La souveraineté énergétique et l’attractivité de la France ne dépendent pas seulement de son nucléaire. Pour attirer sur son sol les datacenters des géants du numérique et les industries de la décarbonation, le pays doit adapter son réseau électrique. Après Enedis, qui avait annoncé en 2023 un programme de 96 milliards d’euros pour s’adapter au réchauffement et connecter les renouvelables, c’est au tour du gestionnaire du réseau, RTE, qui gère les lignes à haute tension, de présenter un plan à 2040. Il est du même ordre : 100 milliards d’euros.
Un plan résolument industriel, tant dans ses objectifs que dans son approche. «La priorité numéro un, c'est le raccordement des industriels. Nous avons contractualisé plus de 140 demandes d’industriels, dont 40 datacenters et 40 projets hydrogène et dérivés, pour 21 GW. C’est considérable : deux fois plus que les consommations des industriels présents aujourd’hui», explique Xavier Piechaczyk, le président de RTE.
De nouveaux projets arrivent encore début 2025, «preuve que la transition n’est pas théorique», observe Thomas Veyrenc, directeur général finance, achat et risques de RTE. Un constat résolument optimiste, car il le reconnaît lui-même, «beaucoup de projets qui ont obtenu des droits d’accès au réseau ne se concrétisent pas ou pas encore. D’autres réduisent la puissance. À ce jour, sur ces 21 GW, un peu plus de 1 GW sont en travaux de raccordement». Pour éviter de saturer la file d’attente, les règles d’accès au réseau, aujourd’hui basées sur le principe du "premier arrivé, premier servi", vont être modifiées. Avec les investissements qui devront être consentis pour raccorder les six nouveaux EPR2 et les nouveaux parcs éoliens en mer, cette partie du plan représente plus de la moitié de l’investissement, soit environ 53 milliards d’euros.
Le reste de l'enveloppe sera destiné à adapter 23500 kilomètres de réseau et 85000 pylônes à une France à + 4°C en 2100. Une enveloppe de 20 milliards est prévue pour rendre d’ici à 2040 «80 % du réseau résilient au changement climatique», assure Chloé Latour, directrice stratégie et régulation de RTE. La rénovation du réseau de communication de RTE coûtera quant à elle 4 milliards d’euros. Enfin, le renforcement de la structure du réseau, pour déplacer de grands flux d’électricité dans le pays, et pour mieux échanger avec les voisins, représentera 16,5 milliards d’euros. Les travaux sont séquencés par phases de cinq ans. Même si de nombreuses variantes sont prévues (plus d’un millier !) tout est planifié.

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Raccorder "par grappe"
Pour les nouveaux consommateurs industriels qui veulent se raccorder au réseau, RTE a défini différentes zones vers lesquelles ils peuvent s’orienter en fonction de leurs besoins et de la maturité de leurs projets. L'entreprise a identifié huit sites en France où il sera possible de trouver jusqu’à 1GW de puissance dès 2028, principalement des datacenters, 20 postes sources capables d’accueillir 750MW, et 50 postes sources capables d’accueillir 250MW. Ensuite, RTE veut raccorder les usines «par grappes» pour être plus efficace. Pour cela, il a défini trois types de zones. La zone 1, qui comprend les trois sites industrialo-portuaires de Dunkerque, Le Havre-Port Jérôme-sur-Seine et Fos-sur-Mer, sera prête à raccorder de nouveaux consommateurs industriels fin 2028, début 2029.
La zone 2 concerne Valenciennes, Saint-Avold, le Sud Alsace, la vallée de la Chimie, Plan-de-Champagne, Loire-Estuaire et le sud de l'Ile-de-France, où les demandes sont nombreuses. «On ne déclenchera la phase de travaux que lorsqu’il y aura des décisions d’investissement des industriels concernés», explique Thomas Veyrenc. Une zone 3 concerne sept territoires : Châteauroux (Indre), la Haute-Vienne, les Pyrénées, la région parisienne, l'Alsace, Port-la-Nouvelle et le Grand-Lyon. Mais le gestionnaire de réseau n’engagera des études qu’avec l’accord de l’État et des engagements fermes d'industriels. «On ne peut pas lancer des travaux sur une ligne 400000 volts sur la seule base de déclarations», prévient le directeur général de RTE.
Donner de visibilité à ses fournisseurs
Pour tenir les coûts et délais, RTE compte aussi mutualiser les travaux entre les zones de consommation et de production nucléaire, notamment à Penly et Gravelines. Il souhaite aussi cadencer le raccordement de l’éolien en mer, pour éviter les à-coups. Il s’est aussi fixé des objectifs de contenu local, avec 50% de matériel français et 100% de matériel européen.
Pour donner de la visibilité à ses fournisseurs, RTE planifie tout et anticipe au maximum. Il a ainsi passé pour 1 milliard d’euros de commandes à cinq fournisseurs de câbles. «L’offshore est un bon exemple de la démarche générale que l’on propose dans le SDDR (Schéma de développement du réseau). On offre de la visibilité dans les carnets de commande, de la fermeté, et on donne des clauses qui valorisent les performances. En échange, on veut du passage à l’échelle, des prix compétitifs, des localisations qui maximisent la part France et Europe et de vraies performances environnementales.» En mai, RTE a signé pour 4,5 milliards de contrats avec les Chantiers de l’Atlantique pour des postes de nouvelle génération pour les parcs éolien de Normandie et d’Oléron, et en décembre, un contrat de 300 millions d’euros pour une plateforme à courant alternatif, dont les fondations seront faites à Fos et les transformateurs à Aix-les-Bains.
Favoriser le made in France
«Pour l’éolien en mer, nous faisons face à un enjeu de passage à l’échelle, avec des parcs plus puissants et des raccordements plus coûteux car ils sont plus loin des côtes. Ils sont donc réalisés en courant continu, une technologie avantageuse mais plus onéreuse. Or, nous faisons face aujourd’hui à une tension industrielle sur ces équipements en Europe et dans le monde. Il y a assez peu de constructeurs qui maîtrisent ces technologies», observe Thomas Veyrenc.
Autre problème : la France ne produit pas de câbles sous-marins. «Il y a une tension sur ces matériels partout en Europe, et il y a besoin de nouvelles capacités. Nous souhaitons que nos marchés incitent à localiser une nouvelle installation de production, et de le faire en France. Nous avons engagé des discussions avec les câbliers. Il y a un intérêt, que je peux confirmer aujourd’hui, et sur lequel nous allons travailler dans les mois à venir», se félicite le directeur général de RTE. Le gestionnaire du réseau veut aussi jouer au maximum la carte de l’économie circulaire. «Le nouveau réseau aérien peut être construit à partir de 30% de matières recyclées, assure Chloé Latour. Nous allons travailler avec nos fournisseurs.» Ces efforts de contenus locaux et durables dans ses achats sont également intéressés. Pour financer au meilleur coût son plan de 100 milliards d’euros, RTE va emprunter, notamment auprès de la Banque européenne d’investissements. Et il compte utiliser les avantages offerts par l’Europe aux projets les plus verts.



