Un échange dense, engagé, mais respectueux. Les deux finalistes de l'élection présidentielle de 2022 ont livré ce 20 avril un spectacle bien différent de leur précédente confrontation en 2017, particulièrement tendue. Marine Le Pen a tenté de corriger ses erreurs du débat d'il y a cinq ans, tandis que le président sortant a musclé son jeu, dénonçant vivement les incohérences du projet de sa rivale sans pour autant tomber dans l'agressivité, ponctuant ses répliques de "Madame Le Pen". Au moins cinq grands sujets économiques ont émergé lors de ce débat de près de trois heures.
Bouclier tarifaire sur l’énergie ou TVA réduite ?
Les deux candidats en conviennent : tous les Français (ou presque) qu’ils ont croisés durant la campagne leur ont parlé de baisse du pouvoir d’achat. Mais Emmanuel Macron et Marine le Pen ne défendent pas les mêmes options pour aider les Français les plus fragiles à faire face aux hausses de prix, notamment de l’énergie. Emmanuel Macron veut prolonger le bouclier tarifaire contre les hausses de prix du gaz et de l’électricité « aussi longtemps que la crise est là », tandis que Marine Le Pen prône une baisse pérenne de la TVA sur l’énergie (de 20 à 5%). Le bouclier serait « deux fois plus efficace » qu’une baisse de la TVA, estime le président sortant, qui souligne que la députée Le Pen a voté contre son instauration. « Les Français auront une augmentation de leur facture de plusieurs dizaines, voire centaines d’euros par mois si vous deviez être élue, car vous avez voté contre ce bouclier. Quand on vote contre un bouclier qui bloque des augmentations de 40%, 60% voire 100% pour certaines énergies, on se retrouve avec des choses problématiques ». Marine Le Pen assure en réponse que le bouclier sera maintenu, et complété par sa mesure de baisse de TVA.
Elle met aussi en avant une « sortie du marché européen de l’énergie » et le retour à la régulation des prix. « Si nous avions des prix régulés comme antérieurement, nous serions moins sensibles à l’évolution des prix de l’énergie », juge-t-elle. « Nos prix de production faisaient le bonheur des particuliers français et ont fait la compétitivité des entreprises françaises. »« Sortir du marché européen de l’énergie serait une terrible erreur », réplique Emmanuel Macron, « car nous sommes interconnectés, et avons besoin du marché européen. Il faut réformer le marché de l’énergie pour qu’il ne dépende plus des petites parts de gaz qu’on importe parfois, mais de la base installée, en particulier le nucléaire chez nous. » Une réforme qui prend du temps, rappelle le Président qui défend la mise en place de mesures temporaires en attendant.
Marine le Pen propose aussi « la suppression totale de la TVA sur 100 produits de première nécessité, d’hygiène ou alimentaires, tant que l’inflation est supérieure d’un point à la croissance ». « Ce qui est le cas actuellement, dans les chiffres prévus », ajoute la candidate, ce que conteste le président sortant. La mesure de baisse de TVA est « inefficace » et « injuste », car les plus favorisés, qui consomment plus, en bénéficient en premier lieu, souligne Emmanuel Macron, qui propose plutôt un « chèque alimentaire ».

- 0.87105+0.06
10 Avril 2026
Livre sterling (GBP) - quotidien£ GBP/€
- 7.9967+0.13
10 Avril 2026
Yuan chinois (CNY) - quotidien¥ CNY/€
- 1.1711+0.22
10 Avril 2026
Dollar Us (USD) - quotidien$ USD/€
Des travailleurs détachés « par centaines de milliers » ?
Sans surprise, Marine Le Pen réaffirme ne pas souhaiter sortir de l’Union européenne, mais exprime ses désaccords avec beaucoup de politiques européennes. Notamment la directive sur les travailleurs détachés qui envoie vers la France des « centaines de milliers de travailleurs [qui] viennent dans notre pays, travaillent, et dont les charges ne sont pas payées en France mais dans leur pays d’origine ». « Il n’y a pas des centaines de milliers de travailleurs détachés en France », conteste le candidat La République en Marche. « Plutôt 50 000. »
« On s’est battu pour réformer cette Europe, et on a changé les règles [sur le travail détaché] pour avoir à travail égal, salaire égal », affirme Emmanuel Macron. « Vous avez juste obtenu qu’on arrête de frauder, mais les charges continuent à être payées dans le pays d’origine, ce qui est une perte nette dans notre pays, ce qui crée une préférence étrangère à l’emploi dans un certain nombre de secteurs », répond Marine Le Pen.
Les propositions de la candidate du Rassemblement national reviendraient à « supprimer le travail détaché », résume son adversaire. « vous irez l’expliquer aux milliers de Français travailleurs détachés dans des pays voisins, aux transfrontaliers », lance-t-il. Avec cette mesure - comme d’autres-, la candidate RN défend, de fait, une sortie de l’Union européenne, ce que Marine le Pen réfute. « Vous mentez sur la marchandise », accuse Emmanuel Macron. « Je défends l’Europe des nations, et tout le monde sait ce que je veux changer dans cette Union européenne », répond la candidate.
La France en panne de productivité ?
Marine Le Pen l’a asséné à plusieurs reprises : la productivité est en berne en France depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron. « Le chiffre de la productivité a totalement décroché à compter de votre élection. Elle est de 0,1% en France contre 1,8% pour l’ensemble des pays de l’OCDE », explique-t-elle. « On est dans une économie qui est en train de s’ubériser, avec des emplois très précaires et à bas coûts, on ne crée pas de richesse », assure-t-elle. « C’est sur l’industrie qu’il y a un effort à faire. » 14 500 emplois ont été perdus dans le secteur industriel depuis le début du quinquennat, affirme Marine Le Pen. Un chiffre une nouvelle fois réfuté par Emmanuel Macron. « Non Mme Le Pen, vos chiffres sont faux et l’Insee a bien démontré tout ça. Sous ce quinquennat, pour la première fois depuis quinze ans, on a réindustrialisé, pour la première fois depuis longtemps on a ouvert plus d’usines qu’on n’en a fermées, c’est le fruit des réformes que l’on a conduites. Quand on crée de l’emploi industriel, on lutte contre la pauvreté », assure le président en exercice.
Climatoscepticisme Vs écologie punitive
« J’ai lu votre projet, c’est très transparent : vous êtes climatosceptique », lance, d’emblée, Emmanuel Macron à Marine Le Pen pour ouvrir le chapitre « écologie ». Ce que la principale intéressée dément, tout en taclant le modèle d’ « écologie punitive » de son concurrent, qualifié de « climato-hypocrite »: « Vous avez accompagné des choses d’une grande violence pour les classes moyennes : expliquer aux gens qu’ils sont coupables parce qu’ils n’ont pas acheté de voiture électrique, quand ils veulent réparer leur chaudière au fioul, quand ils veulent se rendre en centre-ville avec une voiture ancienne… Oui à une transition, mais elle doit se faire dans le temps, de façon beaucoup moins rapide, pour pouvoir laisser aux Français le temps d’y faire face. » Marine Le Pen défend la relocalisation et même le localisme, une vision du « patriotisme économique », en réponse à la crise du climat. Emmanuel Macron veut lui aller deux fois plus vite dans la transition écologique et énergétique durant le prochain quinquennat.
Tout-nucléaire face à un mix nucléaire / renouvelables
Fermer la centrale nucléaire de Fessenheim ? Une erreur, « alors qu’aucune raison de sécurité ou de sûreté ne le justifiait », tance Marine Le Pen. « On a perdu dix ans, on a déstabilisé la filière nucléaire qui avait besoin d’être renforcée, soutenue, et de visibilité dans l’avenir. Cet outil décarboné et qui nous permet d’être indépendant doit être un socle de notre mix énergétique ». Quant à l’éolien, « c’est le pire, c’est une absurdité écologique, économique, un choix qui fait baisser le prix des biens immobiliers, et une énergie alternative. » La candidate RN confirme d’ailleurs vouloir démanteler les éoliennes. « Cela coûterait un argent fou », commente Emmanuel Macron, pour qui « le seul moyen de répondre au défi climatique est de faire de l’énergie renouvelable et du nucléaire en même temps ». « Le nucléaire que l’on décide aujourd’hui n’entrera en service qu’en 2035, on ne peut donc pas remplacer l’un par l’autre, c’est ce que dit le rapport commandé à RTE ».
Sylvain Arnulf, avec Myrtille Delamarche



