Qui est Unseenlabs, la start-up bretonne qui a décollé avec Arianespace dans la nuit du 16 août?

Dans la nuit du 16 au 17 août, un lanceur Arianespace a décollé de la base guyanaise de Kourou avec à son bord le nanosatellite BRO-4, de la start-up Unseenlabs, quatrième maillon d’une constellation bretonne destinée à la surveillance maritime.

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Constellation de nanosatellites Unseenlabs
Satellites Unseenlabs en orbite.

Le new space français décolle de Kourou (Guyane). Dans la nuit du 16 au 17 août, un lanceur Vega d’Arianespace a pris son envol avec à son bord, entre autres, le satellite BRO-4 (pour Breizh Recon Observer). Ce nanosatellite est le quatrième maillon de la constellation de la start-up bretonne (évidemment) Unseenlabs, destinée à la surveillance maritime.

Créée en 2015 à Rennes (Ille-et-Vilaine) par deux frères ingénieurs en aérospatial, Clément et Jonathan Galic, la pépite – qui a fait 3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2020 – déploie un système spatial de captations de radiofréquences qui permet de localiser des navires précisément, "même lorsqu’ils coupent leur transpondeur", souligne Clément Galic.

20 à 25 satellites d’ici à 2025

Comme il l’explique, "beaucoup de navires coupent leur système d’identification automatique (AIS) ou modifient leur signal GPS lorsqu’ils effectuent de la pêche illégale ou des trafics en tous genres". Des techniques de camouflage qui ne résistent pas à la technologique mise au point par son frère, "que seules deux sociétés au monde maitrisent", argue-t-il. "Notre système offre une vision exhaustive, globale et réaliste de l’activité humaine dans une zone d’intérêt, qui peut faire jusqu’à un million de kilomètres carrés, développe Clément Galic. Cette première observation permet de déployer d’autres satellites [notamment équipés d’appareils photos] ou d’envoyer sur place un bateau, un hélicoptère ou un avion."

Unseenlab compte ainsi parmi ses clients plusieurs marines nationales – dont la française – ainsi que des assureurs du secteur maritime, des armateurs, des exploitants d’installations offshore… et des ONG. "Ce n’est pas cela qui nous rapporte le plus, mais ce n’est pas le but, affirme le cofondateur. Lorsque nous aurons déployé plus de satellites, nous pourrons les aider davantage."

Car la constellation de la pépite rennaise ne va pas se limiter à deux paires de satellites. Elle devrait en compter 20 à 25 d’ici à 2025, dont 10 à 15 devraient être mis en orbite entre 2021 et 2022, pour capter davantage de données simultanément. Un rythme soutenu, qui s’intègre dans la "phase de croissance" dans laquelle est entrée l’entreprise au début de l’année 2021. "Nous avons lancé notre premier satellite en 2019, ce qui nous a permis de valider notre techno, notre modèle commercial et l’intérêt de nos clients, narre Clément Galic. Fin 2020, nous avons tiré deux satellites supplémentaires, ce qui nous a aidé à réaliser une nouvelle levée de fonds, de 20 millions d’euros, en avril l’année suivante."

Après ce deuxième tour de table (le premier, de 7,5 millions d’euros, avait été bouclé fin 2018) la start-up est passée de 18 à 30 salariés, avec l’intention d’en doubler chaque année, renforce son développement international... et accélère le déploiement de ses appareils. "Nous espérons effectuer plusieurs tirs dans les prochains mois, relate Clément Galic. Le rythme va s’intensifier."

Premier lancement européen

Pour gagner du temps, Unseenlabs envisage même de lancer ses nanosatellites deux par deux, lorsque ce sera possible. "Nous verrons au cas par cas selon les programmes de lancements, relate l’ingénieur. Avec un avantage : la météo n’a pas d’influence sur notre technologie, ce qui nous donne une certaine liberté quant à l’orbite des satellites."

Cette nuit d’août, c'était la première fois qu’un BRO a décollé à bord d’un lanceur européen – les trois premiers ayant décollé de Nouvelle-Zélande. "Nous avons toujours trouvé dommage de ne pas tirer avec un lanceur européen, relate Cément Galic. Cela fait plaisir de voir l’intérêt d’Arianespace pour de petits satellites et tirer depuis la France présente un avantage en termes de souveraineté, mais aussi de passage de frontière." Il ne faudra pourtant pas s’attendre à ce que toute la constellation Unseenlabs soit mise en orbite par Arianespace, prévient-il : "l’entreprise ne pourra pas garantir seule nos besoins de cadence de tirs."

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