Décryptage

Le retard de l'électrification, casse-tête de la programmation pluriannuelle de l’énergie 2025-2035

Suite à une concertation publique, un chapitre sur l’électrification a été ajouté à la nouvelle feuille de route énergétique 2025-2035, la PPE3, qui doit être publiée début avril. On y retrouve les politiques déjà mises en œuvre, mais qui peinent à porter leurs fruits. La consommation électrique stagne, au grand dam d’EDF.

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La PPE3 prévoir un observatoire de l'électrification, pour suivre l'augmentation de la demande électrique qui ne décolle pas.

Dernière ligne droite pour la programmation pluriannuelle de l’énergie 2025-2035 ou PPE3. Le 7 mars, un texte révisé après une concertation lancée fin 2024 a été soumis à une ultime consultation publique d’un mois avant sa publication, par décret, début avril.

Outre une révision à la baisse de l’objectif d’énergie solaire à 2035, qui passe de 75-100 GW à 65-90 GW installés, de la capacité de production d’hydrogène décarboné à 2030, qui chute de 6 à 4,5 GW, et de l’éolien en mer à 2030, qui descend de 4 GW à 3,6 GW installés, les grands objectifs de production d’énergie éolienne, de chaleur renouvelable ou de biogaz restent à peu près identiques. «L’hydrogène a mis plus de temps que prévu à atteindre sa maturité industrielle. L’objectif n’était pas réalisable», indique le cabinet du ministère de l’Industrie et de l’Energie.

Pour des raisons légales, les fourchettes d’objectifs à 2030 ont toutes été remplacées par un objectif cible unique, celui du point bas. Sauf pour les biocarburants, ou c’est la cible haute à 2030, 55 TWh, qui a été retenue. Des précisions ont été apportées sur les moyens pour atteindre ces objectifs, comme le taux de biogaz à injecter à 2030 (44 TWh sur les 50 TWh à produire), ou le remplacement du dispositif Tiruert, qui prévoit des taux d’incorporation de biocarburant aux combustibles de 5 à 10 % par les fournisseurs, par un système complexe, demandé par Bruxelles, basé sur la réduction de l’empreinte carbone, mais sans fixer de date.

Un observatoire de l'électrification

Mais la plus grande modification du texte réside dans l’ajout d’un paragraphe "électrification" dans le chapitre "consommation" du texte de la PPE3. Un sujet "essentiel" pour la décarbonation des usages et l’atteinte de l’objectif de neutralité carbone en 2050, observe le Conseil supérieur de l’énergie, mais aussi "controversé", juge de son côté la Commission nationale du débat public. Le sujet s’avère surtout complexe en termes de politique énergétique. Car l’électrification massive des usages n’a pas commencé. Et avec les efforts de l’électrification énergétique et de sobriété, la consommation électrique a chuté de 6,9% en 2023, comparée aux valeurs moyennes historiques de 2014-2019, indique la PPE3.

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Or, en 2024, le parc nucléaire d’EDF est quasi revenu à son poids de forme, et la PPE3 prévoit de continuer d’installer massivement de nouvelles capacités renouvelables pour finir de sortir du charbon pour la production d’électricité (c’est prévu pour 2027) et du fioul en 2030. Cette politique vise aussi à répondre à l’augmentation de la demande, qui devrait découler du passage au véhicule électrique, de l’adoption des pompes à chaleur et de la décarbonation de l’industrie. RTE, dans son étude "Futurs énergétiques 2050" de 2021, avait bien modélisé des trajectoires de consommation. Hélas, on serait pour l’instant sur celle du "défaut de réaction". Et «on ne sait pas quand la bascule va s’opérer», reconnaît Thomas Veyrenc, directeur général de RTE.

Des objectifs flous sur la flexibilité

Face à cette situation, la PPE3 prévoit la mise en place d’un tableau de bord de l’électrification. Il permettra de préparer les ajustements sur des objectifs lors de sa révision en 2030, indique le texte. Pour relancer la consommation, la Direction générale de l’énergie et du climat, qui rédige la PPE, mise sur le renforcement de l’obligation de verdissement des flottes d’entreprises, les appels d’offres pour la décarbonation en direction de l’industrie et la pression de l’Europe. Il faudrait aussi d’urgence établir un plan pour développer la production d’hydrogène par électrolyseur, promise pour être un des nouveaux vecteurs de flexibilité, pour mieux intégrer les renouvelables dans le système électrique, en les rendant pilotables. À défaut, il faudrait recourir à du stockage par batteries. Mais la PPE reste floue sur les nouveaux moyens de flexibilité. Or, décaler les tranches d’heures pleines et d’heures creuses en journée à partir de l’été 2025, comme prévu par la Commission de régulation de l’énergie, risque de ne pas suffire à régler le problème des prix négatifs.

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