La transition énergétique va couter plus cher que prévu. En 2019, le gestionnaire du réseau électrique RTE annonçait un plan d’investissement de 33 milliards d’euros d’ici à 2035 pour maintenir et développer le réseau existant, absorber les énergies renouvelables et connecter les parcs éoliens offshore. Son nouveau schéma décennal de développement du réseau (SDDR) mis en consultation le 14 mars, chiffre autour de 100 milliards d’euros les investissements nécessaires d’ici à 2040 pour adapter le réseau de transport d’électricité.
En première ligne pour moderniser le réseau électrique, le gestionnaire du réseau de distribution électrique Enedis devrait lui aussi investir environ 96 milliards d’euros, estime à titre provisoire RTE dans son document d’évaluation économique. Enedis a notamment la charge de connecter toutes les nouvelles installations de production d’énergies renouvelables photovoltaïques décentralisées.
RTE, lui, est chargé des parcs éoliens en mer. Or depuis 2019, les ambitions développement de renouvelables en France ont largement évolué à la hausse. Elles sont même devenues l'un des quatre piliers de la stratégique énergétique du pays à 2050, avec la sobriété, l’efficacité énergétique et la relance du nucléaire.
Cette accélération de la transition énergétique va entrainer une demande en électricité plus importante que prévu d’ici à 2035. Ce qui implique pour RTE de lourds investissements, d’autant plus que cette stratégie s’accompagne d’une politique de réindustrialisation verte avec le développement de zones industrielles bas-carbone... et donc électrifiées.
Un programme de raccordements sans précédent
Le nouveau SDDR, mis en consultation jusqu’au 30 avril en vue d’une adoption et d’un financement définitif en 2025, répond à trois enjeux principaux. Le premier est celui de réussir un programme de «raccordements sans précédent depuis la création de RTE» des grands sites industriels à décarboner grâce à leur électrification, les nouveaux réacteurs nucléaires, et les parcs éoliens en mer. Dans une zone comme Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), RTE prévoit par exemple un investissement de 800 millions d’euros pour une nouvelle ligne, appelée à desservir les futures usines de la zone industrialo-portuaire.
Le deuxième enjeu est l’adaptation de la structure de réseau, notamment 400 kV, à la transformation du mix électrique, qu’il s’agisse des évolutions en matière de consommation ou de production d’électricité et d’interconnexion. Le troisième enjeu est celui de l’adaptation au changement climatique pour anticiper un réchauffement de 4°C en fin siècle en France. Un défi pour RTE, alors que 20% du réseau aérien a aujourd’hui plus de 70 ans. Le surcout de cette nouvelle politique énergétique se fait déjà sentir. En 2024, RTE va investir 2,28 milliards d’euros dans son réseau, soit une hausse de 10% comparé à 2023.



