La souveraineté énergétique, alliée inespérée des renouvelables et du climat

À l’heure où les parlementaires doivent débattre de la feuille de route énergie de la France, le chaos géopolitique actuel donne une occasion unique de déporter le débat renouvelables contre nucléaire sur celui, plus constructif, de la planification de l’électrification des usages pour garantir la souveraineté énergétique de la France.

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C’est peut-être un des rares effets positifs de la guerre commerciale lancée par l’administration américaine et de celle, militaire, lancée en 2022 par la Russie contre l’Ukraine. Les Européens ont repris violemment conscience de leur dépendance énergétique vis-à-vis de pays producteurs de pétrole et de gaz de moins en moins amis. Alors que l’on commençait à assister à un détricotage des politiques publiques européennes et nationales en faveur du climat, le chantage de Donald Trump – qui propose une baisse de ses droits de douane réciproques en échange de l’achat du GNL de schiste américain – réveille à nouveau les consciences des Européens sur l’urgence de réduire leur consommation d’énergies fossiles importées, de la nécessité de produire des alternatives et d’électrifier tout ce qui peut l’être, y compris la production de carburant.

Réduire la dépendance aux producteur de fossiles

«Chaque jour, ce sont 180 millions d’euros qui s’envolent pour couvrir notre consommation d’énergies fossiles – soit plus de 65 milliards d’euros par an versés à des puissances étrangères, parfois hostiles à nos intérêts», écrivent les acteurs français de l’électricité, toutes technologies confondues, dans une lettre ouverte aux parlementaires qui doivent ouvrir lundi 28 avril un débat sur la feuille de route énergie 2025-2035, la PPE3 (programmation pluriannuelle de l’énergie), qui ne fait pas consensus.

En décembre 2024, dans une tribune adressée au Premier ministre de l’époque, Michel Barnier, dix anciens patrons d’industrie, dont Henri Proglio (EDF) et Louis Galois (Safran, Airbus, SNCF), dénonçaient «une politique ruineuse de développement massif des renouvelables» et «l'extrême gravité pour la France de poursuivre la politique énergétique proposée par le projet de Programmation Pluriannuelle de l'Énergie». Le texte, qui doit être adopté par décret, fixe certes des objectifs de nouvelles capacités de production d’énergie renouvelables, qui sont encore subventionnés et coutent plusieurs milliards d’euros par an, mais il inscrit aussi la construction de nouveaux réacteurs nucléaires, même s'ils n’entreront en service qu’après 2040.

Jusqu’à maintenant, cette politique de développement des renouvelables était portée par l’ambition de neutralité carbone de la France, inscrite dans la loi en 2019. Les renouvelables, qui ont déjà remplacé les centrales au fioul, permettent aussi de diversifier le mix électrique, pour qu’il soit moins dépendant du nucléaire qui peut – comme on l’a vu en 2022 avec le problème de corrosion sous contrainte, mais aussi avec l'affaire des dossiers barrés de Framatome en 2016 – être sujet à des problèmes génériques affectant massivement sa disponibilité. Continuer à développer massivement les renouvelables en France s'explique aujourd’hui dans une logique où, pour décarboner l’économie, il faut massivement électrifier les usages, avec notamment l’adoption de véhicules électriques et de pompes à chaleur. Ce qui, selon les scénarios du gestionnaire de réseau RTE, doit faire grimper la consommation électrique en France de 400 TWh à plus de 600 TWh d’ici à 2035.

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Or, faute de politiques incitatives suffisantes et stables, «l’aiguille ne bouge pas», observe Luc Rémont, le PDG d’EDF débarqué par le gouvernement le 21 mars, lors d’une audition au Sénat. Pis encore, les épisodes où l’électricité doit être vendue à des prix négatifs se multiplient. La faute à un manque d’investissement dans des solutions de flexibilité, à une mal-adaptation des appels d’offres, notamment solaires, et à une régulation qui, pour permettre leur développement, donne une priorité trop lourde aux renouvelables. Cela oblige notamment le parc nucléaire à davantage de modulation, pénalisant EDF. Surtout, cela pourrait rendre la PPE3 anachronique.

L'électrification comme levier de souveraineté

Et si le soutien aux renouvelables, aux véhicules électriques ou à l’installation de pompes à chaleur peut sembler peser trop lourd sur le budget de l’État en quête d’économies, il ne s’agit plus seulement de décarboner l’économie, mais bien d’investir dans les leviers permettant d’assurer la souveraineté énergétique de la France et de l’Europe. Les renouvelables sont des énergies produites localement, même si les équipements peuvent provenir de Chine.

«La question n’est pas tant de savoir si l’électricité doit sortir d’un EPR, d’un SMR, d’un barrage ou d’une centrale hydraulique, d’une éolienne ou d’un panneau solaire, mais surtout de savoir comment cette électricité, produite intégralement en France et décarbonée, peut se substituer aux énergies fossiles importées, en prenant en compte l’efficacité économique globale du système électrique», écrivent les énergéticiens français dans leur lettre ouverte aux parlementaires.

Dans le texte, la lutte contre le réchauffement climatique n’est même plus mentionnée. Et le mot transition, utilisé une seule fois, semble presque avoir été oublié. Les signataires ne parlent plus que «d’enjeux de souveraineté énergétique, de compétitivité industrielle et de pouvoir d’achat», pour demander l’adoption de la PPE3. Mais aussi rappeler «l’urgence d’engager une véritable rupture dans l’électrification de nos usages» et demander «une refonte ambitieuse de la fiscalité des énergies». La situation budgétaire et politique nationale n’y est pas propice. La situation géopolitique l’est bien davantage. 

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