Analyse

[Penser l'après-Covid] "Nous entrons dans une phase de post-mondialisation complexe", pour El Mouhoub Mouhoud

Comment penser le monde avec le Covid-19 ? En exclusivité pour L’Usine Nouvelle, la réponse de El Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie, vice-président de l’université Paris-Dauphine.

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El Mouhoub Mouhoud, professeur d’économie, vice-président de l’université Paris-Dauphine
El Mouhoub Mouhoud, Professeur d’économie, vice-président de l’université Paris-Dauphine

"Nous entrons dans une phase de post-mondialisation plus complexe. Le net ralentissement des délocalisations est un mouvement qui a commencé il y a quelques années et que la crise du Covid-19 va accentuer. Les dynamiques sont complexes au sens où il n’y a pas de réponse univoque pour toute l’économie. Dans les secteurs où il n’y a pas d’obstacles à l’automatisation des tâches (automobile, meubles, électronique...), il pourrait y avoir des phénomènes de relocalisation en raison de la hausse des coûts unitaires salariaux en Asie. Ce phénomène n’est pas nouveau. Il commence dès les années 2010-2012.

Relocaliser ne veut pas dire que l’on va reconstruire la même usine que celle qui a été fermée il y a plusieurs années. En moyenne, pour dix emplois supprimés, on relocalise un, auquel il faut ajouter les emplois indirects, qui sont positifs pour le territoire. Plus qu’à des relocalisations au sens strict (on rouvre une usine qui a fermé au même endroit), nous allons voir des sites de production qui vont se rapprocher des lieux de consommation dans un cadre régional. Comme cette entreprise textile belge qui, après avoir délocalisé la production à Bombay, a relocalisé, il y a longtemps déjà, à Roubaix, pas en Belgique ! Le choix du lieu de relocalisation dépendra notamment des compétences humaines disponibles.

La situation est différente pour les industries non robotisables, comme le textile, les chaussures ou encore les masques en tissu. Les entreprises continueront de délocaliser de manière itinérante, de la Chine au Vietnam en passant par l’Éthiopie, pour trouver les coûts salariaux les plus faibles. L’industrie pharmaceutique est un cas à part. C’est un secteur automatisable avec des contraintes particulières : main-d’œuvre très qualifiée, budget de R & D représentant 10 à 12 % du chiffre d’affaires, réglementation sur les prix, forte pression des actionnaires... L’approvisionnement en principes actifs en Chine et en Inde a été un moyen de faire payer à la production les contraintes financières pesant d’une part sur la R & D, d’autre part sur les activités de marketing. On ne peut pas dire que l’on va relocaliser sans préciser qui paiera les coûts supplémentaires."

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