30% de filles dans chaque classe préparatoire scientifique d’ici à 2030. Voici l’objectif fixé par la ministre de l’Education Élisabeth Borne dans le cadre du plan «Filles et Maths». Dévoilé le 7 mai, il vise à inciter les jeunes filles à se former aux métiers de l’ingénieur et du numérique. Si ce taux de mixité semble accessible en filière BCPST (biologie, chimie, physique et sciences de la Terre), il reste difficile à atteindre pour les filières à dominante mathématique.
Au lycée Louis-Le-Grand, qui compte entre 10 et 20% de femmes en MPSI (mathématiques, physique et sciences de l'ingénieur) et en MP2I (mathématiques, physique, ingénierie et informatique), l’annonce du gouvernement apparaît ambitieuse : «Nous allons évidemment jouer le jeu, mais il s’agit d’un exercice très contraint par le manque de filles dans le vivier», explique Joël Bianco, proviseur du lycée et président de l’APLCPGE (Association des proviseurs de lycées à classes préparatoires). Alors que les mathématiques n’ont pas la cote chez les jeunes femmes, d’autant moins depuis la réforme du lycée de 2019, les filières de santé dérobent nombre d'entre elles aux CPGE.«Il faut réorienter partiellement ce flux vers les études d’ingénieur et ce travail commence bien avant le lycée», reprend Joël Bianco.
Former les enseignants
Pour atteindre ces 30%, le plan “Maths et Filles” s’attaque aux biais de genre dès le plus jeune âge. Parmi les mesures phares se trouve la création de classes de 4e et de 3e à horaires aménagés, renforcées en mathématiques et sciences, qui devront être constituées d’au moins 50% de filles. «Cette pédagogie par projet est un excellent levier de féminisation des sciences car elle concrétise la démarche scientifique, observe Valérie Ferret, directrice des programmes d’éducation de Dassault Systèmes. Les entreprises s’impliquent déjà dans ce type de programme, et sont prêtes à faire plus.»
Autre axe du plan d’action : la sensibilisation du corps enseignant. Dès la rentrée 2025, une charte de lutte contre les stéréotypes devra être affichée en salle des profs et une sensibilisation de 2 heures, appuyée par des capsules vidéo, sera dispensée à tous les professeurs. D'ici trois à quatre ans, tous les professeurs des écoles et professeurs de mathématiques du second degré devront avoir assisté à une formation d’au moins une journée sur la prévention des biais de genre et des stéréotypes dans l’apprentissage des mathématiques. Une mesure que salue l’association Elles bougent, qui est en lien étroit avec le ministère de l'Education, un de ses ministères de tutelle. «Les professeurs peuvent véhiculer des stéréotypes de genre sans s’en rendre compte : selon notre enquête, 44% des filles ont entendu qu’elles sont moins compétentes que les garçons en sciences, chiffre Valérie Brusseau, présidente de l’association. Globalement, ce plan est une véritable révolution, avec une trajectoire pertinente qui tient compte de la réalité du terrain.»
Quelques «angles morts»
Le plan d’action du ministère de l’Éducation ne fait cependant pas l’unanimité. La question de la formation des enseignants, notamment, questionne. «Une formation sur les politiques égalitaires doit être faite au même titre que celles sur le harcèlement et la laïcité, note Claire Piolti-Lamorthe, enseignante de mathématiques et présidente de l'APMEP (Association des professeurs de mathématiques de l'enseignement public). En revanche, il nous semble dommageable que la formation d’une journée ne soit pas généralisée à tous les enseignants car les stéréotypes de genre traversent toute la société et toutes les disciplines.» L’enseignante regrette également l’absence de mesure de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, qui étaient une des recommandations du rapport de l’Inspection générale de l’Éducation intitulé "Filles et mathématiques : lutter contre les stéréotypes, ouvrir le champ des possibles" paru en février 2025 et sur lequel s’est appuyé le ministère pour concevoir le plan Filles et Maths : «Il s’agit là d’un angle mort dommageable car il est indispensable d’être vigilant à ce genre de propos dans les classes, qui existent bel et bien.»
À l’heure où les entreprises déplorent une pénurie de quelque 20000 ingénieurs, la mobilisation en faveur de la mobilisation de l’ensemble des talents, notamment féminins, est un enjeu national. Selon le rapport de l’inspection générale des finances, la sous-représentation des femmes dans les secteurs scientifiques a un impact sur la croissance d'environ 10 milliards d’euros par an.



