Etude

La France sur une bonne trajectoire climatique en 2023, mais gare au relâchement, prévient le rapport annuel du Haut conseil au climat

Le Haut conseil au climat doit présenter au gouvernement son rapport annuel 2024, le dernier pour sa présidente Corinne Le Quéré. La France a enregistré une baisse conséquente de ses émissions en 2023. De quoi atteindre les objectifs du Pacte Vert si ce rythme se maintient.

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Tournesol
L'agriculture fait partie des mauvais élèves en matière de lutte contre le réchauffement climatique, pointe le HCC.

La France est sur la bonne trajectoire climatique, avec une baisse de 5,8% des émissions de gaz à effet de serre en 2023. Une baisse qui est toutefois liée pour plus d’un quart à des facteurs conjoncturels (redémarrage de centrales nucléaires à l'arrêt, baisse de la consommation...) et qu’il faudra reproduire chaque année jusqu’en 2030 pour atteindre les objectifs du Pacte vert européen de -55% d’émissions de CO2. Donc pas question de baisser la garde quelle que soit la majorité sortie des urnes le 7 juillet prochain !

Le Haut conseil au climat (HCC) publie le 20 juin son rapport annuel portant sur l’année 2023. Le dernier pour la présidente Corinne Le Quéré, dont le mandat se termine le 24 juin et qui ne souhaite pas prolonger l’aventure. «On doit maintenant se projeter à plus long terme, prévient-elle dans un entretien à L’Usine Nouvelle. Il faut consolider les efforts dans le cadre de l’action publique, multiplier les sources de financement.» Le rapport cite les conditions de réussite de l’action pour le climat dans la durée : «la lisibilité et la cohérence dans le temps ; la mise en place de trajectoires d’incitations publiques (dont une trajectoire des prix du carbone), d’investissements verts, de renouvellement des infrastructures et de régénération des écosystèmes forestiers ; et l'anticipation des besoins de résilience et des contraintes sur les ressources en eau et la biomasse.»

Des retards dommageables dans la publication des textes

Le HCC émet 65 recommandations autour de quatre thèmes : consolider rapidement le cadre de l’action publique, protéger les ménages et les entreprises des impacts du changement climatique, tenir le cap de la décarbonation dans la durée et définir la contribution française en vue des prochaines étapes de l’action européenne et mondiale.

Le Haut conseil au climat s’inquiète des retards pris par le gouvernement dans la publication des documents cadres relatifs à l’énergie et au climat. Il évoque des «dérives du calendrier et un manque de clarté et d’approbation des objectifs à horizon 2030. Ni la loi de programmation énergie et climat, ni la Stratégie française énergie et climat, ni la troisième Stratégie nationale bas carbone, ni le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, ni la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie n’ont été formellement adoptés, en dépit des obligations législatives. Le renouvellement de ces documents cadres est désormais urgent pour maintenir la structuration de la politique nationale de réduction des émissions et d’adaptation au changement climatique et donner à chaque acteur la visibilité nécessaire pour agir en cohérence dans la durée. Le Haut conseil pour le climat exprime une vive préoccupation sur ces délais qui fragilisent la crédibilité de la politique climatique de la France.»

L’agriculture et les transports loin du compte

Si la tendance globale est plutôt rassurante, certains secteurs sont toujours à la traîne comme le précise le rapport 2024 du HCC. «Dans le bâtiment, explique à L’Usine Nouvelle Corinne Le Quéré, la baisse des émissions est trop liée à des mono-gestes, notamment le changement de chauffage au détriment de la rénovation thermique, qui a également un rôle social en luttant contre la précarité énergétique.» Mais le rapport met surtout en avant le transport et l’agriculture qui sont loin du compte. Pour cette dernière, les décisions gouvernementales, suite aux manifestations paysannes, vont dans le mauvais sens pour un secteur déjà «beaucoup moins mobilisé que les autres». Or il faudrait développer l’agroécologie pour stocker le carbone…

Mais le premier secteur émetteur reste plus que jamais le transport avec 33% des émissions d’eq. CO2. Parmi les problèmes récurrents signalés dans ce document de 236 pages, la motorisation des poids lourds qui n’a pas évolué, la part modale qui reste toujours aussi favorable à la route. «Il faut davantage de moyens pour les transports ferroviaires et collectifs». Enfin, un « warning » est émis pour le transport aérien dont les émissions ont fortement augmenté entre 2022 et 2023. « Il faut mettre en place une politique pour réduire les émissions au niveau national et international. Il faut des approches plus structurelles et notamment sur les taxes qui sont beaucoup trop faibles par rapport aux autres modes de transport, conclut la présidente du HCC. Il faut une approche européenne et internationale.»

Une politique d'adaptation insuffisante

A l’occasion de la présentation du rapport devant la presse, le HCC a insisté sur l’aggravation des impacts du changement climatique, rappelant que l’année 2023 avait été la plus chaude de l’histoire météorologique après 2022. D’où la nécessité de combler le retard dans les besoins d’adaptation qui ne font que croître et qui sont plus coûteux s’ils sont pris en compte tardivement. «Les efforts d’adaptation restent en décalage avec les besoins, affirme Corinne Le Quéré. La politique d’adaptation est très insuffisante.» Et si la baisse des émissions eq. CO2 est une bonne nouvelle, les puits de carbone sont fragilisés par le réchauffement climatique. «Si nous n’avons pas de puits de carbone, nous ne pourrons pas atteindre les objectifs de neutralité carbone en 2050», craint la présidente du HCC qui s’inquiète également d’une baisse des moyens budgétaires pour la transition écologique et énergétique prévus par Bercy.

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