Le gouvernement n’en finit pas de consulter sur sa stratégie énergie climat. Après plus de deux années de débat public, de consultation citoyenne et de forum jeunesse sur les moyens d’atteindre la neutralité carbone en 2050, le ministère de la Transition écologique met en consultation jusqu’au 15 décembre deux nouveaux textes : la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) pour la période 2025-2035 et la nouvelle stratégie nationale bas carbone (SNBC3).
Ces feuilles de route, très attendues, décrivent les trajectoires retenues pour sortir des énergies fossiles et réduire les émissions de gaz à effet de serre. Avec le plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), mis en consultation le 25 octobre, ils forment la base de la stratégie national énergie climat (SFEC), mise en consultation fin 2023, et dont une version encore temporaire a été soumise à la Commission européenne au début de l’été.
Acter la relance du nucléaire
Document technique de 178 pages, la PPE3 doit d’abord permettre de fixer par décret le programme nouveau nucléaire avec la construction de six EPR2, l’étude pour huit autres, le soutien au projet de SMR Nuward d’EDF – pourtant remis en cause – et la construction d’un prototype de réacteur innovant d’ici à 2030. Et d’abolir une mesure dans la précédente PPE qui fixait la fermeture d’une dizaine de réacteurs pour ramener la part du nucléaire à 50% dans le mix électrique.
Elle fixe aussi d’ambitieux objectifs de développement des énergies renouvelables, avec une augmentation de 40% des biocarburants d’ici à 2030, 18 GW d’éolien en mer en 2035 – contre 1,5 GW aujourd’hui – six fois plus de photovoltaïque, deux fois plus de chaleur renouvelable et de récupération, cinq fois plus de biométhane injecté dans le réseau et 8 GW de production d’hydrogène.

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Ces objectifs, rehaussés depuis la PPE2, étaient déjà présents dans le projet de SFEC présenté en 2023 et ont été réintroduits dans le projet de loi de programmation énergie climat voté par le Sénat, qui poussait pour davantage de nucléaire au détriment des renouvelables. La feuille de route énergie détaille aussi toutes les actions à mener pour sortir du charbon, du pétrole, du fioul, du gaz et réduire les consommations d’énergie, secteur par secteur. Elle précise le développement de filières industrielles dans les batteries, le photovoltaïque, les pompes à chaleur et l’assemblage d’éoliennes en mer.
gouvernement Mais le texte laisse en suspens la question du bouclage biomasse, la France n’ayant toujours pas une vision claire des volumes de biomasse liquide ou solide qu’elle pourra utiliser au-delà de 2030 pour produire de la chaleur renouvelable, des biocarburants et du biogaz. Et aucune date n’est donnée pour le rendu des travaux du groupement d’intérêt scientifique mis en place au salon de l’agriculture 2024, qui doit fixer une hiérarchie des usages de la biomasse, dont une ébauche figure néanmoins dans la PPE3. Une fois adoptée, elle devra être territorialisée, sachant que les Outre-mer disposent de leur propre PPE.
Une réduction de 50% des émissions brutes à 2030
Verbeux document de 160 pages, la SNBC 3 fixe avant tout un objectif de réduction des émissions brutes de la France de 50% entre 1990 et 2030 – contre 40% dans la SNBC2 – afin de respecter le Pacte vert européen. Soit une réduction de 5% par an entre 2022 et 2030, contre 2% entre 2017 et 2022. Pour l’atteindre, il faudra 66% de voitures électriques dans les ventes et 15% dans le parc roulant en 2030. Il faudra aussi rénover 400000 maisons individuelles et 200000 logements collectifs. Il faudra enfin réduire de 60% à 42% la part des fossiles dans la consommation finale, qui devra se réduire de 30% d’ici à 2030 comparé à 2012 pour descendre à 1100 TWh.
Ministère de la transition écologique Tous les secteurs seront là encore mis à contribution, notamment l’industrie qui, après avoir réduit par deux ses émissions depuis 1990, devra encore les réduire de près de 30% à 45 millions de tonnes équivalent CO2 par an en 2030 contre 71MtCO2eq en 2022. Mais c’est le secteur des transports, responsable de 32% des émissions du pays, qui devra faire le plus gros effort. Le ministre du Transport François Durovray annonce pour début 2025 la mise en consultation (encore une) d’un plan de développement de car express et d’un autre sur le transport fluvial. Mais sait qu’il va devoir œuvrer avec un budget plus que contraint pour développer l’usage des véhicules électriques.
Gérer la dégradation des puits de carbone forestiers
Déjà très ambitieuse, cette SNBC3 n'est qu'un début. Le plus dur reste à venir. Bruxelles doit fixer un objectif de réduction des gaz à effet de serre de 90% en 2040. Or les capacités de puits de carbone des forêts ont déjà dû être revues à la baisse dans les budgets carbone de 2024-2028 et 2029-2033, obligeant pour tenir les objectifs à mettre une pression accrues sur la réduction des émissions de tous les secteurs, notamment ceux du bâtiment et de l’industrie, sachant que les technologies d’élimination du carbone sont peu évaluées dans le texte.
La SNBC3 mise en consultation ne donne en fait que de «premières grandes orientations à horizon 2030», qui plus est provisoires. C’est donc un document inabouti qui a été dévoilé, et qui ne permet pas vraiment aux industriels de se projeter sur le long terme. D’autant qu’il fait quasi l’impasse sur la question des changements profonds de société qu’impliquent ces efforts de sobriété.
Minsisère de la transition écologique 


