Le gouvernement dévoile un plan d’adaptation au changement climatique un peu plus ambitieux

Attendu depuis plus d’un an, le troisième Plan d’adaptation au changement climatique (PNACC-3) a été présenté lundi 10 mars par la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher. Quelques mesures et moyens supplémentaires ont été obtenus.

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Les Agences de l’eau vont mobiliser près de 1 milliard d’euros pour l’adaptation, dont près de 40% pour soutenir des solutions fondées sur la nature.

Alors que l’urgence climatique nécessite des politiques volontaristes fortes, le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3) a été présenté, par Agnès Pannier-Runacher, lundi 10 mars 2025, au ministère de la Transition écologique. Le document était attendu depuis fin 2023, son retard est en partie lié à l’instabilité gouvernementale de ces derniers mois. Un temps qui a permis de lancer une dernière consultation publique de deux mois et qui a recueilli près de 6000 contributions. Une ultime occasion de réviser une copie jugée insuffisante.

Une chute de 10% du PIB sans adaptation

Dans son discours devant la presse la ministre a rappelé la situation alarmante liée au dérèglement climatique. «Écoutons les scientifiques et regardons l’année qui vient de s’écouler. 2024, c’est à la fois l’une des cinq années les plus chaudes depuis le début des mesures en 1900, l’une des dix années les plus pluvieuses à l’échelle nationale et l’une des moins ensoleillées depuis 30 ans. […] Vous l’avez compris, le dérèglement climatique, ce n’est pas, comme voudraient nous le faire croire certains populistes, une vue de l’esprit.»

Selon le ministère, si rien n’est fait, les coûts des sinistres climatiques pourraient doubler au cours des 30 prochaines années et «la France pourrait perdre jusqu’à 10% de son PIB au cours des 50 prochaines années sur une hypothèse de réchauffement climatique de 2°C au plan mondial». Les impacts sanitaires des vagues de chaleur ont selon une étude d’I4CE représenté entre 22 et 37 milliards d'euros cumulés entre 2015 et 2020.  «1 euro investi dans l’adaptation, c’est 8 euros évités pour la réparation» prévient la ministre de la Transition écologique qui a présenté un PNACC-3 contenant 52 mesures et plus de 200 actions qui seront déclinées sur le terrain, notamment ceux menacés comme les littoraux, la montagne ou la forêt.

La seconde priorité est de rendre ce plan opérationnel et de financer les mesures. Pour cela, il doit se servir de la Trajectoire de référence au changement climatique, la fameuse TRACC, «définie à partir du scénario tendanciel selon les scientifiques du GIEC, [qui] doit désormais servir de base à toutes les actions d’adaptation menées en France, annonce Agnès Pannier-Runacher.[…] Je souhaite donc donner une valeur juridique à cette TRACC et qu’elle devienne une référence dans leurs textes d’urbanisme à chaque renouvellement à partir de 2027. Cela doit se construire avec les élus locaux. Et nous devons déboucher d'ici à la fin de l’année». 

Une des rares mesures qui trouve grâce aux yeux de Quentin Ghesquière, ancien membre de l’ONG Oxfam, auteur d’un ouvrage à paraître début mai et intitulé «S’adapter ou mourir». «C’est la principale mesure si on rend la TRACC totalement opposable et notamment sur le fait que n’importe quel citoyen peut attaquer un document public qui ne respecte pas la TRACC», indique ce dernier. Il est, comme bien des spécialistes du climat, profondément déçu par le peu de moyens financiers qui sont alloués à l’adaptation.

Financement insuffisant

«La grande nouveauté de ce plan est qu’il y a un financement un peu plus élevé que dans la version précédente, mais il reste assez dérisoire par rapport aux besoins, regrette Quentin Ghesquière. En l’état, il ne permet pas une adaptation juste et efficace. Il faudrait plusieurs dizaines de milliards d’euros par an, qu’on arrive bien à trouver pour le budget de l’Armée.» Il cite l’exemple des 30 millions d’euros engagés pour la prévention du retrait-gonflement d’argiles. «Cela concerne 20 millions de personnes.»

Pourtant, Agnès Pannier-Runacher réaffirme sa détermination. «Je crois pouvoir dire aujourd’hui que j’ai obtenu des avancées importantes pour cela. En 2025, l’adaptation au changement climatique bénéficiera ainsi de moyens inédits». Elle annonce que les Agences de l’eau mobiliseront près de 1 milliard d’euros pour l’adaptation, dont près de 40% pour soutenir des solutions fondées sur la nature. Le fonds Barnier pour «accélérer les démarches de prévention des territoires» a été augmenté de 75 millions d’euros pour atteindre 300 millions.  Et «je vous annonce également que le Fonds Vert sera mobilisé de façon inédite, sur ce sujet-là, puisque les crédits consacrés à l’adaptation au changement climatique s’établiront à 260 millions d’euros».

Une mission a été confiée aux inspections sur le rôle du système bancaire dans le financement de la prévention des risques. Et elle affirme avoir «lancé la semaine dernière avec les assureurs un travail pour les mobiliser pour un meilleur financement de la prévention». Elle promet que la mise en application du plan sera suivie avec des indicateurs précis qui seront mesurés et communiqués régulièrement. Il n’en reste pas moins que ce plan est peu contraignant, notamment pour les entreprises dont une grande majorité n’a pas encore pris la mesure du défi de l’adaptation. Le ministère a assuré qu’une mission menée conjointement par Bercy et le ministère de la Transition écologique serait lancée prochainement sur l’adaptation des entreprises, dont on devrait connaître les conclusions en fin d’année.

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