en renforçant notre sécurité et notre souveraineté», a ajouté Jean-François Soussana.
Une baisse insuffisante et conjoncturelle
Le rapport du HCC rappelle que les émissions de CO2 ont progressé au niveau mondial de 1,9% en 2023 alors que la baisse en France était cohérente avec la trajectoire permettant d’atteindre l’objectif européen de -55% des émissions de gaz à effet de serre (GES), soit une réduction de 27 Mt éqCO2 (-6,7 %). Pour le deuxième budget carbone (2019-2023), la trajectoire a été respectée.
Malheureusement, il s'agissait d'une éclaircie de courte durée avec une baisse en 2024 de 6,9 Mt éqCO2 seulement par rapport à 2023 (soit -1,8%), dont les deux tiers sont liés à des effets conjoncturels. Le HCC explique en partie cette dérive par l’instabilité politique et le déficit budgétaire. Le rythme de la baisse doit doubler pour atteindre la cible fixée en 2030 et la SNBC-3 (stratégie nationale bas-carbone). Et la solution se trouve bien entendu du côté de la sortie des énergies fossiles responsables des deux tiers des GES en France.
Surtout, en dehors de l’énergie qui est largement dans les clous (-10% en 2024), certains secteurs devront réaliser des efforts conséquents. Le transport qui totalise en France 34% des émissions nationales en 2024 et, dont la baisse était de -1,2% en 2024, devrait multiplier par 3,9 le rythme de ses efforts. L’agriculture (21% des émissions et une baisse de 0,5% en 2024) doit plus que doubler ses efforts (x 2,8), l’industrie (16,9% des émissions et -1,4%), doit les tripler (x 3,3) et que dire du bâtiment (15% des émissions et -0,7%) qui devra multiplier ses efforts par 9,3 ou des déchets (4% des émissions et une stagnation en 2024, mais une augmentation de 3% sur les dix dernières années) qui devra accélérer de «manière radicale» (x 29).
Les retards de l'action publique
Le Haut conseil au climat signale également une hausse des émissions importées depuis dix ans, une facture énergétique liée aux importations d’énergies fossiles qui atteint près de 65 milliards d’euros et les émissions des transports internationaux (aérien, maritime) qui poursuivent leur hausse inexorable avec respectivement +5 et +14%, entre 2023 et 2024.
Il regrette aussi que le cadre de l’action publique ait pris du retard (PPE-3 et SNBC-3), que des reculs soient enregistrés sur des mesures populaires (leasing social, rénovation). Et le HCC appelle le gouvernement français à soutenir le jalon de -90% pour 2040 proposé par Bruxelles pour atteindre la neutralité carbone en 2050, même si cette dernière a assoupli récemment sa position.
Pour avancer au bon rythme, il a publié 74 recommandations concernant tous les secteurs. En résumé les principales propositions sont de «garantir la lisibilité, la stabilité et la cohérence de l’action climatique sur le long terme ; de renforcer l’accompagnement social pour éviter l’aggravation des inégalités et permettre l’accès à la transition pour tous ; de mettre en place des trajectoires d’incitations publiques, d’investissements, de renouvellement des infrastructures et de régénération des écosystèmes forestiers et des sols ; d’anticiper les besoins d’adaptation et protéger les personnes et les biens des effets du changement climatique ; et de relancer la diplomatie climatique de la France autour des principes de solidarité et de justice».
Est-ce que ces recommandations trouveront un écho ? «Chaque année, nous avons eu la réponse du gouvernement à nos recommandations avec une prise en compte par le Secrétariat général à la planification écologique, rappelle Jean-François Soussana à L’Usine Nouvelle. Nous lançons un message d’alerte sur le fait que le rythme est insuffisant.» Le climat politique actuel avec ses reculades en cascade sur les questions environnementales n’est malheureusement pas propice à une réelle prise de conscience du gouvernement.



