«Chez InVivo, la directrice financière vient dans mon bureau pour savoir si nos émissions de gaz à effet de serre ont baissé...», raconte le DRH du groupe agricole, Sébastien Graff. Depuis quelques années, le taux d’intérêt de la dette du groupe varie en fonction de ses performances extra-financières, mesurées par trois indicateurs RSE. Désormais, ces mêmes indicateurs intéressent aussi les salariés : leur prime d’intéressement augmentera si les objectifs RSE sont atteints.
Salariés et direction financière ont donc tout intérêt à aller dans le même sens. Le 1er décembre 2023, la direction d’InVivo et trois syndicats représentatifs sur quatre (sans la CGT) ont en effet signé un accord d’intéressement. Il couvre la totalité du périmètre du groupe, ce qui n’était pas le cas jusque-là, et réforme les modalités de calcul de l’intéressement quand il existait.
Profondément restructuré en dix ans, le groupe InVivo est passé de 1200 salariés en 2014 à 14 000 aujourd’hui, de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires à 12,4 milliards. Il est désormais présent dans l’agriculture (céréales, vignoble), le négoce, l’agroalimentaire (Soufflet, Episens...), le retail (Jardiland, Gamm Vert, Delbard...). «70% de nos salariés actuels n’étaient pas là il y a cinq ans», précise Sébastien Graff. Premier objectif de l’accord, donc : «embarquer l’ensemble des périmètres français, alors que l’offre sociale était un patchwork». Pour calculer l’intéressement, un critère financier simple a été retenu, et une mesure de solidarité mise en place : une partie des performances du groupe sera redistribuée à toutes les unités, quel que soit leur résultat. «Un principe qui a convaincu certaines organisations syndicales de signer l’accord», estime le DRH.
améliorer les Accidents du travail et le bilan carbone
Le plus original réside dans l’introduction de trois critères RSE dans l’accord d’intéressement. Ils permettront un éventuel bonus, l’intéressement sur critère financier étant, lui, garanti. Si les objectifs sont atteints, l’enveloppe de l’intéressement sera augmentée de 2% ; s’ils sont dépassés d’au moins 20%, elle augmentera de 4%. «On met de la chair autour de l’os», image le DRH.
Premier critère RSE, le taux de fréquence des accidents du travail doit baisser, de 19 à 15. «Dans la chimie, un bon taux de fréquence doit être inférieur à 10», précise Sébastien Graff, qui veut que «tout le monde soit en permanence sur le sujet, qui a besoin d’être animé pour s’améliorer». Par leur présence dans le coût de la dette, les accidents du travail s’invitent donc à chaque conseil d’administration... Idem pour les émissions de gaz à effet de serre. Objectif, modeste, de l’accord : les diminuer de 2,8% sur un an. «Les salariés peuvent y contribuer en limitant leurs déplacements, ou pour certains métiers, en revoyant les itinéraires agronomiques, en limitant l’utilisation des intrants.»
Développer une offre à impact
Dernier critère : la part du chiffre d’affaires issue d’une «offre à impact» doit passer de 10% à 20%. Le groupe produit et vend des engrais et pesticides chimiques, mais propose aussi des alternatives comme les insectes, qu’il veut développer. «C’est une attente du consommateur et un vecteur de développement pour InVivo, précise Sébastien Graff. Nos directeurs RSE sont avec nous.»
Les changements de périmètre du groupe n’étant sans doute pas terminés, l’accord est prévu pour un an seulement (1er juillet 2023-30 juin 2024). Il sera renégocié dès avril.



