EDF veut trouver 150 TWh de consommation d’électricité supplémentaire d’ici à 2035

À l’occasion de la présentation des résultats 2024 du groupe EDF, Luc Rémont a détaillé Ambitions 2035, le nouveau plan stratégique de l’électricien. La priorité ? Augmenter de 150 TWh la consommation électrique en France d'ici à 2035.

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Luc Remont, PDG EDF
Pour éviter une situation de surcapacité, le PDG EDF, Luc Rémont, veut "faire préférer l'électricité" aux Français".

Luc Rémont ne va pas jusqu’à plagier le slogan de la SNCF «À nous de vous faire préférer le train», mais c’est tout comme. Dans son nouveau plan stratégique, Ambitions 2035, détaillé lors de la divulgation des très bons résultats financiers 2024 du groupe, le 21 février 2024, le PDG d’EDF a fixé comme objectif à ses équipes de faire «préférer l’électricité» à leurs clients, notamment industriels. L'objectif est de «créer une demande électrique supplémentaire de 150 TWh d’ici à 2035».

Paradoxe, EDF a réussi à porter sa production de 468 à 520 TWh entre 2023 et 2024, mais a été presque contraint de battre son record d’exportation à 89 TWh l’année dernière, soit 78% de plus qu'en 2023. Certes, nos voisins européens en pleine transition énergétique profitent de l'abondance du nucléaire et de l'hydraulique français dans un contexte de baisse des prix. Mais les exports d'EDF indiquent aussi que le marché français stagne. «Nous sommes toujours au même niveau de consommation qu’il y a 20 ans», regrette ainsi Luc Rémont, soit environ 450 TWh.

Réussir sa politique commerciale

La croissance de la consommation qui doit accompagner la décarbonation de l’économie et faire progresser la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie de 27 à 39% d’ici à 2035 n’a pas encore commencé. «Et on ne sait pas quand la bascule aura lieu», reconnaît de son côté Thomas Veyrenc, le directeur exécutif du gestionnaire de réseau RTE. C'est ce dernier qui a établi les scénarios Futurs énergétiques 2050 sur lesquels le gouvernement a basé la stratégie énergétique de la France, y compris la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR de très forte puissance, soit 1600 MW chacun.

Autre problème, l’abondance d’énergie solaire en journée provoque certains jours des prix négatifs sur les marchés et oblige EDF à moduler davantage ses réacteurs nucléaires, jusqu’à 22 d’un coup en mai 2024, et même à devoir en «éteindre plusieurs heures». En 2024, EDF a enregistré 1366 heures inférieures à 10 €/MWh, soit 15% du temps, contre 5% en 2023. Cela risque d'accélérer l’apparition de nouveaux phénomènes de corrosion sous contrainte, alerte l’Autorité de sureté nucléaire et de radioprotection (ASN).

La moitié grâce à la mobilité électrique

Pour lutter rapidement contre ce phénomène, le gouvernement a décidé de freiner le développement du solaire sur toiture. À partir de l’été 2025, la Commission de régulation de l’énergie va instituer de nouvelles heures creuses en milieu de journée, pour décaler au maximum la consommation lors des périodes de production abondante. EDF souhaite également développer ses offres de flexibilité auprès de ses clients. Il évoque 2,1 GW d'ici à 2035 dans quatre pays (G4) : France, Italie, Belgique et Royaume-Uni, sans toutefois donner les détails. Cela ne résoudra pas totalement le problème d’EDF. Pour écouler sa production, l’énergéticien estime devoir trouver 150 TWh de consommations supplémentaires.

«Nous avons examiné tous les segments d’utilisation d’énergie, et pas uniquement d’électricité, pour dégager les leviers que nous avons afin d’accompagner les clients dans leur décarbonation», explique le PDG d’EDF. «Nous nous fixons des objectifs. Par exemple, sur les 150 TWh, la mobilité électrique représentera un peu moins de la moitié», indique le dirigeant. Il estime malgré tout que «la mobilité électrique progresse bien» et qu'il faut continuer à développer l’infrastructure de recharge et progressivement viser de nouvelles catégories d’utilisateurs, comme les camions ou les particuliers dans des habitats collectifs.

Attirer les datacenters

L’autre moitié des 150 TWh serait trouvée pour un tiers dans la décarbonation des bâtiments, «avec les conversions des usages vers les pompes à chaleur ou la géothermie», pour un tiers dans l’industrie, et pour un tiers sur «l’émergence de nouvelles activités, notamment celles liées aux données». Pour attirer les datacenters étrangers, EDF compte sur son électricité nucléaire et sur la conversion de six de ses anciens sites de production déjà raccordés au réseau. Concernant la décarbonation de l’industrie, EDF plaide pour que le «clean industrial deal» européen permette de soutenir les investissements «par les politiques publiques». EDF mise également sur sa nouvelle politique commerciale visant à faire signer des contrats à long terme aux entreprises, afin de leur donner de la visibilité. Pour l’instant, ce succès est relatif. Cependant, Luc Rémont s’est félicité pour la transformation d’une des neuf lettres d’intention de ses contrats d’allocation de production nucléaire (CAPN) en un contrat ferme. EDF a déjà signé 6000 contrats de fourniture pour 22 TWh en 2028 et 12 TWh en 2029.

Le nouveau plan stratégique Ambitions 2035 d’EDF ne se résume pas à «faire préférer l’électricité» aux Français. Il repose sur quatre piliers. Le premier, la décarbonation, doit permettre de réduire l’empreinte carbone d’EDF de 45 MtCO2 par an dans son G4. Sur le volet production, EDF veut être en mesure de livrer deux EPR par an à partir de 2035, mais n’a toujours pas fourni de nouveaux chiffres concernant les six nouveaux réacteurs prévus en France. Il annonce également vouloir mettre en service 8 GW bruts d’énergies renouvelables dans le monde et réduire l’intensité carbone de sa production à 22 gCO2/kWh, contre 30 gCO2/kWh en 2024, «qui était l’objectif pour 2030. Nous voulons maintenir notre avance», annonce Luc Rémont. EDF vise aussi l'ajout de 27 GW de flexibilité sur ses réseaux, par l’accumulation de stockage, d’actifs de production flexibles ou de flexibilité client. En ce qui concerne le réseau, à part la poursuite des programmes engagés chez Enedis, EDF souhaite que les réseaux des zones non interconnectées soient résilients avec 100% d’électricité renouvelable. Ce qui n’est pas le plus simple des objectifs, notamment en Guyane.

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