Après la publication des chiffres 2024 du Citepa sur les émissions de gaz à effet de serre, la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, n’a pas manqué de rappeler que la politique du Président de la République avait permis d’atteindre les objectifs sur la période 2018-23 et en 2024 et de compenser le non-respect du premier budget carbone 2015-18 … Si le Citepa, association à but non lucratif engagée dans la transition écologique, et fournisseur des données pour la ministère de la Transition écologique, a publié des chiffres avec une baisse globale des émissions de 1,8% pour 2024 (avec un retard habituel pour les secteur des transports et du bâtiment), les données publiées dans sa note de conjoncture le 18 juin au soir par l'Insee sont beaucoup moins optimistes. Cet éclairage apporté pour la première fois par l’Institut national de la statistique et des études économiques dans une note de conjoncture conclut à une baisse des émissions de 0,9% en 2024.
Une baisse conjoncturelle
Surtout l’Insee évoque le recul des activités industrielles émettrices pour justifier cette baisse. Elle est donc conjoncturelle et non structurelle. Les émissions atteindraient donc 400 millions de tonnes équivalent CO2 (MtCO2e). «Ce rythme de baisse est inférieur à celui compatible avec les engagements climatiques de la France, de l’ordre de -5% par an en moyenne, et avec le budget carbone de la nouvelle Stratégie bas-carbone (SNBC-3)», peut-on lire dans le rapport de l'Insee. Ce dernier insiste sur la corrélation entre la baisse des émissions et le «recul de la production industrielle des branches énergo-intensives». A l‘inverse, la baisse des émissions du secteur de l’énergie est liée à «une décarbonation accrue du mix électrique, grâce à un meilleur taux d’exploitation des centrales nucléaires».
Les prévisions de l’Insee pour 2025 évoquent une baisse de 5,3 MtCO2e, soit -1,3%. Et que le gouvernement n’y voit pas le signe des effets de sa politique environnementale. C’est encore la conjoncture économique qui touche la production industrielle qui est largement responsable de cette baisse.
Prise en compte du transport international
Comment expliquer cette distorsion entre les chiffres du Citepa et de l’Insee, même si les évolutions sont comparables ? Le Citepa prend les émissions des activités sur le territoire en se basant sur le format de la CCNUCC (Convention cadre des Nations-Unies pour les changements climatiques), alors que l’Insee se base sur les émissions des unités résidentes (format Air emissions Accounts). Cela signifie qu’il intègre les émissions du transport international, essentiellement aérien et maritime qui totalisent 10% des émissions. Les progrès sont donc insuffisants et notamment pour les émissions des ménages qui représentent un quart du total des émissions (véhicules particuliers pour 16% et chauffage au gaz et au fioul pour 8%). La nécessité d’accélérer la rénovation thermique se traduit dans ces chiffres alors que le gouvernement Bayrou empreinte le chemin inverse, notamment avec la suspension de Ma Prime Renov.
Pour atteindre l’objectif de -55% d’émissions de CO2 entre 1990 et 2030 (objectifs de l’Union européenne) et atteindre la neutralité carbone en 2050, le chemin est encore long. Et comme l’indiquait le Haut conseil au climat, pour atteindre les objectifs de la SNBC, la baisse des émissions doit être de 16 MtCO2e par an.
Le ministère de la Transition écologique est bien conscient des efforts qu’il reste à faire. Dans le communiqué faisant suite à la parution des chiffres du Citepa, il indiquait : «La dynamique de réduction des émissions en 2024 est sur le bon rythme pour atteindre l’objectif de la SNBC en vigueur (SNBC 2) d’une baisse de -40% des émissions brutes d’ici 2030 par rapport à 1990, mais les efforts doivent être poursuivis, pour s’ancrer dans la durée et parvenir à notre nouvel objectif climatique de réduction de moitié nos émissions brutes entre 1990 et 2030. Cet objectif nécessite de baisser les émissions, hors puits de carbone, de l’ordre de 5% chaque année.» Une cible qui devrait être fixée dans la SNBC-3 et qui suppose une accélération de l’électrification des véhicules et des modes de chauffage, de la rénovation énergétique, de la décarbonation de l’industrie et des transports aérien et maritime. Les reculades environnementales de ces derniers mois ne donnent pas une bonne impulsion et Agnès Pannier-Runacher met en garde les «responsables politiques [qui] remettent en cause par pur opportunisme politique la transition écologique […] Le chemin à parcourir reste long et que nous ne devons surtout pas baisser la garde.»



