Première préoccupation des Français : le pouvoir d’achat. C'est aussi le thème qui a ouvert le débat télévisé de l’entre-deux tours, mercredi 20 avril. Bien que le pourvoir d’achat (exprimé en revenu disponible brut) ait connu de 2017 à 2021 une hausse supérieure aux deux précédents quinquennats (+0,9% en moyenne par an) selon les calculs de l'OFCE, le sujet domine la campagne présidentielle.
La préoccupation est montée chez les Français à partir de l’été 2021, à la mesure de la hausse des prix de l’énergie d’abord, puis de celle des autres produits. La guerre en Ukraine a aggravé la situation, pour aboutir à une inflation de 4,5% sur un an en mars. Selon l’institut de sondage Elabe, le thème du pouvoir d’achat est devenu en octobre 2021 celui qui comptait le plus dans l’élection présidentielle pour 45% des Français, loin devant la sécurité et l’environnement.
Début avril 2022, le phénomène s'est accentué. Selon l’Ifop cette fois, 93% des sondés estiment que le pouvoir d’achat joue un rôle dans l’élection, et 74% sur leur propre vote. Les Français ne s’y trompent pas. Selon l’OFCE, 60% des ménages ont subi en 2021 une perte de pouvoir d’achat du fait du surplus d’inflation, quand un tiers d’entre eux a vu la perte compensée par les mesures d’urgence du gouvernement : l’indemnité inflation et le renforcement du chèque énergie.
Baisses d'impôts et de taxes pour Marine Le Pen
Marine Le Pen s’est autoproclamé candidate du pouvoir d’achat depuis le début de la campagne. Au cours du débat, elle a attaqué la première. « Je n’ai vu que des Français qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois. Je veux faire du pouvoir d’achat la priorité de mon quinquennat », a déclaré la candidate du Rassemblement national. Pour tenir cette promesse, elle table essentiellement sur des baisses d’impôts et de taxes.
« Des baisses pérennes, pas des chèques ou des tickets de rationnement », a-t-elle taclé. Passage d’une TVA de 20% à 5,5% sur les produits énergétiques (les carburants, le gaz, l’électricité, le fioul), suppression d’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans, TVA à 0% sur une centaine de produits de première nécessité, octroi d’une part pleine fiscale dès le deuxième enfant, restitution de la demi-part fiscale aux veufs et aux veuves, doublement de l’allocation pour les familles monoparentales... La candidate d'extrême-droite a aussi évoqué des revalorisations de salaires pour certaines catégories comme les soignants et les enseignants. Marine Le Pen propose de réindexer les retraites sur l’inflation. « La priorité, c’est de restituer aux Français leur argent », a-t-elle insisté. Elle a estimé que l’ensemble de ces mesures serait susceptible de représenter un gain de 150 à 200 euros par mois et par foyer.
Dispositif de crise pour Emmanuel Macron
Emmanuel Macron l’a sévèrement repris sur l’inefficacité et le caractère injuste des baisses de taux de TVA sur les produits énergétiques, comme sa suppression sur un panier de produits de première nécessité. « Face aux prix de l’énergie, le bouclier a consisté à bloquer les prix, et c’est deux fois plus efficace que la baisse de la TVA », a jugé le président sortant. Il a fait remarquer que ce bouclier permettait "de bloquer une augmentation de 40, 60 et parfois de 100% selon les énergies", et a constaté que Marine Le Pen n'avait pas voté cette mesure au parlement.
Le candidat à sa réélection s’est engagé à le maintenir dans cette phase de crise et a défendu son caractère non pérenne, pour ne pas subventionner les énergies fossiles, mais au contraire leur sortie via la rénovation ou les aides accordées à des produits et à des usages non carbonés. Emmanuel Macron a souligné le fait que l’inflation avait été plus contenue en France avec cette mesure, que dans d'autres pays européens.
Le président-candidat a semblé mettre Marine Le Pen en difficulté en expliquant qu’une TVA à 0% ne garantissait pas les prix finaux et que n’étant nullement ciblé sur les populations pauvres, elle n’était pas justifié. « Votre baisse va aller aux distributeurs beaucoup plus qu’aux consommateurs, et c’est une mesure injuste, car des gens comme vous et moi n’en avons pas besoin. On veut que les gens à l’euro près soient aidés », a-t-il considéré, défendant le principe d’un chèque alimentaire.
Deux voies pour la hausse des rémunérations
L’autre grand point de discorde entre les deux candidats a porté sur l’augmentation des revenus du travail. Emmanuel Macron a défendu son bilan sur le chômage, estimant que l’emploi était la première garantie des revenus. Il table sur le versement de primes par les entreprises en les rendant obligatoires en cas de versement de dividendes : par le bais de la participation, de l'intéressement, ou d’une prime exceptionnelle de pouvoir d’achat (PEPA) exonérée de cotisations et d’impôt sur le revenu. Son montant est triplé par le candidat LREM : 3 000 euros sans accord d’intéressement, 6 000 euros avec accord d’intéressement.
De son côté, Marine Le Pen propose d’inciter à une hausse des salaires en gelant la part de cotisations sociales afférente à une hausse de 10% de ceux qui sont inférieurs à trois fois le Smic. « Quand vous allez chercher un prêt, la banque vous demande votre salaire et se moque des primes. Parce qu’il sait que la prime, un coup vous l’aurez, un coup vous ne l’aurez pas. Je propose une vraie augmentation de revenus », a mis en avant la candidate. Une remarque à laquelle Emmanuel Macron a immédiatement répondu : « Mais Madame Le Pen, vous n’allez pas faire les salaires. Vous ne déciderez pas de ce qu’il y a sur la fiche de paie. »
La prime d’Emmanuel Macron est tout aussi aléatoire, mais elle est obligatoire en cas de distribution de dividendes et dépend des résultats de l’entreprise. Il l’a reconnu : « Je ne décide pas de la prime. Mais vous essayez de faire croire que vous allez augmenter les salaires et que ce sera récurrent, ce n’est pas vrai », a une nouvelle fois insisté le président-candidat.
Quelques diagnostics communs
Le débat a aussi porté sur la hausse des prix de l’électricité, avec une mise en cause du marché européen de l’énergie. Marine Le Pen a défendu une sortie du marché européen, quand Emmanuel Macron a expliqué avoir engagé un projet de réforme au niveau européen pour que les prix ne dépendent pas de la petite part de gaz que l'on importe, mais du coût de la base installée, principalement nucléaire.
Les deux candidats se sont en revanche entendus sur une hausse des pensions de retraite minimum à taux plein sur des échelles un peu différentes : 1 100 euros pour Emmanuel Macron et 1 000 euros pour Marine Le Pen, ainsi que sur une déconjugalisation de l’allocation adulte handicapé. D'autres mesures présentes dans le programme de Marine Le Pen, comme la baisse des tarifs autoroutiers de 15%, le prêt d’Etat jusqu'à 100 000 euros à taux zéro avec cessation de remboursement au troisième enfant, n’ont pas été évoquées.
Le financement de toutes ces mesures a également été évacué du débat, si ce n’est de manière allusive par Marine Le Pen qui a expliqué « le choix de faire des économies sur des dépenses dispendieuses et nocives »... En l’occurrence, d’après le chiffrage de son programme, celles qui concernent les aides de solidarité aux étrangers. Emmanuel Macron ne s’est pas non plus exprimé sur le financement de son coûteux bouclier énergétique.



