De septembre 2023 à mai 2025, la CGT a décompté l’annonce de 381 plans de suppressions d’emplois en France (PSE, plans de départs volontaires, ruptures conventionnelles collectives…). La mise à jour par le syndicat de sa première version d’une liste noire et d'une carte, publiée en mai 2024, montre une accélération du phénomène : 175 plans sont concentrés sur les neuf derniers mois.
L’industrie paie un lourd tribut à ce décompte : 279 plans sociaux sur les 381 touchent des entreprises industrielles, dont 94 dans la métallurgie. L’auto et ses équipementiers automobiles sont particulièrement touchés (40 plans). Les industries chimiques font également partie des secteurs sinistrés : 26 plans dans la pharma, 48 dans le reste de la chimie, plasturgie, pétrochimie. Dernier secteur très touché : le commerce, avec plusieurs grosses liquidations judiciaires. Pour la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet, la publication de la carte, en 2024, avait pour but d’alerter sur «un mouvement de fond qui risquait d’ouvrir une nouvelle phase de désindustrialisation massive en France». Elle regrette que rien n’ait été fait et que les plans de licenciements aient continué à se multiplier.
Selon les calculs du syndicat, ces 381 plans aboutissent à la suppression de 88500 emplois directs (dont 16000 dans la métallurgie, 13000 dans le commerce, 9000 dans les industries chimiques), entre 158000 et 245000 emplois indirects. Mais la CGT reconnaît que sa liste n’est pas exhaustive, de nombreux petits plans de licenciement ne remontant jusqu’à elle.
Le gouvernement accusé de ne rien faire
Certains de ces plans sont anciens et terminés. D’autres, annoncés, sont en cours d’exécution. La CGT se réjouit que certaines menaces sur l’emploi aient finalement été levées. Certains plans ont effectivement disparu de sa «liste noire» : Ascométal, Metex, Duralex, la Fonderie de Bretagne, Lubrizol, Ekol Logistics, centrale de Gardanne…
Parmi les dossiers qui mettent «en colère» Sophie Binet : la vente de Vencorex et les 430 suppressions d’emplois qui l’accompagnent ; les aides publiques à STMicro qui organise 2800 départs volontaires ; le «refus» du gouvernement de nationaliser ArcelorMittal, quand la Grande-Bretagne et l’Italie n’hésitent pas à soutenir leur sidérurgie... «Nos projets sont refusés, Vencorex, MA France, ExxonMobil, Safra, a listé Sophie Binet. Le gouvernement refuse d’avoir une politique de filière dans l’automobile, n’a pas de stratégie des aides publiques. La politique de l’offre coûte un pognon de dingue...» Faute d’écoute côté gouvernemental, elle se félicite d’avoir l’oreille des parlementaires : commission sur les aides publiques au Sénat, sur les licenciements à l’Assemblée nationale, proposition de loi sur les relations fournisseurs/donneurs d’ordre issue des syndicalistes de GM&S…
La CGT s’inquiète d’autres dossiers en cours : la menace sur Engie Home Services, mis en vente, et ses 4500 emplois ; l’avenir du site Stellantis à Poissy ; les suppressions de postes dans l’éolien offshore de GE à Saint-Nazaire…
Le gouvernement avait accepté de créer une cellule de crise pour soutenir l’emploi face aux droits de douane américains. Elle devait se réunir une fois par semaine. Il n’y a eu qu’une réunion pour le moment, le 30 avril à Bercy. Depuis, plus de nouvelles…



