Entretien

«La transition écologique du bâtiment passera par l'innovation», selon Xavier Fournet, de KPMG

Dans son étude annuelle Global Construction Survey, réalisée auprès de 300 décideurs mondiaux de la construction, des infrastructures et de l’ingénierie, KPMG fait ressortir la performance, la durabilité, et l’innovation comme priorités du secteur. Xavier Fournet, associé KPMG en France, responsable du secteur Infrastructures et construction, répond aux questions de L’Usine Nouvelle.

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Travailleurs bâtiment Etats-Unis
Le secteur du bâtiment reste responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre en France.

L’Usine Nouvelle. - Les tensions sur les approvisionnements inquiètent-elles toujours le secteur de la construction ?

Xavier Fournet. - Le sujet de la performance opérationnelle est toujours très prégnant, mais aussi celui de la maîtrise des coûts. L’explosion des prix de l’énergie, et les ruptures dans les chaînes d’approvisionnement ont été ces derniers mois sources de grosses difficultés pour les acteurs du secteur. La situation s’améliore grâce notamment à la mise en place de stratégie d’achats en circuits plus courts, mais la situation reste tendue concernant les prix de l'énergie, qui ne sont souvent que partiellement appréhendés par les indices de révisions. 

En matière de transition écologique, les décideurs sont-ils davantage poussés par la demande ou par la réglementation ?

La France s’est engagée à être neutre en émissions carbone en 2050. Le secteur du bâtiment représente plus de 20% des émissions du pays. La réglementation est un stimulus, mais cela prendra plusieurs années. A l’échelle mondiale, les pays s’emparent plus ou moins de cette question. Aux Etats-Unis, le pied sur le frein avait été mis pendant l’ère Trump avant de connaître une nouvelle dynamique avec Joe Biden. Cependant, en Inde ou en Chine, le sujet est regardé avec intérêt mais un faible volontarisme, car cela renchérit les coûts de production, et risque de brider la compétitivité des produits fabriqués par les deux «usines du monde». 

La viabilité économique du hors-site doit encore convaincre beaucoup d’acteurs

—  Xavier Fournet (KPMG)

L’évolution des techniques peut-elle permettre d’accélérer en la matière ?

Les plans de décarbonation des acteurs du secteur passent par l’évolution des modes constructifs : faire plus vite avec la construction hors-site, par exemple [qui réduit la consommation de matière, ndlr]. La viabilité économique du hors-site doit, toutefois, encore convaincre. Il séduit dans les espaces très contraints, comme à Singapour. Il y a aussi l’espoir d’un béton bas carbone. Cependant ces évolutions ne doivent pas créer de ruptures dans les chaînes d’approvisionnement, comme cela peut se produire dans certaines régions du monde. Globalement en matière de décarbonation les dirigeants ne sont pas trop inquiets sur la trajectoire à suivre, ils savent qu’il faut investir dans l’innovation au service de la transition écologique.

L’étude met en lumière une montée des questionnements liés à l’intelligence artificielle. Où en est le secteur ?

Le sujet est très à la mode dans toute la sphère économique. Pour ce qui concerne le monde des infrastructures et de la construction, on en est au démarrage de l’utilisation de l’intelligence artificielle. De plus en plus de critères commencent à être intégrés dans le «go / no go» sur les projets ou pour modéliser la maintenance prédictive des ouvrages et des bâtiments. Le sujet majeur est la disponibilité d’une donnée fiable, car il faut «nourrir» l’intelligence artificielle. Après un temps d'apprentissage, il ne fait pas de doute pour les acteurs du secteur que cela va contribuer à accélérer leur fonctionnement et leur performance. 

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