L’armée lutte aussi à sa manière contre le Covid-19. Son arme : l’innovation. Ce mercredi 27 mai, le ministère des Armées a donné les premiers résultats de son appel à projets visant à sélectionner des innovations qu’elles soient technologiques, organisationnelles et même managériales pour freiner la pandémie.
La démarche a rencontré un fort engouement. Entre le 19 mars et le 12 avril 2020, le ministère a reçu 2 580 propositions. Tous types d’acteurs ont répondu : des start-up, des laboratoires de recherche, de grandes entreprises mais également des soldats pour proposer des solutions immédiatement exploitables pour les armées. Les innovations portaient aussi bien sur les dispositifs de diagnostic et de décontamination que sur des plateformes informatiques de veille informationnelle ou de gestion de crise, en passant par le matériel médical.
Des contrats jusqu'à 1,8 million d'euros
La nouvelle agence de l’innovation de Défense (AID) a piloté l’appel à projets mobilisant 7 jours sur 7 une quarantaine de personnes aux compétences multiples (innovation, santé, financement…) du ministère des Armées. Elles ont eu la charge de sélectionner les projets, traiter les propositions et contractualiser avec leurs différents porteurs. Au total, l’agence dispose d’un budget de 10 millions d’euros pour soutenir les innovateurs. "L’objectif est de dé-risquer l’innovation. Il ne s’agit pas de financer l’industrialisation d’un équipement ou d’un produit", prévient une source au ministère des Armées. Parmi les critères de sélection : la faisabilité technique, la qualité scientifique, le statut du déposant mais également le calendrier et les moyens nécessaires à la réalisation du projet.
La PME BforCure a décroché la palme avec le plus gros contrat d’un montant de 1,8 million d’euros début avril. Elle développe un automate de test mobile capable de réaliser un dépistage en moins de 30 minutes des personnes susceptibles d’être porteuse du virus. Sa solution détecte également le virus sous sa forme d’aérosols ou sur des surfaces. Le premier automate de série est attendu en septembre. Les machines sont assemblées à Montreuil (Seine-Saint-Denis), où se situe le siège de BforCure. Si ces équipements intéressent les hôpitaux, les armées estiment également en avoir une utilité possible au sein des bâtiments de la marine nationale.
Le renfort des datascientists
Dans le domaine informatique, des datascientists de différents services du ministère des Armées ont développé une plate-forme exploitant des algorithmes d’intelligence artificielle afin de réaliser une veille et le classement des nombreuses publications concernant le Covid-19 au profit des chercheurs et du corps médical. Encore en phase bêta, la plate-forme est déjà opérationnelle et enregistre en moyenne 280 connexions par jour et permet de consulter plus de 500 000 publications référencées. Le projet a reçu une aide de 15 000 euros.
Parmi les projets les plus surprenants, l’application mobile d’analyse automatique de la voix Covoice pour surveiller à distance l’évolution des patients atteints du Covid-19 et réagir rapidement en cas de dégradation de leur état. Grâce à des logiciels d’intelligence artificielle tournant sur un smartphone, l’application repère dans la voix des marquants de gravité d’atteinte pulmonaire. Le projet a été proposé par un ingénieur de la DGA (Direction générale de l’armement) basé à Rennes (Ille-et-Vilaine) qui bénéficie du soutien du service de santé des armées.
Les autres projets financés concernent des domaines très variés : tests salivaires et sérologiques, purification de l’air et des surfaces, membranes aux propriétés antivirales, visières de protection, protection des soignants…



