Un rapport de l’Institut Montaigne publié le 21 mai dresse un état alarmant des besoins à venir en ingénieurs et techniciens. Il faudrait, selon le think tank libéral, diplômer 37000 ingénieurs (ou bac+5 scientifiques), et 58500 techniciens supplémentaires chaque année d’ici à 2035, pour répondre aux besoins de l’économie, sur fond de départs massifs à la retraite et de transitions numérique et écologique.
Sur les 37000 diplômés supplémentaires de niveau ingénieur, 12000 viendraient de l’université, 10000 de reconversions professionnelles, 15000 des écoles d’ingénieurs. «Ces besoins correspondent à un scénario de réindustrialisation modérée, avec 12% de PIB industriel, précise Eric Labaye, ancien président de l’Ecole polytechnique, co-auteur du rapport. Il faut aligner les acteurs économiques et la formation, l’offre sur la demande, sinon les nouvelles industries ne se créeront pas…»
Elargir le vivier
Pour atteindre une croissance de 36% des diplômés d’écoles d’ingénieurs, le rapport de l’Institut Montaigne leur demande de «se réinventer». «Elles doivent élargir leurs recrutements, en s’ouvrant plus largement aux étudiants de médecine et sciences de la vie, à ceux qui sortent des classes préparatoires en économie, avec une remédiation sur certaines disciplines à leur arrivée en école, en élargissant les admissions sur titre ou en proposant plus de prépas intégrées, attractives pour de nombreux étudiants», énumère Eric Labaye.
Pour attirer plus de filles, une des solutions au manque d’ingénieurs, «les écoles peuvent se montrer moins rigides et faire évoluer le contenu de leur formation, en intégrant plus d’humanités ou de sciences de la vie. Ca a fonctionné à l’UTC». Autre moyen d’élargir le vivier : être plus proactif pour attirer les étudiants étrangers, en s’inspirant des pratiques des écoles de commerce. «63% d’entre eux restent en France une fois leur diplôme en poche», note Eric Labaye.

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Le rapport plaide également pour un "droit à l’expérimentation", qui permettrait aux écoles d’ouvrir plus rapidement de nouvelles spécialités, alors qu’il leur faut aujourd’hui entre deux et trois ans pour qu’une formation soit reconnue par la Commission des titres d’ingénieurs (CTI). La simplification est à la mode…
Rapprocher l'université du monde de l'entreprise
Il n’y a pas que les écoles d’ingénieurs… L’ancien président de Polytechnique estime que «les écoles d’ingénieurs ne suffiront pas à répondre à toute la demande, il faut renforcer les formations universitaires pour qu’elles soient plus proches du monde de l’entreprise». Notamment en proposant des stages, des formations assurées par les entreprises. Le rapport suggère également de diminuer le nombre de places, à l’université, accordées aux études littéraires et sociales, pour les réattribuer aux formations scientifiques.
Autres catégories de professionnels indispensables : les techniciens, dont le nombre de diplômés, souvent des bac+3, doit croître de 54% selon le think tank. «La création des bachelors universitaires de technologie, les BUT, répond à ce besoin, salue Eric Labaye. Mais en France, les bac+3 sont considérés comme une étape vers les bac+5, alors que dans de nombreux pays, ce sont de très bons diplômes, reconnus, qui suffisent pour démarrer une carrière professionnelle. Si on veut plus de jeunes dans ces filières, il va falloir aller les chercher et les attirer dans l'industrie.» Faciliter la reconnaissance du diplôme d’ingénieur par la formation continue pourrait encourager les jeunes à entrer sur le marché du travail après un BUT, suggère le rapport. Une autre simplification réclamée à la CTI.



