Un p’tit tour et puis s’en va. Deux ans après son entrée au capital de Symbio, Stellantis revoit ses plans. Si rien ne dit que le constructeur automobile va se débarrasser de sa participation de 33,3%, il assure mercredi 16 juillet ne plus croire dans l’avenir commercial de la technologie à hydrogène et cesse tout investissement en la matière.
Pour Symbio et ses deux autres actionnaires de référence, Michelin et Forvia, c’est la douche froide. «Stellantis représente près de 80% du volume d'affaires de Symbio. Par conséquent, l'intention de Stellantis a des conséquences opérationnelles et financières graves et immédiates pour l'avenir de Symbio», réagit froidement l’équipementier Forvia dans un communiqué, qui a placé l’hydrogène au cœur de ses métiers futurs.
«C’est dingue», n’en revient toujours pas une source bien informée. «Depuis qu’ils [Stellantis] sont arrivés en juillet 2023, tout a été calibré pour eux, la feuille de route commerciale a été revue pour 2032 et les choix techniques ont été faits pour coller à leurs véhicules utilitaires…» Contacté par L'Usine Nouvelle, Symbio n’a pas répondu à notre sollicitation avant publication.
Une start-up soutenue par de grands industriels
Sur le papier, les ambitions de l’entreprise sont grandes. Née en 2010 à proximité de Grenoble sous le nom de Symbio Fcell, la start-up collabore à l’origine avec le CEA. À l’occasion du salon de l’automobile de Paris en 2012, son premier produit fini est présenté au grand public : une pile à combustible intégrée à un Renault Kangoo ZE électrique. Quelques années plus tard, en 2018, la jeune pousse change de dimension avec son acquisition par un industriel tricolore reconnu : Michelin.

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Le pneumaticien clermontois va lui donner les clefs pour s’émanciper. De 40 collaborateurs, l’équipe pousse à 100 âmes en un an. Dans le même temps, Forvia (ex-Faurecia) s’empare de la moitié du capital. À la faveur de la transition écologique, l’hydrogène a à cette époque le vent dans le dos. Symbio devient la même année le partenaire privilégié de Stellantis pour développer son programme de véhicules utilitaires légers à hydrogène.
La collaboration est tellement étroite que le constructeur décide à son tour de mettre des billes dans le projet, devenant le troisième actionnaire de référence à l’été 2023. À ce moment, les forces vives de l’entreprise, qui s’étend par ailleurs en Californie, dépassent les 650 collaborateurs.
Une gigafactory près de Lyon
Quelques mois plus tard, c’est sur le plan industriel que Symbio atteint la maturité. En décembre 2023, sa gigafactory est inaugurée en grande pompe à Saint-Fons (Rhône), en présence de plusieurs ministres. L’investissement promis sur le papier est important : un milliard d’euros entre 2021 et 2028, avec l’apport de fonds publics conséquents – dont près de 600 millions d’euros de financements européens via le projet important d'intérêt européen commun (Piiec) portant sur l’hydrogène décarboné, complétés par des aides nationales via France 2030 et France Relance.
Un large soutien public au service d’un objectif : créer un champion dans son domaine, le premier à franchir la barre de 50000 unités produites par an et à l’échelle industrielle d'ici à 2026. «C’est l’usine la plus industrialisée dans le domaine», clamait à l’époque son ex-dirigeant, Philippe Rosier, qui a quitté l’entreprise le 9 juillet 2025.
Deux ans et demi après son ouverture, l’usine n’a pas atteint les rendements souhaités, faute de commandes. Malgré quelques contrats et annonces de collaborations stratégiques, les volumes de son client principal, Stellantis, n’ont pas été au rendez-vous. Depuis 2021, le constructeur indique n’avoir écoulé qu’environ 300 véhicules utilitaires légers.
Toute la filière hydrogène souffre
Derrière les difficultés de Stellantis et de Symbio, c’est toute une chaîne de valeur naissante qui se trouve à risque. À commencer par Innoplate, une coentreprise entre Symbio et l’allemand Schaeffler, qui fabrique depuis juin 2024 dans le Bas-Rhin des plaques bipolaires, un composant essentiel des piles à combustible. Parmi les équipementiers français, Forvia et OPmobility (ex-Plastic Omnium) ont également investi massivement pour développer et produire en série des réservoirs à hydrogène, notamment pour Stellantis.
Tous deux sollicités par L’Usine Nouvelle, Forvia n'était pas encore en mesure de juger l'impact de cette décision sur son activité tandis que OPmobility, «qui avait anticipé un développement plus lent que prévu initialement du marché de l’hydrogène en ajustant sa structure de coûts et ses investissements», a indiqué qu'il «continuera d’adapter le développement et la production de cette activité à celui du marché, en lien avec ses clients».
De manière générale, la filière hydrogène souffre depuis plusieurs mois. Longtemps présentée comme une solution complémentaire à la batterie électrique pour la mobilité, cette technologie encore jeune et très onéreuse peine à séduire les consommateurs. À l’instar de Stellantis, Renault a été forcé en début d’année de liquider Hyvia, sa coentreprise avec l’américain Plug Power pour fabriquer des piles à combustible pour véhicules utilitaires.
Seule une poignée de constructeurs (Toyota, BMW, Hyundai) continue de croire dans l’essor de cette technologie et développe des produits dont la commercialisation est espérée avant la fin de la décennie.



