La flambée des matières premières, nouveau coup dur pour les brasseurs après deux ans de Covid

A l’approche de la haute saison pour les brasseurs, dans un contexte de levée des mesures sanitaires dans les bars et restaurants, la hausse des prix des matières premières et de l’énergie induit de nouvelles difficultés, après deux années chahutées par le Covid.

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Les tensions sur le marché des céréales provoquent des inquiétudes parmi les acteurs de la brasserie.

Coup de frein possible sur le marché de la bière. La guerre en Ukraine et l’inflation galopante provoquent de nouvelles inquiétudes dans un paysage contrasté selon les régions, à quelques semaines du démarrage de la haute saison pour le secteur avec le retour du printemps. « Nous sommes très inquiets sur l’inflation du carton, de l’aluminium, du verre, ainsi que sur l’augmentation du coût de l’énergie. Il est encore un peu trop tôt pour faire un bilan, mais on voit une forte volatilité sur le marché des céréales », constate Magali Filhue, déléguée générale de Brasseurs de France, le premier syndicat professionnel du secteur (98% des volumes produits, 4,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2020).

A Béziers (Hérault), Jean-Olivier Rieusset, responsable production de la brasserie Alaryk (21 personnes, 7 000 hectolitres produits par an) et vice-président du Syndicat national des brasseries indépendantes (SNBI), observe depuis la fin 2021 une augmentation « jamais vue auparavant » du prix des matières sèches, avec des hausses comprises entre 15% et 20% sur le verre entre octobre 2021 et janvier 2022, +50% sur l’inox et, selon les fournisseurs, de +30% à 50% sur le carton, avec des délais de livraison passés de deux à six semaines durant cette période.

Même inquiétude du côté des distributeurs de boissons (1000 entreprises, 15 000 emplois directs), qui enregistrent au premier trimestre 2022 des pertes de chiffre d'affaires comprises entre 15% et 20%, avec des volumes de ventes en repli sur 2019. « Dans une période qui n’est pas la plus haute en matière d’activité, la hausse actuellement constatée sur le prix du carburant, couplée à la hausse de la dépense énergétique, depuis le début de l’année, représente 20% du résultat des entreprises. On ne va pas rogner sur les 15 centimes, mais nous espérions quelques mesures spécifiques dans le plan de résilience », indique Laure Bomy, directrice générale de la Fédération des distributeurs de boissons.

Davantage d’efforts vers la grande distribution

Ces tensions sur les prix surviennent après deux années d’activité en dents de scie. Le circuit cafés-hôtels-restaurants représente 35% du chiffre d’affaires des adhérents de Brasseurs de France. « En janvier 2021, en particulier à Paris, certains restaurateurs ont perdu jusqu’à 50% de leur chiffre d’affaires. Mais depuis l'été dernier, en régions, sur le littoral, il y a eu un véritable engouement, grâce à l’attractivité de ces zones touristiques. La levée des mesures sanitaires coïncide avec la haute saison des brasseurs », se réjouit Magali Filhue.

« En 2020, il y a eu une stagnation ou une baisse des volumes. En 2021, les chiffre d’affaires sont remontés après la reprise des restaurants en mai, rappelle, pour le SNBI, Jean-Olivier Rieusset. Les brasseries qui travaillaient beaucoup avec les grossistes et les bars-restaurants ont éprouvé plus de difficultés ; les brasseries qui travaillaient avec la grande distribution et les réseaux spécialisés s’en sont un peu mieux sorties. » A Chanverrie (Vendée), la brasserie Melusine (15 personnes, 20 000 hectolitres) a ainsi réussi à faire croître son chiffre d’affaires de 25% en 2021. Dès le premier confinement, ses commerciaux ont été réorientés vers la grande distribution. En juillet 2020, une structure commerciale commune a été créée avec la brasserie francilienne Parisis, dont les ventes avaient progressé de 5% en 2020 mais reculé de 8% en 2021, en raison des difficultés rencontrées par les restaurateurs parisiens. Un contexte qui n’empêche pas son management d’investir : une unité de production de 20 000 hectolitres (contre 3 000 hl aujourd’hui) doit être livrée à l’été 2022 à Combs-la-Ville, en Seine-et-Marne.

A Aix-Noulette (Pas-de-Calais), la brasserie Saint-Germain (12 personnes, 15 000 hl) fait aussi état d’un contexte difficile pour la restauration en début d’année, mais de ventes satisfaisantes dans les zones touristiques. L’entreprise a profité des derniers mois pour repenser son process de production, son organisation - ses employés travaillent à un rythme de quatre jours par semaine depuis sa création en 2003 - et a lancé une nouvelle marque, Warou. Un moyen de se diversifier, au-delà de sa marque Page 24, et de toucher de nouveaux consommateurs dans le circuit hors-domicile (40% de ses ventes).

Des tarifs négociés en masse

Différentes initiatives peuvent permettre de passer le cap. Fin 2021, le SNBI a créé Nego Brass, une centrale qui négocie des tarifs préférentiels auprès de fournisseurs (matières premières, emballage, matériel…) Le syndicat s’appuie sur un prestataire extérieur pour prendre part aux négociations. Une quarantaine de fournisseurs ont rejoint la plateforme.

A plus long terme, les distributeurs de boissons envisagent de faire évoluer leurs matériels, comme vient de l’initier France Boissons. Un passage vers des motorisations électriques qui ne sera pas immédiat. « La crise liée à l’énergie accélère ce mouvement ; or, la trésorerie n’est pas au rendez-vous et 85% des entreprises du secteur ont eu recours aux prêts garantis par l’Etat pour s’en sortir au cours des deux dernières années. De plus, le moteur électrique poids lourds n’est pas totalement disponible », rappelle Laure Bomy.

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