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Avec plus de fermetures que d’ouvertures d’usines en 2024, l’inquiétante panne de la réindustrialisation se confirme en France

En 2024, le solde du bilan des ouvertures et fermetures d’usines réalisé par L'Usine Nouvelle est négatif. C'est la première fois depuis 2020 que cet indicateur repart dans le rouge. 61 nouveaux sites industriels ont été inaugurés depuis le début de l'année, mais 71 sont menacés ou déjà arrêtés, d'après notre décompte exclusif.

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AFP NE PAS REUTILISER Michelin manif
Michelin a annoncé en 2024 la fermeture de deux usines françaises, à Vannes et Cholet.

Dans la Seine-et-Marne, Prodene Klint ne produit plus de savon ni de gel hydroalcoolique. L’usine a été liquidée à l’été après le retrait de son actionnaire américain. Depuis, les machines et les formules des produits ont été repris par un autre industriel, qui a réintégré quelques salariés. D’ici quelques mois, l’équipementier automobile Novares devrait lui aussi baisser le rideau près de Strasbourg, tant comme le fabricant d’éclairage Europhane aux Andelys en Normandie et le fabricant de siège auto bébé Team tex dans la région lyonnaise…

Depuis l’été, le tissu industriel français semble pris dans une lessiveuse. Les annonces de fermetures d’usines ou de menaces de fermetures n’épargnent aucun secteur d’activité, ni aucune région. 

71 sites menacés de fermetures contre 61 nouvelles usines

Le baromètre exclusif annuel de l’Usine Nouvelle confirme un coup d’arrêt de la réindustrialisation. Entre janvier et le 22 novembre 2024, nous avons comptabilisé 71 sites industriels condamnés ou menacés de fermeture.

Carte sites fermés 2024L'Usine Nouvelle
Carte sites fermés 2024 Carte sites fermés 2024

Ce décompte n’est pas exhaustif. Il se base sur les articles publiés sur notre site et notre base de données alimentée par l’ensemble de nos journalistes, à Paris et en région. Il comprend les sites faisant l’objet de redressement ou de liquidation judiciaire, ainsi que ceux pour lesquels la fermeture a été annoncée, même si elle n’interviendra qu’en 2025 ou 2026. Par rapport aux 42 fermetures annoncées ou de menaces l’année précédente, la dégradation est incontestable, même si certains sites peuvent encore espérer trouver un repreneur (comme l'ont fait Ascométal ou le verrier Duralex, in fine repris par ses salariés, plus tôt dans l'année). Elle marque en un an une hausse de près de 60% du nombre de sites menacés sur tout le territoire.

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Dans le même temps, L’Usine Nouvelle a comptabilisé cette année 61 inaugurations de nouvelles usines et 43 extensions de sites existants. Il peut s’agir aussi bien s’agir de nouvelles lignes, de capacités logistiques ou des centres de R&D. Dans tous les cas, nous ne les prenons en compte que lorsque la production a démarré et non au moment de l’annonce du projet d’investissement. En soi, le nombre d’inaugurations n’est pas si bas. Il reste au même étiage - plutôt élevé - que l’année précédente, qui avait enregistré 106 nouveaux sites ou extensions. Mais du fait de la flambée du nombre de sites menacés, la France devrait détruire cette année à nouveau plus d’usines qu’elle n’en a ouvert pour la première fois depuis 2020 selon notre décompte exclusif.

L'énergie continue de tirer les créations d'usines

La tendance est moins positive que le bilan publié début novembre par la Direction générale des entreprises à Bercy, qui dessinait une légère progression du nombre d’usines. Mais outre que la méthodologie n’est pas la même que celle de L’Usine Nouvelle (elle prend notamment en compte les fermetures au moment où l’activité s’arrête effectivement), celui-ci s’arrête au premier semestre, avant donc la dégringolade de l’automne.

La réindustrialisation ne se résume pas à une simple arithmétique entre ouvertures et fermetures d’usines. Mais parmi les nouvelles usines identifiées, dix ont mobilisé moins de trois millions d’euros d’investissement au total, que ce soit pour produire les petits avions d’Elixir Aircraft près de la Rochelle ou la production de volets roulants de la start-up volet français en Vendée. De façon plus générale, le soutien ces dernières années aux start-up industrielles, notamment via l’appel à projet "Premières usines" lancé par Bpifrance, a permis à ces jeunes pousses de se doter de leurs propres sites de production. De quoi contribuer au renouvellement nécessaire du tissu productif.

Au-delà, l’énergie reste, comme les années précédentes, le principal moteur de la réindustrialisation, qu’il s’agisse du nucléaire, avec l’inauguration du site de production d’emballages pour combustibles nucléaires d’Orano sur le port de Cherbourg, ou des technologies vertes avec le lancement de la production de la gigafactory d’électrolyseurs de McPhy à Belfort cet été et la production de panneaux solaires par Reden. 

9800 emplois menacés dans l'industrie

A l’inverse comme depuis plusieurs années, les équipementiers automobiles restent les premiers touchés, avec les papetiers et les fabricants de meuble. Mais, les procédures collectives et les fermetures ont rattrapé les entreprises industrielles de taille significative. Avec autant de risques de défaillance en cascade sur leur chaîne de sous-traitance. Au total, plus de 9800 emplois directs sont menacés sur les onze derniers mois, selon notre décompte. A Cholet et Vannes, la fermeture des deux usines Michelin prévue d’ici 2026 devrait laisser 1200 salariés sur le carreau. Quelques mois plus tôt, ExxonMobil a annoncé l’arrêt des activités chimiques sur sa plateforme de Port-Jérôme, qui employaient 670 salariés. Et les pouvoirs publics peinent à trouver une solution de reprise satisfaisante pour le chimiste Vencorex et ses 450 salariés dans l’Isère.

Rien n’annonce un renversement de tendance. «L’économie a vécu dans une bulle après la pandémie. La trésorerie des entreprises était abondante. Jusque mi-2023, l’investissement en France était sur la même dynamique qu’aux Etats-Unis», rembobine Anthony Morlet-Lavidalie, économiste de Rexecode. C’est désormais terminé. Les marges de manœuvre financières ont disparu. «L’investissement a lâché et les entreprises coupent maintenant dans leurs dépenses de recrutements», remarque encore l’économiste. Au troisième trimestre, les effectifs de l’industrie sont restés stables. Mais le nombre de déclarations d’embauches de plus d’un mois a reculé de 7% depuis le début de l’année, selon l’Urssaf.

Un risque de report des projets de futures usines

Dans le même temps, «les perspectives de demandes sont mal orientées», mises sous pression par la concurrence des importations chinoises, pointe l’économiste. Le moral des affaires dans l’industrie mesuré par l’Insee reflète les incertitudes des industriels. Depuis la rentrée, il joue au yo-yo. Il a regagné 4 points en novembre, après avoir dévissé en octobre, mais reste sous la moyenne de longue période. Une volatilité qui risque d’entretenir l’attentisme des chefs d’entreprises, comme l'indique déjà l'enquête EY auprès des investisseurs étrangers, et pousser à reporter les gros investissements, qui formeront les usines de demain. Eramet et Stellantis ont déjà jeté l’éponge sur leurs projets respectifs de recyclage de batteries, tout comme le recycleur de plastiques Loop en Moselle. Et d’autres pourraient suivre.

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