"Nous sommes entrés dans un monde fluctuant et incertain. Selon l’évolution de la pandémie, plusieurs scénarios sont possibles. Si l’on parvient à contrôler la progression du virus, on peut envisager une reprise progressive globale de l’activité, même s’il y aura certainement de grandes disparités entre les différentes régions du monde. Des secteurs comme le tourisme et le transport aérien auront besoin de plus de temps pour retrouver un niveau d’activité normal. Mais si nous devions faire face à d’autres vagues de la pandémie, il y aurait alors de nouvelles périodes de confinement, certes moins strictes. Et il faudrait faire évoluer les mesures de soutien à l’économie pour accompagner une reprise différenciée d’un secteur à l’autre.
Dans tous les cas, tant qu’il n’existe pas de vaccin ni de traitement contre le Covid-19, les ménages et les entreprises devront évoluer dans un monde où la distinction entre ce qui est temporaire et permanent est fluctuante. Ces incertitudes vont peser sur la croissance, la décroissance ou la transformation de certains secteurs. Cela commence avec l’accélération du digital dans différents secteurs d’activité, avec la réallocation d’emplois entre secteurs et avec la capacité de fermer puis de créer des entreprises rapidement. Il faudra une grande agilité et des moyens humains, mais aussi réglementaires, pour faciliter ces évolutions.
Pour ce qui est des chaînes de valeur, beaucoup de dirigeants sont convaincus que la crise n’aura pas d’impact majeur sur leur organisation internationale. Cependant, dans certains secteurs, comme la santé et les technologies, ces chaînes de valeur se sont révélées insuffisamment diversifiées pour répondre rapidement à la montée de la pandémie. Elles dépendent pour l’essentiel d’un petit nombre de pays. Par exemple, un quart des composants des équipements électroniques fabriqués aux États-Unis vient de Chine. La question de la réduction de cette dépendance peut se poser, soit en construisant localement des capacités de production de biens jugés indispensables, soit sous la forme d’une diversification géographique des chaînes de valeur. On pourrait également envisager de moins fonctionner en flux tendu dans certaines industries.
La crise du Covid-19 démontre la nécessité d’avoir davantage de coopération internationale sur la manière d’apprécier les sujets soulevés par ce virus, comme l’OCDE l’a réclamé avec force. Le partage de la connaissance et des moyens pour réduire la pandémie et lutter contre ses effets est essentiel, notamment pour les pays du Sud qui n’ont pas la même qualité de système sanitaire que les pays développés. Un soutien financier appuyé sera également nécessaire, surtout pour les plus fragiles, dont les besoins de financement sont plus compliqués à assurer. Plus de 90 pays ont déjà demandé une aide d’urgence au FMI. C’est une première. La coopération internationale est aussi nécessaire pour faire face au risque climatique. On aurait vraiment besoin d’institutionnaliser, de façon coordonnée au niveau mondial, l’anticipation et les réponses financières et de gouvernance aux risques épidémiques et climatiques, comme on le fait pour les risques financiers.
Sur le plan européen, l’évolution a été accélérée. La Banque centrale européenne a répondu rapidement et fortement pour maintenir la cohésion et éviter la fragmentation de la zone euro, en élargissant sa gamme d’outils. De son côté, la Commission a su être pragmatique, notamment en levant les règles budgétaires et en assouplissant celles sur les aides d’État. Mais il y a encore beaucoup à faire. Les réponses nationales ont été différentes, dépendant des situations économiques initiales de chaque pays. Ceux qui étaient les plus dynamiques ont pu apporter des réponses plus fortes. Il ne faudrait pas que la crise sanitaire entraîne plus de divergences. C’est l’enjeu majeur du Recovery fund, ou fonds de relance, actuellement en discussion parmi les gouvernements de l’Union européenne. Ensemble nous sortirons plus forts de cette crise inédite ! "



