Enquête

L’industrie mise sur les futurs bacs pro

Entreprises et fédérations de l’industrie profitent de la réforme du lycée professionnel annoncée par Emmanuel Macron pour s’impliquer dans la rénovation des diplômes et peser sur la carte des formations.

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Un bac «plastiques et composites», qui offre des débouchés dans l’automobile et l’aéronautique, ouvre à la Réunion en septembre.

L e CAP et le bac pro «maintenance nautique» viennent de terminer leur rénovation. Au menu : l’introduction d’une formation à l’installation des appareils électroniques et d’une autre aux nouvelles propulsions. Céline Virot, la responsable emploi et formation de la Fédération des industries nautiques, se réjouit de cette rénovation : «Beaucoup d’entreprises se plaignaient que les jeunes n’aient pas les bonnes compétences métiers.»

L’UIMM, fédération de la métallurgie, a également travaillé avec l’Éducation nationale, notamment pour refondre le bac «systèmes numériques», qui remet l’électronique au programme. Il pourra être complété par une année de spécialisation, un bac+1 appelé «mention complémentaire», en cybersécurité ou en réparation de produits électroniques. L’Union des industries textiles travaille depuis un an et demi à la rénovation du bac «métiers de la mode - vêtements», en espérant y introduire plus d’heures de couture. «Ce bac entrera en vigueur à la rentrée 2024 et il faudra attendre encore trois ans pour que les jeunes soient diplômés. C’est long !», regrette le délégué général de Mode Grand Ouest, Laurent Vandenbor.

550 diplômes à réformer

Les industriels n’ont pas attendu la réforme du bac professionnel, présentée le 4 mai par Emmanuel Macron, pour s’impliquer dans la refonte des diplômes. Mais le gouvernement a décidé d’accélérer la cadence. Il veut passer, d’ici à 2025, de 30 à 100 rénovations par an, sur 550 diplômes. Quelque 13 millions d’euros seront consacrés par les Régions, les entreprises et l’État dans le cadre de France 2030, à l’ouverture, à la rentrée prochaine, de 80 classes de mentions complémentaires, dans des formations aux métiers d’avenir (numérique, mobilités douces, photonique, énergie).

La mention complémentaire «production et réparation de produits électroniques» arrive par exemple à Lyon, Strasbourg, Versailles, Nantes... Les industriels plébiscitent ces bacs+1, souvent suivis en alternance. «Les jeunes qui en sortent ont un excellent taux d’insertion», témoigne Céline Virot. La réforme compte y accueillir 20000 jeunes en 2026, contre 4500 actuellement. France 2030 va cofinancer avec les Régions, qui ont la charge des lycées, les plateaux techniques correspondant à ces nouveaux besoins.

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Revoir la carte des formations

Le deuxième grand chantier auquel s’attelle la réforme, qui se fera par voie réglementaire, est celui de la carte des formations. Celles qui ne mènent ni à un emploi ni à une poursuite d’études seront fermées, a annoncé Emmanuel Macron. «Cela concerne très peu de formations industrielles», assure à L’Usine Nouvelle Carole Grandjean, la ministre déléguée à l’Enseignement et à la Formation professionnelle. En septembre 2023, 2600 places de lycée professionnel disparaîtront, mais 3000 seront créées. Un bac «métiers de l’électricité», coloré de nucléaire, arrive en Bretagne, un «pilote de ligne de production» en Occitanie, un autre «plastiques et composites» à la Réunion...

La pénurie de personnel y est criante. J’attends de la réforme qu’elle apporte un maillage territorial correspondant à nos besoins.

—  La directrice du développement RH d’Arkema France

Une belle bagarre s’annonce. Les industries nautiques réclament par exemple des ouvertures de classes en Occitanie et en Paca. La directrice du développement RH d’Arkema France, satisfaite du contenu du bac pro «procédés de la chimie, de l’eau et des papiers cartons», aimerait des formations plus proches de ses sites chimiques, en Savoie et dans les Alpes de Haute-Provence : «Comme beaucoup d’industriels, nous sommes éloignés des grandes zones urbaines. La pénurie de personnel y est criante. J’attends de la réforme qu’elle apporte un maillage territorial correspondant à nos besoins.»

Changer l'image de l'industrie pour attirer les jeunes

Même souci dans l’habillement : «J’ai cinq adhérents, près de Châteauroux, qui vont recruter 700 personnes dans les cinq ans qui viennent, et quinze bacheliers par an seulement...», déplore Laurent Vandenbor. Un problème lié au manque d’attractivité des formations industrielles. Rendre publics les taux d’insertion dans l’emploi et de poursuite d’études de chaque formation, comme le prévoit la réforme, pourrait changer l’image de l’industrie. «J’attends cela depuis le début de ma carrière», se réjouit le délégué général de Mode Grand Ouest.

Pour coller aux attentes des entreprises, les services de Carole Grandjean organisent des rencontres entre le monde de l’Éducation nationale et les filières économiques. La première, en mars, a réuni acteurs du nucléaire, recteurs, proviseurs et professeurs autour du programme Match sur les besoins en compétences. Une deuxième a permis à des centaines de participants d’échanger avec la Plateforme automobile sur la fin des moteurs thermiques. Rénovation énergétique des bâtiments et métiers de la production vont suivre. Une grande première pour l’Éducation nationale !

«J’ai besoin des entreprises pour réussir cette réforme», affirme Carole Grandjean

À quoi serviront les bureaux des entreprises, pour lesquels vous avez lancé le recrutement de 2100 responsables ?
Ils seront le contact des entreprises dans les établissements. Elles pourront y proposer des stages, évoquer un manque dans la formation, parler d’un jeune avec qui elles rencontrent des difficultés. C’est avec ces bureaux que les acteurs économiques travailleront sur l’attractivité de leurs métiers. Les jeunes ne connaissent pas les métiers, notamment ceux de l’industrie ou les métiers d’avenir. J’étais récemment dans un lycée professionnel à Hénin-Beaumont, préfigurateur du bureau école-entreprise. Les équipes ont fait un immense travail de découverte auprès des collégiens et le lycée reçoit plus de candidatures qu’il n’y a de places ! Et comme ces jeunes ont vraiment choisi leur filière, il n’y a quasiment pas de décrochage.

Qu’attendez-vous des entreprises ?
J’ai besoin qu’elles s’engagent avec nous pour travailler sur le contenu des formations et s’impliquer fortement sur les stages. Beaucoup d’élèves ont du mal à en trouver, notamment les plus jeunes. J’entends trop d’entrepreneurs dire que ceux de seconde ne les intéressent pas, qu’ils ne sont pas productifs. La période de stage est un moment de formation, pas de production. Si une filière veut devenir plus attractive, ses entreprises doivent s’engager à prendre ces jeunes dès la seconde pour qu’ils découvrent ses métiers. Les entreprises peineront toujours à recruter si elles ne voient pas la formation comme une opportunité et un levier de leur attractivité.

 

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