Entretien

Florent Menegaux, gérant de Michelin : «l’excès de capitalisme est condamnable»

A l’occasion de la traditionnelle assemblée générale des actionnaires, au Zénith d’Auvergne de Clermont-Ferrand le 12 mai 2023, les gérants de Michelin sont revenus sur le bilan "robuste" du groupe en 2022 et les orientations à venir. Si les résultats financiers sont au rendez-vous, Florent Menegaux a également insisté sur la fibre sociale de l’entreprise.

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Florent Menegaux, président de Michelin
Florent Menegaux, président de Michelin

L'Usine Nouvelle - Vous avez annoncé de très bons résultats financiers à vos actionnaires. D’ailleurs, votre rémunération va atteindre plus d’un million d'euros de salaire fixe en 2023. Et malgré tout, on vous entend régulièrement faire le procès du capitalisme. N’existe-t-il pas une contradiction dans votre discours ?

Florent Menegaux - C’est comme la bonne cuisine. C’est une question de bon dosage. Je dis que le capitalisme a des vertus. Il finance l’économie et il a permis d’être là où nous en sommes. Mais l’excès dans certaines pratiques du capitalisme est condamnable. Quand on fait n’importe quoi avec des règles du jeu inégales, c’est un vrai problème. Quand vous avez, face à la France, des marchandises qui peuvent entrer sur le marché français produites dans des conditions qui ne sont pas du tout les mêmes que les nôtres… C’est aussi un problème. Quand ce produit a été fabriqué selon des pratiques sociales indignes de mon point de vue, c’est encore un problème !

Quand le consommateur choisit un produit il compare les prix mais il ne fait pas toujours l’arbitrage sur les conditions de production acceptables ou non. En réalité, le capitalisme est allé un peu trop loin. Par contre, dans notre société, il est urgent de revaloriser le travail. Lorsque le capitalisme aboutit à une forme de rente qui se réinvestit et qu’il n’y a plus de répartition de la richesse, c’est problématique.

Vous dites aussi qu’il ne faut pas hésiter à supprimer un poste lorsqu’il n’est plus justifié dans l’entreprise…

Je dis que le monde change en permanence. Si vous figez les choses sur le plan industriel, on court à la catastrophe. Je prends l’exemple de l’usine Cataroux de Clermont-Ferrand. Au début du siècle dernier, il y avait 4 500 ouvriers qui travaillaient là. Mais la manière de travailler a considérablement évolué. On s’est retrouvé avec un outil de production complètement obsolète. Ce n’est pas la faute des gens qui travaillent dans l’usine, c’est l’évolution de la technologie qui force à changer la façon de produire et d’investir. Donc aujourd’hui on repense cet énorme site au cœur de la ville en redéployant de nouvelles technologies qui, elles, seront là pour les cinquante prochaines années.

Justement, les syndicats et les salariés sont inquiets, à Cholet ou à Troyes qui sont des sites concernés par cette transformation. Vous comprenez cette inquiétude ?

Il y a toujours de l’inquiétude. C’est normal. Mais il faut porter un message optimiste. Notre philosophie est d’accompagner chacun des salariés dans son parcours professionnel. Soit dans l’entreprise, soit à l’extérieur du groupe. Toutes les personnes qui ont été affectées par une décision de Michelin sur un site industriel ont été recasées dans des conditions équivalentes, voire meilleures que celles qu’ils avaient chez Michelin. Par ailleurs, à chaque fois que nous avons quitté un site industriel nous avons toujours laissé notre filiale Michelin Développement pour redynamiser l’emploi.

Vous avez annoncé aujourd’hui la mise en œuvre d’une couverture sociale mondiale généralisée. Comment va-t-elle se déployer ?

Michelin One Care est une couverture sociale étendue à tous les salariés de Michelin dans le monde, destinée à proposer une protection en cas d’accident, de problème de santé ou de décès. La France fait déjà beaucoup de ce point de vue pour les salariés, mais il y a encore beaucoup de pays dans le monde qui n’ont pas accès à cette couverture sociale. Le projet va dont se déployer sur les trois prochaines années afin que tous nos salariés soient couverts.

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