Avec un pneu spécial, Michelin vise... la Lune

Une roue sans air pour équiper le futur véhicule lunaire : tel est le nouveau défi que s’est lancé Michelin, en s’associant à Northrop Grumman, dans le cadre d’un appel d’offres de la Nasa.

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Prototype de module lunaire présenté au CES Las Vegas en janvier 2023
Michelin se lance dans la mise au point d'un futur pneu lunaire.

Le futur pneu qui se roulera sur la lune sera-t-il un Michelin? L’équipementier français, toujours avide de nouveaux défis, planche très sérieusement sur cette hypothèse, à travers le programme Artemis développé par la Nasa qui prévoit d’envoyer un homme et une femme sur la Lune en 2025. Les deux astronautes devront alors circuler à bord d’un véhicule lunaire, à la recherche d’un lieu propice à l’installation d’un camp de base dans cette région hostile.

Avant cela, il faut d’abord concevoir le rover qui se posera sur la face cachée de la lune équipé de pneus forcément révolutionnaires. Une maquette du futur véhicule lunaire a été dévoilée au grand public, au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas en 2022. Depuis, les équipes de R&D Michelin planchent discrètement sur le projet, entre les laboratoires de Ladoux, au centre de recherche Monde du groupe, près de Clermont-Ferrand, et les Etats-Unis, où se trouve le partenaire Northrop Grumman.

«Nous ne sommes jamais allés aussi loin»

«Nous devons répondre à un cahier de charges lunaire drastique. Le rover se trouvera sur la face cachée de la lune. Il devra rester 150heures au même endroit par moins 200degrés ! Le sol lunaire est poussiéreux et en pente, donc il faut pousser bien plus loin que d’habitude nos modèles de mobilité sur sols meubles. On avait déjà travaillé sur des projets de module lunaire, il y a une dizaine d’années, qui étaient restés au stade du prototype. Mais nous ne sommes jamais allés aussi loin. La lune, c’est un objectif très excitant pour nos équipes. Techniquement, c’est très pointu. C’est le genre projet dont rêve toute équipe d’ingénierie, même si quand on lit le cahier des charges pour la première fois on se demande bien comment on va faire!», sourit Antoine Pinneau, directeur R&D BtoB Michelin.

Pour répondre à l’appel d’offre lunaire, les ingénieurs Michelin se reposent également sur leur partenaire Northrop. «C’est une entreprise extrêmement avancée dans le spatial qui nous prête des super frigos aux Etats-Unis où l’on peut réaliser une partie de nos tests», poursuit Antoine Pinneau.

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Transfert de technologie

Les équipes Michelin n’ont plus que quelques mois pour rendre leur copie. «On ne connait pas nos concurrents. On ne sait pas non plus combien ils sont. Il y aurait entre 5 et 10candidats potentiels. On est un des leaders», assure Antoine Pinneau.

Si d’aventure Michelin ne devait pas être sélectionné pour le projet Artémis, l’investissement des équipes ne serait pas vain. «Les retombées de nos travaux sur le pneu lunaire nous permet des transferts de technologies très intéressants. Nous allons améliorer nos modèles de mobilité sur sol meuble qui nous serviront pour nos futures générations de pneus agricoles. C’est tout l’intérêt de ce sujet», souffle le directeur de la R&D.

D’ici fin 2023, la Nasa présélectionnera deux ou trois candidats pour la dernière phase de compétition. Après avoir équipé la navette spatiale américaine Challenger, Bibendum rêve désormais de mettre un pied sur la lune.

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