La filière protéines végétales satisfaite du plan de relance, mais en attente d’une feuille de route

Les 100 millions d’euros dédiés aux protéines végétales dans le plan France Relance suscitent l’approbation de la filière. L’investissement dans les territoires et la structuration de la branche ne doivent pas être négligés, insistent les professionnels.

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Champ colza eolienne
Le colza fait partie des cultures au centre du plan annoncé.

100 millions d’euros, tel est le montant alloué, dans le cadre du plan de relance présenté le 3 septembre dernier, à la stratégie nationale sur les protéines végétales – cette somme sera complétée par des crédits du Programme d'investissements d'avenir sur l’alimentation durable pour la santé.

"C’est une satisfaction que l’enjeu protéines soit un instrument de la relance globale, une satisfaction d’autant plus grande qu’il y avait une attente depuis de longs mois de la mise en place de moyens financiers. L’enveloppe globale est d’un moment conséquent. L’interprofession et les groupes industriels sont satisfaits", indique Thibaut Ledermann, responsable des relations terrain de la Fédération française des producteurs d’oléagineux et de protéagineux.

Un souhait présidentiel

L’intégration d’attentes propres à la filière protéines végétales n’est guère une surprise : dès février 2019, Emmanuel Macron appelait les acteurs du secteur à se saisir de la question de l’indépendance stratégique (la France importe près d’un quart des protéines végétales destinées aux aliments d’élevage, et près de la moitié des matières riches en protéines, souligne le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation). Un enjeu rappelé en août dernier, à la suite des images montrant la forêt amazonienne en flammes, sur fond de soupçons envers l’agro-industrie afin d’y cultiver potentiellement davantage de soja. "L’Europe doit être capable de produire ses propres protéines, pour elle-même, pour consommer, comme pour les éleveurs", martelait le président de la République lors du G7.

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"Ces deux dernières années, la souveraineté alimentaire sur la protéine à destination de l’importation animale est fragilisée, et nos importations repartent à la hausse, du fait de la baisse de la production de colza en France", constate Stéphane Radet, directeur du Syndicat national de l’industrie de la nutrition animale. Ses adhérents recourent à hauteur de 46 % aux importations pour couvrir leurs besoins en matières premières riches en protéines (un chiffre qui monte à 66 % à l’échelle européenne). "Nous attendons des aides à l’investissement pour organiser des filières, et des investissements pour adapter nos capacités de stockage, des investissements en transformation et organisation de filière."

Un besoin d’investissements

Le plan France Relance s’axe autour de trois axes : réduire la dépendance aux importations de protéines végétales pour améliorer l'autonomie protéique de la France, atteindre 8 % de la surface agricole utile en surfaces de légumineuses, et faire du pays "un leader de la protéine végétale en alimentation humaine" dans l’objectif d’accompagner les recommandations nutritionnelles incitant à l’augmentation de la consommation de légumineuses. Il se base sur des investissements dans les exploitations, chez les organismes stockeurs et les transformateurs ; un accompagnement de projets locaux visant une autonomie protéique ; la promotion des produits transformés notamment en restauration collective ; ainsi qu’un appui à la recherche. Des appels d’offres seront lancés en 2021 et en 2022.

"Il y a actuellement une frilosité sur l’investissement, d’où l’intérêt du plan de relance. Il conviendra de renouveler les générations et avoir de la formation dans l’agriculture en prenant un virage écologique sur l’agriculture raisonnée. D’un point de vue souveraineté, c’est la brique de base. C’est très visible dans le plan de relance", commente Anne Wagner, présidente de l’association d’entreprises et de coopératives Protéines France. "Ce qui nous manque, c’est de la production. Nous, transformateurs et valorisateurs, on ne pourra correctement notre travail que s’il y a de la production sur le territoire", appuie Stéphane Radet.

Des demandes au-delà du seul volet protéines

Thomas Gauthier, délégué général de l’Union des syndicats des produits amylacés et de leurs dérivés (Usipa), qui regroupe les quatre producteurs français d’amidon (Tereos, Roquette, Cargill, ADM), attend beaucoup du plan de relance. La crise sanitaire a mis au jour le caractère essentiel de cette industrie, qui participe notamment à la continuité de service des industries agroalimentaires ou du secteur hospitalier. Il mise sur deux volets du plan de relance : la relocalisation (600 millions d’euros), et le soutien aux projets industriels dans les territoires (400 millions d’euros). "Il faut des travaux pour reformuler les produits et des travaux pour avoir des produits alimentaires végétaux. Nous avons vu, durant la crise, que nous devions sécuriser nos approvisionnements. Nous pourrons nous positionner aussi en tant qu’économie structurante des territoires", affirme-t-il.

Il fonde de grands espoirs dans la partie du plan dédiée au fret ferroviaire (4,7 milliards) : 50 % des approvisionnements en matières agricoles passent par le fret dans l’amidonnerie, ce qui en fait le premier utilisateur du secteur céréalier. "SNCF Réseau a tendance à aller voir les chargeurs (les industriels) quand il y a des travaux urgents, le dialogue de la dernière chance. On n’a pas le temps de budgéter les sommes nécessaires", regrette Thomas Gauthier, rappelant l’importance des lignes capillaires qui relient les usines aux silos des coopératives. Le représentant estime leur maintien à 700 000 euros du kilomètre en moyenne.

Un plan ministériel toujours attendu

Les professionnels du secteur restent toutefois sur leur faim quant à l’annonce effective du plan protéines tel que promis depuis plus d’un an par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. "La stratégie pourra être lancée en septembre 2020, avec l’annonce des premières mesures et la mise en place d’une gouvernance dédiée pour le pilotage et le suivi", explique le gouvernement, sans préciser si France Relance fait office de schéma directeur ou non. "Il reste au ministère de présenter cette stratégie protéines – on savait qu’elle serait dotée de moyens", appelle Stéphane Radet.

Protéines France met pour sa part en avant le rôle du comité stratégique de la filière alimentaire, et rappelle que fin août, Bpifrance a lancé un concours de start-up dédié aux protéines végétales, Protein Connect. Des subventions seront allouées aux entreprises les plus créatives.

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