«Une décision brutale» : Stellantis met fin à son programme hydrogène et plonge sa coentreprise Symbio dans l'inconnu

Blâmant le faible dynamisme du marché des véhicules utilitaires légers à hydrogène, le constructeur automobile Stellantis stoppe ses investissements dans la technologie de pile à combustible. Et plonge dans le trouble sa coentreprise Symbio, détenue avec Michelin et Forvia.

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Peugeot Expert hydrogène
Exemplaire d'un Peugeot Expert motorisé par une pile à combustible à hydrogène (2021).

C’est un revirement stratégique express qui prend tout le monde de court. Après plusieurs années à vanter les mérites de la technologie hydrogène en complément des véhicules à batterie, Stellantis annonce mercredi 16 juillet mettre fin à son programme de développement de la technologie de pile à combustible à hydrogène. «L’entreprise n’anticipe pas l’adoption des véhicules utilitaires légers à hydrogène avant la fin de la décennie», contrairement à ses prévisions initiales qui prévoyaient la fabrication dès 2025 de plus de 10 000 vans.

Le constructeur automobile blâme un écosystème encore naissant et imparfait en raison de «la disponibilité limitée des infrastructures de ravitaillement en hydrogène, des investissements considérables requis et du besoin d’incitations très élevées pour les clients». «Le marché de l’hydrogène demeure un segment de niche, sans perspectives de rentabilité économique à moyen terme. Nous devons faire des choix clairs et responsables pour garantir notre compétitivité et répondre aux attentes de nos clients grâce à notre offre électrique et hybride tant pour les véhicules particuliers que pour les utilitaires légers», a commenté Jean-Philippe Imparato, directeur des opérations pour l’Europe élargie, dans un communiqué.

Sur le plan industriel, le constructeur avait pourtant réalisé des investissements pour adapter ses lignes de production à Hordain (dans le Nord, pour les utilitaires de taille moyenne) et Gliwice, en Pologne (pour les utilitaires de grande taille). Alors qu’il travaillait à une nouvelle gamme de véhicules sur ses plateformes multi-énergies sous l'impulsion de son ancien PDG Carlos Tavares, Stellantis ne les commercialisera pas. «Cette décision n’aura pas d’impact sur les effectifs des sites de production de Stellantis. Les activités de recherche et développement liées à l’hydrogène seront réorientées vers d’autres projets», tente de rassurer Stellantis. Cette décision concerne également les Etats-Unis, où le groupe travaillait à une offre de pick-up à hydrogène.

Décision express, annonce surprise

Si les entreprises du secteur de l’hydrogène sont nombreuses à rencontrer des difficultés (à l’instar de la liquidation d’Hyvia, la filiale de Renault dédiée à cette technologie), la décision de Stellantis étonne. Le constructeur a même pris au dépourvu ses associés, les équipementiers Forvia et Michelin. Les trois entreprises sont actionnaires à parts égales dans Symbio, un fabricant français de systèmes de pile à combustible qui opère une usine à Saint-Fons (Rhône).

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Stellantis était entré au capital de l’entreprise en 2023, lui offrant de solides perspectives de ventes (ses achats devaient compter pour 80% du chiffre d’affaires). Mais le constructeur a fait part à ses partenaires en mai de sa volonté de ne plus engager d’investissements dans cette technologie à partir de 2026. Cette annonce est tombée à quelques semaines de la mise en service en juin d'une nouvelle production. «Il l’ont annoncé à l’arrache», se lamente une source proche du dossier.

Dans ces conditions, quel avenir pour l’entreprise qui emploie 650 salariés ? Stellantis va-t-il rester engagé dans l’entreprise sur le plan capitalistique ? «Stellantis a engagé des discussions avec les actionnaires de Symbio afin d’évaluer les impacts de la conjoncture actuelle et de préserver au mieux les intérêts de Symbio, dans le respect des engagements de chaque partie»», indique la multinationale.

Dans une déclaration officielle, le pneumaticien Michelin déplore «une décision inattendue, brutale et non concertée d’autant plus surprenante que Stellantis a toujours affiché l’ambition d’être le pionnier de ce nouveau marché». Et prévient : «Ce revirement aura des répercussions opérationnelles et finanicières très sévères pour Symbio».

Un nouveau patron à la barre de Symbio

Le spécialiste de la pile à combustible vient de changer de dirigeant. A l’issue de son mandat de cinq ans, son désormais ex-PDG, Philippe Rosier, a quitté ses fonction le 9 juillet. «Conscients de l'évolution du paysage stratégique, Philippe Rosier et le conseil d'administration ont décidé conjointement qu'un changement de direction était nécessaire», a indiqué l’entreprise sur le réseau social LinkedIn.

Philippe Rosier est remplacé par Jean-Baptiste Lucas, l’ancien patron du fabricant d'électrolyseurs McPhy, repris par John Cockerill après sa faillite. Ce changement de management «était acté depuis longtemps», indique une source proche du dossier, qui plaide un «hasard de calendrier» sans lien direct avec l’annonce du désengagement de Stellantis.

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