L'Usine Nouvelle - Veolia a été consulté pour le plan eau par l’exécutif. Avez-vous reçu la même écoute pour le Pnaac et pensez-vous qu’il sera à la hauteur des enjeux ?
Estelle Brachlianoff - Aujourd’hui, la réalité physique rattrape les agendas de tous les acteurs économiques et industriels, des villes et des gouvernements, parce que l’adaptation, c'est maintenant et tout de suite. Les populations l’ont très bien compris. Selon le baromètre de la transformation écologique, deux tiers des personnes, en France et partout dans le monde, sont convaincus que ne pas agir ou agir trop tard coûtera beaucoup plus cher. Donc, le plan d’adaptation du gouvernement sera très important, car les investissements se programment à la fois à court et à plus long terme. Plus on prend les sujets tôt et plus, on évitera de se retrouver dans une situation difficile. L’adaptation est un gage de compétitivité, de soutenabilité et de protection du pouvoir d’achat.
Est-ce que les retards enregistrés sur la publication de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), du troisième Pnaac, de la nouvelle Stratégie nationale bas carbone (SNBC) ne sont pas préjudiciables à la mise en place de la politique d’atténuation et d’adaptation par les entreprises ?
Nous ne pouvons pas nous permettre de relâcher nos efforts et il est essentiel que toutes les forces restent mobilisées sur ces questions. J’appelle de mes vœux la poursuite, au niveau du gouvernement, de la priorité sur l’adaptation et la transformation écologique en général, parce que la réalité nous rattrape. Côté Veolia, nous n’attendons pas. Nous avançons. L’adaptation est au cœur de l’activité du groupe et, en tant que fournisseur de solutions et d’expertise globale, nous sommes résolument tournés vers l’action. En ce qui concerne l’eau, chez les industriels, nous mettons en place des solutions pour éviter le gâchis dans les process industriels, pour ensuite régénérer, voire recycler l’eau pratiquement à l’infini. En moyenne, vous savez que pour produire un litre de soda non français, il fallait entre 6 et 8 litres d’eau il y a encore cinq ans. Aujourd’hui 1,4 litre suffit. Autre exemple, les mines ont besoin d’eau pour extraire des minéraux, du lithium si important dans la transition énergétique. Grâce à notre savoir-faire technologique, nous avons réussi à aider notre client australien à doubler la capacité de la mine sans prélever une goutte d’eau en plus. Plus globalement, notre rôle est d’accompagner nos clients vers l’effacement hydrique, c’est-à-dire le net zéro water, dans le cadre de notre plan stratégique GreenUp que j’ai lancé il y a six mois.
L’un des grands thèmes de l’adaptation est l’eau et sa raréfaction. Les industriels en ont-ils réellement pris conscience depuis 2022 ?
Quand on parle d’adaptation, les solutions portent dans un premier temps sur l’eau. Ce n’est pas tout à fait par hasard, parce que l’une des premières conséquences du dérèglement climatique concerne l’eau. C’est soit trop d’eau, soit pas assez, ou pas au bon moment, ou pas au bon endroit, ou pas la bonne qualité. La France subit des sécheresses répétées, suivies d’inondations, y compris dans les mêmes départements. L’eau devient un enjeu absolument majeur pour les collectivités locales, pour les gouvernements et pour les industriels. Le plan eau et le plan adaptation ont donc un tronc commun : comment éviter de gâcher la ressource et comment trouver des nouvelles sources. Cela passe par la régénération et le recyclage de l’eau, mais aussi par le dessalement de l’eau de mer.
L’arrivée de nouvelles réglementations sur la réutilisation des eaux usées a-t-elle provoqué une explosion de la demande ?
Avant l’été 2022, nous avions chez Veolia un projet de réutilisation des eaux usées. Maintenant, nous avons une centaine de projets en cours de déploiement. Il y a une forte accélération de la demande pour arrêter de nettoyer les rues et d’arroser les espaces verts avec de l’eau potable par exemple.
J’ajouterais qu’il y a un deuxième enjeu auquel je tiens : le pouvoir d’achat. Il est essentiel, au même titre que la protection de la santé et de l’environnement. Concernant l’eau, nous maîtrisons des technologies pour faire face aux enjeux de la qualité et de la quantité à un prix abordable. Certes, il va falloir faire des investissements, par exemple pour limiter les fuites sur le réseau ou traiter les pollutions, mais nous allons capitaliser sur notre savoir-faire et notre empreinte mondiale pour être le plus efficace possible, afin notamment que les dépenses en eau continuent de représenter moins de 1 % du budget des ménages.
En dehors de l’eau, comment aidez-vous les industriels sur l’adaptation ?
Chez Veolia, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. On essaie toujours de fabriquer quelque chose d’utile à partir de ce que les autres ne veulent pas. Comme produire de l’énergie locale à partir des eaux usées, des déchets et du foncier industriel désaffecté. Récupérer la chaleur fatale et la remettre dans un cycle de production industrielle, produire des bioénergies à partir de ressources locales, ce sont des gisements que nous exploitons. Cela permet d’économiser de l’argent, de faire face à la volatilité des prix et d’assurer l’approvisionnement en énergie locale décarbonante. Dans l’est de la France par exemple, nous avons accompagné Solvay dans un projet de transformation pour passer d’une chaudière au charbon à de la biomasse à partir de déchets. Au final, nous aidons nos clients à se verdir, à produire moins de CO2, à consommer moins d’eau, à produire moins de polluants. Et cela conserve et renforce l’industrie en France.
Est-ce que Veolia a déjà mis en place un plan d’adaptation pour le fonctionnement de son entreprise ?
Assez vite, c’est un vrai enjeu qu’on a pris à bras-le-corps, notamment parce que nous fournissons des services essentiels à la population : nous distribuons de l’eau potable, nous lançons des réseaux de chauffage urbain... Ces services ne peuvent pas s’arrêter, même quelques semaines, en cas de canicule par exemple. Nous avons donc concentré nos efforts précisément sur les sites les plus critiques de ces activités de services essentiels. Pour le moment, nous en avons ciblé 2 000 partout dans le monde, avec des plans d’adaptation qui varient selon les endroits pour garantir la continuité et la qualité de service.
Est-ce que les industriels ne ralentissent pas leurs projets d’atténuation et d’adaptation par manque de visibilité sur le Pnaac n°3 ?
La réponse est non. Les clients industriels avec qui nous discutons sont pragmatiques et suivent une logique économique. Sans se projeter dans des dispositifs à venir, il y a encore beaucoup à faire dans les prochaines années avec les législations environnementales actuelles. Ne serait-ce que pour devenir conformes avec un certain nombre de réglementations sur les émissions, sur les pollutions et autres. Si j’ai un vœu à formuler aux pouvoirs publics en France et en Europe, il concerne le rythme de l’exécution. Il y a de l’argent dans le Green deal, tout comme dans les différents fonds de relance en France, qui n’est que très partiellement dépensé. Le principal sujet, c’est le rythme dans l’exécution qui reste quand même très... faible comparé, par exemple, à celui des États-Unis. Il s’agit essentiellement de la simplification en termes d’autorisations administratives et d’accès des financements existants. Il faut que l’on accélère !

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3736 - Novembre 2024



