Sur la scène du Zénith d’Auvergne où ont pris place les gérants, un canot pneumatique rouge dont les boudins ont été fabriqués par Michelin a été soigneusement déposé à côté du dernier né des pneus avion. Tout sauf une simple déco. Plutôt une mise en scène de la stratégie mise en œuvre depuis maintenant plusieurs années. «Michelin s’est fixé comme objectif de diversifier ses marchés. D’ici 2030, 20 à 30% de notre chiffre d’affaires se fera hors du pneumatique», martèle le président du Groupe Florent Menegaux.
Devant quelque 1000 actionnaires venus entendre la bonne parole, Yves Chapot, gérant et directeur financier, a d’abord commencé par détailler «la performance très solide délivrée par le Groupe en 2023, dans un environnement toujours volatile et incertain», en prenant soin de mettre en avant «les efforts considérables» pour atteindre les objectifs environnementaux que s’est fixé le Groupe. «À titre d’exemple, nous pouvons évoquer le déploiement des nouvelles presses électriques pour la cuisson des pneus qui requiert 65% d’énergie de moins que les presses à vapeur, tout en améliorant l’environnement de travail de ses agents.»
«Nous arrivons à développer notre valeur selon trois dimensions, a poursuivi Florent Menegaux devant la presse. Une belle performance économique, la dimension environnementale avec des nouveautés technologiques qui diminuent toujours plus notre impact et la progression des valeurs humaines avec, notamment, l’instauration d'un salaire décent pour tous les salariés du groupe dans le monde.» À ce titre, le patron du CAC 40, dont la rémunération a été entérinée à plus de 99% ce matin, a décidé de plafonner ses revenus (2,75 millions d’euros hors part variable). «Je trouve cela bien. Je gagne très bien ma vie», sourit le gérant.
«Moins l’entreprise s’adapte, plus elle risque de mourir»
Le patron de Bibendum a également dû s’expliquer sur la fermeture en 2023 de plusieurs sites, notamment en Allemagne où étaient produits des pneus poids lourds. «La restructuration est nécessaire. L’entreprise doit s’adapter en permanence. Moins elle s’adapte, plus elle risque de mourir. Mais nous n’avons pas l’intention de sortir du marché du pneu poids lourd, a assuré le gérant. Aujourd’hui, nous ne sommes plus en mesure d’exporter des pneus poids lourds à partir de l’Europe et notamment depuis l’Allemagne. Tout cela parce qu’on a laissé entrer en Europe des pneus venus d’ailleurs, n’importe comment. Et quand vous laissez faire ça sans règle du jeu équitable, sociales, fiscales, tarifaires, il ne faut pas s’étonner s’il y a des ajustements de production.»
Si les bons résultats de Michelin en 2023 (1,98 milliard de bénéfices nets) permettent de donner des gages aux actionnaires (*), l’année 2024 s’annonce plus compliquée. «Nous avons indiqué dans l’activité financière que le premier trimestre serait difficile en raison de la conjoncture. Michelin va montrer sa capacité à affronter les difficultés, assure Florent Menegaux. Selon nos prévisions de 2024, nous allons être obligés de naviguer dans une mer agitée mais le navire Michelin est très solide.»
(*) La distribution d’un dividende de 1,35 euro par action a été votée, payable en numéraire dès le 24 mai 2024.



