Tests sérologiques, production en France... Cinq questions clés sur les tests de dépistage du Covid-19

Deux armes majeures émergent pour lutter contre la pandémie de Covid-19 : le dépistage chez les malades par des tests PCR, et le dépistage des anticorps par sérologie pour déterminer l’immunité d'une personne. La France est accusée d’être en retard dans ce domaine. L'Usine Nouvelle fait le point en cinq grandes questions.

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Biomérieux Marcy l'Etoile
La France priorise aujourd'hui les tests virologiques PCR servant à détecter les malades du Covid-19.

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, la question des tests de diagnostic a toujours été centrale pour lutter contre ce nouveau coronavirus. En premier lieu car le dépistage permet de détecter les personnes porteuses du virus, qu’elles soient symptomatiques ou asymptomatiques, ce qui permet de les isoler pour limiter les risques de propagation. En second lieu, car il permet de déterminer l’immunité collective, et donc mieux jauger du risque de circulation du virus et de reprise épidémique. D'autant plus sachant qu’il faudra attendre au moins 2021 - si ce n’est 2022 - avant l’arrivée d’un vaccin efficace contre le Covid-19, et que les épidémiologistes estiment qu’il faudrait que plus de la moitié de la population mondiale soit immunisée pour que la propagation du virus soit véritablement freinée.

1- Quels types de tests et pourquoi ?

Deux types de tests sont pris en considération : virologiques et sérologiques. La première catégorie concerne les PCR, pour « polymerase chain reaction ». Ce sont des tests de diagnostic moléculaire, qui permettent à partir d’un prélèvement nasopharyngé chez un patient d’extraire des séquences ADN, de les amplifier et de détecter, ou d’infirmer, la présence du virus SARS-CoV-2, responsable du Covid-19. Ces tests sont pratiqués sur des personnes malades, donc risquant de transmettre le virus, et sont à la fois utiles pour une prise en charge adaptée et pour isoler les porteurs afin d’éliminer les chaînes de transmission possible.

La seconde catégorie concerne les tests sérologiques, qui permettent de détecter, à partir d’un prélèvement sanguin, la présence d’anticorps spécifiques contre le SARS-CoV-2. Ces tests permettent donc d’identifier les personnes ayant été infectées, qu’elles aient été symptomatiques ou asymptomatiques. Cela permettra donc de quantifier le nombre de personnes disposant de défenses immunitaires et donc d’évaluer l’immunité collective d’une population.

2 - Quelle est la doctrine de la France sur les tests ?

La doctrine de la France en matière de tests a évolué en fonction de l’avancée de l’épidémie, et probablement aussi en fonction de l’évolution des moyens à disposition de l’Etat. Avant le stade 3 de l’épidémie et le début des mesures de confinement, les tests PCR ont été utilisés de manière très ciblée pour détecter les premiers cas, leurs contacts, et les premiers foyers épidémiques. Ces dernières semaines, ces tests PCR ont surtout été utilisés sur des patients présentant des formes sévères et principalement reçus en établissements hospitaliers, et la Direction générale de la Santé (DGS) recommandait principalement la surveillance syndromique. Des milliers de personnes sont ou ont ainsi été malades ces dernières semaines en ville en étant considérés comme touchés par le virus mais sans en avoir la certitude.

Désormais, l’objectif est de pouvoir détecter tous les cas suspects pour déterminer s’ils souffrent bien, ou non, du Covid-19. C’est l’axe énoncé clairement par le Président de la République dans son allocution du 13 avril. Emmanuel Macron demande que les "tests soient d’abord pratiqués sur nos aînés, nos soignants et les plus fragiles" et que le 11 mai, date prévue pour début du déconfinement, la France soit en "capacité de tester toute personne présentant des symptômes. Nous n’allons pas tester toutes les Françaises et tous les Français, cela n’aurait aucun sens. Mais toute personne ayant un symptôme doit pouvoir être testée. Les personnes ayant le virus pourront ainsi être mises en quarantaine, prises en charge et suivies par un médecin". Cette doctrine est celle qu’ont pratiquée, plus ou moins dès le début de l’épidémie, des pays comme la Corée du Sud et l’Allemagne.

3 - Où en est le dépistage en France ?

Au 24 mars, la France n’atteignait qu’un chiffre de l’ordre de 9 000 tests de dépistage, par PCR, pratiqués au quotidien. La DGS avait alors annoncé un triplement des dépistages, avec un objectif de 30 000 par jour dès le début avril. A priori, selon les données de Santé Publique France, ce seuil n’est pas encore atteint. Au cours des semaines 13 et 14 - soit entre le 23 mars et le 5 avril - les tests pratiqués par les laboratoires hospitaliers avaient dépassé le seuil des 170 000. Entre le 23 mars et le 3 avril (donc semaines 13 et 14), les laboratoires en ville avaient pratiqué un peu plus de 40 000 tests. Soit un peu plus de 100 000 par semaine, encore bien loin de la barre des 30 000 par jour. Interrogé le 14 avril sur RTL, Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, estimait que ces données étaient toutefois incomplètes car difficiles à agréger et que la France procédait à au moins 150 000 tests par semaine: "nous sommes en train d’arriver à 200 000". Ce qui maintiendrait encore le pays en-deça du niveau de l’Allemagne, pays testant le plus au monde avec environ 300 000 tests par semaine, toujours selon le ministre.

Pour multiplier le nombre de tests, l’Etat français a très fortement élargi le nombre de laboratoires habilités à tester. En mars, leur nombre était limité à 120. Dans son dernier bulletin, daté du 9 avril, Santé Publique France, mentionne 1 300 laboratoires de ville et 134 établissements de santé. Jérôme Salomon, directeur général de la DGS, évoquait le 14 avril lors de son point presse quotidien un élargissement constant des laboratoires habilités à traiter ces tests. Aujourd’hui, chaque département disposerait d’au moins un laboratoire, et des laboratoires vétérinaires ou ceux de la police et de la gendarmerie par exemple peuvent aussi pratiquer des tests. Enfin, des campagnes de dépistage dans certains Ehpad ont été initiées ces derniers jours.

4 - Quels tests sont disponibles en France ?

Pour le moment, les tests PCR sont pratiquement les seuls utilisés et disponibles en France. Selon les données consultables et datées du 3 avril sur le site de la DGS, 25 tests PCR disposent du marquage CE, ont été validés par le Centre national de référence (CNR) et sont pris en charge par l’Assurance-maladie. La grande majorité sont issus de producteurs étrangers, notamment asiatiques (sud-coréens, chinois, singapourien), américains, mais aussi européens (allemands, espagnols, suisse et turc) et français : Eurobio Scientific et AAZ. Quatre autres tests sont déclarés comme des dispositifs validés par le CNR, notamment celui du groupe français Biomérieux. Enfin, trois dispositifs marqués CE mais non pris en charge, à ce jour, par l’Assurance-maladie, dont celui du franco-britannique Novacyt.

En termes de production, peu de ces acteurs produisent en France. Il n’y aurait seulement que Biomérieux, à Verniolle (Ariège), Eurobio Scientific aux Ulis (Essonne) et AAZ à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine).

Malgré l’ensemble de cette gamme, ni la DGS ni le ministère ne se montrent diserts sur le nombre de kits de tests disponibles ni sur les approvisionnements. En clair : est-ce que la France dispose de suffisamment de tests pour remplir ses objectifs ? Le 14 avril, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, Olivier Véran a parlé de "l’achat de millions de tests en France et à l’étranger" et d’une phase actuelle de renforcement des capacités, mais sans précision.

5 - Où en sont les tests sérologiques ?

Pour les tests sérologiques, cela ne semble pas encore d’actualité, même si le département du Haut-Rhin a annoncé le 14 avril le démarrage d’une campagne de tests sérologiques dans les Ehpad. A l’Assemblée nationale, le même jour, Olivier Véran expliquait que "l’équipement en sérologie" vient "juste d’arriver sur le marché mondial", précisant qu’il "n’existait pas il y a encore quelques jours".

Aujourd’hui aucun test sérologique n’est encore officiellement validé par les autorités. "Des études se mettent en place pour acquérir des connaissances scientifiques par sérologie", dévoilait le 14 avril également Jérôme Salomon. Le directeur général de la DGS précisait que "l’idée est de récupérer des données de séro-prévalence", et que le CNR était mobilisé pour calibrer des "qualifications de tests dans les prochains jours" afin de dresser une liste de tests "fiables, utiles, qu’on peut interpréter, avec un minimum de faux négatifs et de faux positifs".

Même si le recours aux tests sérologiques est bien au programme, leur utilisation ne semble pas être une urgence aujourd’hui pour la DGS, laquelle a clairement fait des tests PCR la priorité. A ce stade de l’épidémie, l’immunité collective en France serait encore très faible. Selon les modélisations sur lesquelles s’appuie la DGS aujourd’hui, entre 5% et 10% seulement de la population française serait aujourd’hui immunisée.

En termes de production, pour le moment, la biotech bretonne NG Biotech est l’un des rares acteurs du diagnostic à avoir publiquement dévoilé un projet de production de tests sérologiques en France. Le calendrier n’est pas encore connu, mais l’objectif est de produire "à court terme", selon la société, 2 millions de tests sérologiques pour le Covid-19 par mois.

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