L’école d'ingénieurs ESPCI Paris développe un test de dépistage nouvelle génération du Covid-19 en moins d'une heure

L'école d'ingénieurs, ESPCI, de l'université Paris Sciences & Lettres travaille avec l'Institut Pasteur sur un test permettant de détecter le COVID-19 en moins d’une heure. La Ville de Paris s'active pour favoriser une future industrialisation.

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L'ESPCI phosphore avec l’institut Pasteur sur une solution qui permet de réduire drastiquement la durée de résultat des tests de dépistage du Covid-19.

“C’est comme passer d'un 33 tours au CD. C’est plus petit, mais la qualité est tout aussi bonne.” Pour résumer ses derniers mois de travaux, Patrick Tabeling, professeur du Laboratoire Chimie Biologie Innovation de l’ESPCI, ose la métaphore. Depuis février, Pierre Garneret, Elian Martin, Etienne Coz, les membres de son équipe, phosphorent en collaboration avec l’institut Pasteur sur une solution qui permet de réduire drastiquement la durée de résultat des tests de dépistage du Covid-19.

Une méthode d’analyse beaucoup plus rapide

Alors que les tests actuellement réalisés en France se basent sur la technologie PCR, pour “polymerase chain reaction”,

ceux de l’équipe du professeur Tabeling capitalisent sur un procédé plus récent. “Nous utilisons la Lamp, [Loop mediated Amplification] qui date d’une vingtaine d’années, contre 37 pour le PCR, détaille le chercheur de l’ESPCI. Couplé aux progrès de la microfluidique et de la science des membranes, nous arrivons à une méthode d’analyse beaucoup plus rapide que les tests PCR.”

Cette rapidité est son principal atout : une heure pour savoir si vous êtes atteint du Covid-19 quand il faut au minimum une journée pour les tests PCR. Une différence qui s’explique par le fait que le résultat d’un test PCR ne peut pas être obtenu sur le lieu du prélèvement, contrairement à la méthode d’analyse imaginée par l’ESPCI, baptisée COVIDISC. Son fonctionnement : après prélèvement nasopharyngé ou salivaire, l’analyse se fait par deux disques en rotation. Après environ quarante-cinq minutes, une couleur s'affiche et permet de savoir si la personne est positive ou négative. 

Une collaboration sur le long terme avec l'Institut Pasteur

Patrick Tabeling prend l’exemple de l’Angleterre pour illustrer l’utilité que pourraient avoir ces tests. “Actuellement, les personnes qui entrent sur le territoire doivent respecter une mise en quarantaine de quatorze jours. Si on utilisait notre méthode, elles pourraient se faire dépister à l'aéroport et rentrer chez elles en cas de test négatif." Néanmoins, le test ne permet pas de détecter des personnes pendant la période d’incubation. “Mais on le détecte très tôt, un à deux jours après cette période.”

Le travail commun de l’ESPCI et de l’institut Pasteur sur ces questions ne date pas du Covid-19. Dès 2014, l’école d’ingénieurs a pris part à une task-force initiée par l'institut Pasteur pour réfléchir à des tests de dépistage d’Ebola dans des pays à ressources limitées. Ces recherches collaboratives se poursuivront sur d’autres virus comme la Dengue, Zika ou le chikungunya, dont les méthodes développées à cette époque pour les tests ont été reprises pour mettre au point COVIDISC.

D'AUTRES TESTS RAPIDES EN DÉVELOPPEMENT

L’ESPCI et l’institut Pasteur ne sont pas les seuls à plancher sur un test plus rapide. La PME francilienne BforCure travaille sur le projet Nomorecov, un appareil mobile et connecté capable de détecter la présence du virus SARS-CoV-2 dans un échantillon nasal en moins de 30 minutes. Dans le cadre d'un appel à projets lancé en mars par ministère français des Armées pour trouver des solutions contre Covid-19, il a obtenu un soutien de 1,8 million d'euros. La start-up montpelliéraine Vogo réfléchit quant elle à un test encore plus proche de celui mené par le laboratoire de recherche de l'ESPCI. 

Patrick Tabeling suit avec attention ces travaux connexes, même s’il estime que le projet Nomorecov se différencie sur la technologie utilisée comme l'aspect financier. L’appareil mobile et connecté est estimé à plusieurs milliers d’euros. “C'est cette ingénierie qui est complexe à mettre en place avec le PCR, alors que notre solution devrait coûter entre 10 et 20 euros”, estime le chercheur de l’ESPCI. De son côté, le test salivaire imaginé par le consortium Easycov - dont Vogo fait partie - s’il se rapproche du COVIDISC par le recours à la LAMP et son prix estimé, n'utilise pour sa part pas de module d'extraction, "complexe à mettre en place, mais indispensable pour augmenter la fiabilité de notre test", argumente Patrick Tabeling.

Soutien de la ville de Paris pour la commercialisation

Afin de mener à bien les premières validations en laboratoire, la Ville de Paris a octroyé une subvention de 50 000 euros à l’ESPCI. Actuellement, plusieurs centaines de prototypes sont en cours de fabrication et devraient être délivrés à la fin du mois de juin. “Il est nécessaire de les optimiser pour lancer ensuite la production”, argumente Patrick Tabeling.

La Ville de Paris souhaite s’engager auprès de Bertin technologies (membre du pôle de compétitivité francilien Systematic) pour accélérer cette phase d’industrialisation. Un contrat d’un montant de 390 000 euros devrait être signé pour le prototypage et la production des 1000 premiers tests et leurs lecteurs. Les chercheurs ayant travaillé sur le dispositif ont écrit un article scientifique pour présenter les détails de ce nouveau dispositif de test, qu'ils espèrent voir publier sur ArXiv.

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