Les bâtiments industriels, bouffée d'oxygène pour l'industrie de la construction

Dans un contexte d’effondrement du marché du logement résidentiel, et de recul des permis en hôtellerie, bureaux et bâtiments agricoles, les bâtiments administratifs et les bâtiments industriels sont les seuls segments du secteur orientés à la hausse. Les constructeurs métalliques en bénéficient.

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En 2022, les carnets de commandes des constructeurs métalliques n'ont pas désempli.

D’après la Fédération française du bâtiment, les surfaces autorisées en bâtiments industriels ont progressé de 14,5% en glissement annuel sur trois mois, à fin juillet 2023, et de 4,2% sur sept mois. Avec les bâtiments administratifs, il s’agit du seul segment du bâtiment orienté à la hausse. Les bâtiments industriels représentent 41% des volumes en non-résidentiel neuf.

Un dynamisme confirmé par Emmanuel de Laage, vice-président du Syndicat français de la construction métallique et vice-président de Fayat Métal. «Les bâtiments industriels ont bénéficié de plusieurs circonstances favorables, la première étant qu’il y a une vraie réalité de réindustrialisation, notamment post-Covid et post-explosion de certains coûts de transport. Avec la prise de conscience environnementale, on réalise l’impact de faire traverser le monde à un produit, ce qui aide à une forme de réinternalisation de la production en France et en Europe.» Signe de ce mouvement, les installations de robots industriels ont progressé de 13%, en France, en 2022.

Les bâtiments industriels représentent 61,3% du tonnage mis en œuvre par les constructeurs métalliques, loin devant les bâtiments agricoles, silos et trémies (11,3%). Au premier trimestre 2023, 668,9 kilotonnes ont été enregistrées dans les carnets de commandes. «L’industrie, contrairement aux services, a bien traversé la crise Covid. Au cours des douze à vingt-quatre derniers mois, les taux d’intérêt bas ont constitué une forme de motivation à utiliser du cash», poursuit Emmanuel de Laage. Autre facteur explicatif, la crise énergétique qui a incité à la rénovation ou à la reconstruction de bâtiments vieillissants, mal isolés ou mal éclairés. Les constructeurs métalliques s’intéressent notamment aux centres d’incinération, qui doivent s’adapter à l’évolution des normes et à la croissance de la population.

Des prises de décision plus lentes ces derniers mois

Après une année 2022 qui a donné satisfaction aux constructeurs métalliques en matière de carnets de commandes, le début de l’année 2023 a causé plus de soucis. «Depuis le deuxième trimestre 2023, les décisions prennent plus de temps à venir, et le marché se tend depuis trois à six mois», constate Emmanuel de Laage, qui fait aussi part d’un phénomène d’attentisme dans un contexte de recul des prix de l’acier (-25% depuis avril 2022 sur la tôle, et -43% sur les profilés).

Les surfaces commencées (et non autorisées) en matière de bâtiments industriels ont par ailleurs décroché de 23,4% en glissement annuel sur trois mois, à fin juillet 2023, et de 26,4% sur sept mois. «On a des projets qui ont pu être autorisés au cours de l’année écoulée, et qui se trouvent confrontés à un décalage de budgets», commente Emmanuel de Laage, citant notamment la remontée des taux d’intérêt. Pas de quoi freiner l’enthousiasme de la filière, qui attend notamment l’émergence des gigafactories liées à l’industrie du véhicule électrique, dans les Hauts-de-France : «de nouvelles industries apparaissent. Les batteries, qui sont des produits pondéreux, nécessitent de vastes bâtiments.»

Ces perspectives, rejointes par «le retour de la commande publique», selon la Fédération française du bâtiment, avec, sur les bâtiments administratifs (14% du non-résidentiel neuf), une forte accélération (+12,9% sur trois mois) des surfaces commencées et une hausse de 8,4% des permis, apparaissent en dissonance dans un contexte de chute du logement résidentiel (-13,7% de surfaces commencées et -26,3% de surfaces autorisées sur trois mois en glissement annuel, à fin juillet 2023). Une situation qui inquiète jusqu’aux utilisateurs de produits connexes de scieries, la baisse des mises en chantier de maisons induisant un recul de la demande en bois.

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