Entretien

Même avant Greensill, "nous avons toujours été très inquiets au sujet de GFG", indique Xavier Le Coq (CFE-CGC)

Xavier Le Coq, président du syndicat national CFE-CGC de la sidérurgie, fait part de la forte inquiétude de son syndicat quant à l’avenir de certains des sites (Liberty Steel et Alvance Aluminium) détenus par le groupe GFG Alliance de Sanjeev Gupta, alors que son principal financeur, Greensill, est en faillite.

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Xavier Le Coq, président de la CFE-CGC sidérurgie
Xavier Le Coq, président de la CFE-CGC sidérurgie, craint qu'une cessation de paiement de GFG n'entraîne ses sites français dans sa chute.

L'Usine Nouvelle - Avez-vous été surpris par la fragilité du groupe GFG Alliance, révélée avec la faillite de son principal financeur, Greensill ?

Xavier Le Coq - Nous avons toujours été très inquiets. Ces annonces montrent que nos craintes quant à la robustesse de GFG étaient fondées. Ce groupe a toujours été très opaque, il ne publie pas ses comptes, on n’a jamais su comment étaient financés ses nombreux rachats. On ne comprend pas la stratégie de son patron, Sanjeev Gupta. Il est à l’affut des sociétés en redressement judiciaire, les rachète à bas coût, fait des promesses d’investissement qu’il ne tient pas.

Quand il a repris Aluminium Dunkerque, il avait promis de construire un laminoir, un investissement de plus de 200 millions d’euros. Rapidement, il a annoncé y renoncer. Pour être retenu comme repreneur du site d’Hayange, il a fait des promesses d’investissement supérieures à celles d’ArcelorMittal, du coup les élus l’ont soutenu, le tribunal l’a désigné. Et il n’a pas mis un euro pour moderniser le site !

La soif de croissance de Liberty semblait sans fin. Il a même été candidat au rachat de la branche acier de Thyssenkrupp. Les syndicats et la direction du groupe se sont montré prudents et n’ont pas voulu de GFG. Le Land non plus n’avait pas confiance. Ils ont eu plus de nez que nous en France ! Peut-être avaient-ils déjà des informations : c’est une banque allemande qui a été la première à tirer la sonnette d’alarme.

Les élus du personnel, les syndicats, avaient-ils accès à des informations économiques qui auraient pu les alerter ?

Pas du tout… Les sociétés sont françaises, les informations sont limitées. M. Gupta vit complètement à crédit. On s’aperçoit qu’il doit 4 milliards d’euros à Greensill ! C’est à la limite de la cavalerie ou de la pyramide de Ponzi, à un moment ça s’arrête. Est-ce qu’on y est ?

Plusieurs fois, il a eu du mal à payer son fournisseur ArcelorMittal, ou il l’a payé en retard. Arcelor a d’ailleurs décidé mercredi 10 mars de suspendre ses livraisons d’acier à Liberty à Liège, en Belgique. D’autres fournisseurs vont sans doute suivre, même si le dirigeant de GFG, Sanjeev Gupta, s’est voulu rassurant dans un communiqué.

Quelles conséquences craignez-vous pour les sociétés françaises du groupe ?

Plusieurs sites français sont inquiets parce que c’est Greensill qui devait leur donner accès à leur prêt garanti par l’Etat (PGE). Liberty Rail, à Hayange, négociait un PGE de 50 millions d’euros avec Greensill. Il devait d’ailleurs en prêter une part à Ascoval, non éligible aux PGE car trop endetté. Ce prêt tombe à l’eau. Il y a eu un comité social et économique extraordinaire, à Hayange. La direction recherche déjà d’autres fournisseurs qu’Ascoval, au cas où celui-ci s’écroulerait, et une autre banque, pour toucher le PGE. Hayange a un bon carnet de commande, mais a besoin du PGE pour financer ses investissements. Même inquiétude pour la Fonderie du Poitou : la partie aluminium devait toucher un PGE, l’argent est bloqué en Allemagne. Et pour Liberty Wheels à Châteauroux, l’argent du PGE est également bloqué, il faut trouver une autre banque.

Le ministère de l’Economie a-t-il trop fait confiance à GFG ? Beaucoup d’argent public a été versé pour soutenir ses reprises d’entreprises…

Je ne sais pas si GFG donnaient des garanties bidons, mais ce ne serait pas la première fois que Bercy se ferait rouler dans la farine par des repreneurs soi-disant fantastiques qui s’écroulent ensuite. Il s’était passé la même chose avec Altifort. Je suis un peu surpris que Bercy n’ait pas plus les moyens de vérifier les garanties données par ce type de repreneur. Mais quand on n’a pas le choix, on se laisse embobiner par les beaux parleurs qui font des promesses…

Bercy assure aux salariés français du groupe que le gouvernement sera à leurs côtés. Que peut-il faire?

Certains collègues d’Hayange ont eu un échange le 11 mars avec un conseiller de Bercy. Si Liberty est en redressement judiciaire, le ministère aidera les entreprises françaises à retrouver des repreneurs. C’est tout. Hayange a déjà changé plusieurs fois de propriétaire en quelques années, je ne vous dis pas le moral, là-bas…

Que craignez-vous le plus ?

GFG recherche 4,5 milliards d’euros pour se refinancer. S’il ne les trouve pas, et c’est notre crainte, ses entreprises françaises, en-dehors peut-être de celles de l’aluminium, se retrouveront en cessation de paiement. Nous sommes très, très inquiets…

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