L’Europe se rêve en puissance spatiale et s'offre un budget record de 16,9 milliards d’euros sur trois ans

Pour défendre sa souveraineté spatiale face aux Etats-Unis et la Chine, les 22 états membres de l’Agence spatiale européenne ont voté un budget record de 16,9 milliards d’euros pour les trois prochaines années. La France est le second pays contributeur derrière l’Allemagne et devant l’Italie.

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Josef Aschbacher ESA 23 novembre 2022 AFP NE PAS REUTILISER
Soulagement pour le directeur général de l’ESA, Josef Aschbacher : le budget 2023-2026 de l'agence est ambitieux.

Un budget record de près de 16,9 milliards d’euros pour les trois prochaines années. Après deux jours d’intenses négociations qui se sont tenues les 22 et 23 novembre dans le cadre du Grand Palais Ephémère à Paris, les 22 pays membres de l’Agence spatiale européenne se sont engagés à un niveau inédit pour donner un nouvel élan à l’Europe spatiale.

Pour la France, la puissance invitante de cette conférence au sommet, l’Europe est aujourd’hui au rendez-vous de ses ambitions spatiales. «L’Europe se donne aujourd’hui les moyens politiques, scientifiques et financiers de renforcer sa souveraineté spatiale entre la Chine et les Etats-Unis», s’est félicité le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire.

A l’occasion de son discours d’ouverture, le directeur général de l’ESA, Josef Aschbacher, qui avait exhorté les états membres de faire preuve de foi dans l’avenir et de courage pour relever les grands défis écologiques, économiques et scientifiques en misant sur les technologies spatiales, n’a pas caché non plus sa satisfaction. «Avec ce résultat, l’Europe remplit toutes ses obligations vis-à-vis de ses grands partenaires internationaux, y compris notre contribution financière à la Station spatiale internationale jusqu’en 2030». Son objectif de récolter 18,5 milliards d’euros n’a toutefois pas été atteint. «C’était un objectif très ambitieux. Dans le contexte actuel d’inflation galopante, des coûts de l’énergie qui s’envolent et de la guerre en Ukraine, cela reste un excellent résultat», souligne un des négociateurs de la conférence. 

Beaucoup d'argent pour la science, les lanceurs et l'observation de la Terre 

Cette conférence ministérielle avait démarré sous les meilleurs auspices. En amont de l’évènement, les trois pays piliers de l’ESA, la France, l’Allemagne, et l’Italie, avaient annoncé un accord pour consolider la filière des lanceurs, montrant ainsi leur capacité à surpasser leurs divergences pour faire avancer l’Europe spatiale.

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Ces 16,9 milliards d’euros vont permettre de financer une multitude de programmes dans des domaines où les lanceurs spatiaux, les satellites et les données spatiales sont de plus en plus critiques au bon fonctionnement des activités terrestres : l’observation de la Terre et le suivi du climat, les sciences, les télécommunications, la géolocalisation…  Cela représente une augmentation de 17% par rapport au budget spatial de la précédente période. On reste toutefois très loin du budget spatial américain de l’ordre d’une cinquantaine de milliards de dollars par an. Les activités les plus souscrites sont les programmes scientifiques (19% du budget total), le transport spatial (17%), l’observation de la Terre (16%), l’exploration robotique et humaine (16%)…

Encore des trous dans la raquette

La majorité des pays ont augmenté significativement leur contribution au budget de l’agence. L’Allemagne apporte le plus gros financement (3,5 milliards d’euros, soit 21% du budget total) juste devant la France (3,2 milliards) et l’Italie (3,1 milliards). Une émulation qui profite à toute l’Europe spatiale. Côté français, on relativise cette seconde place derrière le voisin allemand. « Avec 9 milliards d’euros de budget spatial sur les trois prochaines années, nous sommes le pays qui investit le plus en Europe dans l’aventure spatiale. Notre contribution à l’ESA ne représente environ qu’un tiers de notre effort spatial national», explique Philippe Baptiste, président du CNES. Hors du cadre de l’ESA, la France participe et finance des projets spatiaux bilatéraux comme le satellite d’océanographie SWOT mené avec la NASA pour 1 milliard d’euros, et dispose d’un programme de défense spatial national chiffré en milliards d’euros…

Malgré son budget en forte hausse, il y a encore des trous dans la raquette de l’Europe spatiale. Si l’ESA a sélectionné ses futurs astronautes, il faudra toutefois attendre pour le Vieux continent devienne un acteur dans le domaine du vol habité. Les pays membres n’ont pas jugé prioritaire de disposer de leurs propres capacités pour transporter leurs astronautes que ce soit vers la Station spatiale internationale aujourd’hui ou vers la surface lunaire demain. L’Europe continuera de dépendre des fusées Soyouz russes et des navettes Crew Dragon de l’américain SpaceX.

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