[Penser l'après-Covid] "La dette n'est pas bonne ou mauvaise en soi", selon Anne-Laure Kiechel

Comment penser le monde avec le Covid-19 ? En exclusivité pour L’Usine Nouvelle, la réponse d'Anne-Laure Kiechel, fondatrice de Global sovereign advisory, et conseillère d’Alexis Tsipras sur le rétablissement des comptes grecs.

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Anne-Laure Kiechel est fondatrice de Global sovereign advisory, et conseillère d’Alexis Tsipras sur le rétablissement des comptes grecs.

"Nous entrons dans cette crise avec un montant de dettes mondiales de 257 000 milliards de dollars, en hausse de 50 % par rapport à 2008 car le monde a profité de taux anormalement bas. Ni ce montant, ni cette dette ne sont bons ou mauvais en soi. La question est de savoir à quoi on les affecte. La dette peut aider un pays à faire un saut technologique ou à mettre à niveau un système éducatif déficient. “L’helicopter money” permet de soutenir le pouvoir d’achat des ménages.

A contrario, le fonctionnement durable d’un État par la dette n’est pas sain, surtout si ses dépenses courantes ne montrent pas une grande efficacité ou sont porteuses d’inégalités. Une part de l’incompréhension vis-à-vis des Allemands vient de l’absence de distinction entre quantité et qualité de la dépense publique.

Dans cette crise, il y aura trois temps. D’abord, celui de la liquidité, du soutien direct aux ménages et aux entreprises. Viendra ensuite celui de la soutenabilité. Les mesures d’urgence seront à ajuster tandis que les entreprises reprendront leur activité. L’État devra les accompagner pour limiter les licenciements. Le temps de la reprise arrivera... et celui des choix. Quelles activités relancer ou relocaliser, quels métiers créer ? Les instruments de dettes doivent être adaptés aux différentes étapes et flécher vers la couverture de besoins précis. Il faudra se poser la question de la société que nous voulons. Les Autrichiens acceptent de payer certains biens de consommation plus cher pour soutenir leur économie locale. Les Allemands défendent avec constance le made in Germany. Une vision est nécessaire pour définir les priorités et planifier avec cohérence.

Faudra-t-il mutualiser ces dettes ? Non pour des dépenses purement du ressort national, oui sur des sujets “européens” ou pour financer des initiatives de solidarité. Mais l’argent magique ou gratuit n’existe pas. Quelqu’un devra bien finir par gérer cette dette et la création monétaire que la Banque centrale européenne est en train d’accélérer fortement. Le remboursera-t-on par l’inflation, par l’impôt ? Toute la dette sera-t-elle remboursée ? Sur quels agents cela pèsera-t-il ? Il faudra décider du partage de ce fardeau, et pas derrière des portes closes."

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