Après avoir isolé la population à domicile, il s’agit de lui permettre de ressortir et de faire redémarrer le pays. Pour éviter une reprise violente de l’épidémie, cette stratégie s’appuie sur les masques. Lesquels éviteront avant tout aux personnes malades d’infecter les autres. Pour les tests, la donne est différente. La traque et l’isolation des cas de Covid-19 seront la clé de voûte pour limiter la circulation du virus et définir la suite des opérations.
Lors d’une audition au Sénat le 6 mai, Jean Castex, le coordonnateur national à la stratégie de déconfinement, a d’ailleurs précisé que le plan prévoit aussi "un plan éventuel de reconfinement". En cas de "seuils anormalement élevés" de tests positifs, il faudra "y compris de manière localisée, se donner les moyens d’agir immédiatement", a ajouté le haut fonctionnaire.
La politique sanitaire de tests devait ainsi changer drastiquement dès le 11 mai. Chaque personne ressentant un symptôme évoquant le Covid-19 est tenue de consulter un médecin immédiatement. Mais surtout, toutes ces personnes "seront systématiquement testées", assure Jean Castex.
Suffisamment de tests virologiques?
Un engagement qui nécessitera de disposer par semaine de 700 000 tests virologiques, permettant de dépister le SARS-CoV-2, objectif d’ailleurs fixé par le Premier ministre fin avril. Jean Castex estime que "nous devrions être au rendez-vous". Sur ce point, les choses ne sont pas si évidentes. Début mai, la Direction générale de la Santé (DGS) reconnaissait une certaine difficulté à agréger les données. Santé publique France, chargé de la remontée de ces informations, compilait jusqu’alors les chiffres émis par le réseau 3labos, regroupant les laboratoires Cerba, Eurofins et Biomnis, responsable des tests RT-PCR, donc virologiques, issus de 1 664 laboratoires de ville et de 157 établissements de santé. Y étaient ajoutés les chiffres des laboratoires hospitaliers. En semaine 16 (entre le 13 et le 19 avril) par exemple, la totalité des tests effectués avoisinait seulement les 115 000. Mais depuis des semaines, les autorités ont largement autorisé tous les laboratoires de recherche, publics, privés et même vétérinaires, à les mener. Au total, 270 000 tests auraient été menés réellement en semaine 16. Soit presque trois fois plus que début avril, témoignant de la montée en puissance du dépistage.
L’approvisionnement est un autre défi. Sur ce sujet, les chiffres ne sont pas dévoilés. La DGS liste plus d’une cinquantaine de tests RT-PCR autorisés et disponibles en France. Avec un écueil de taille : seuls quatre sont produits sur le territoire, en l’occurrence ceux d’AAZ, de BioMérieux et deux d’Eurobio Scientific. Tous les autres sont importés dans un contexte de grande tension internationale.
Le défi se poursuivra avec les tests sérologiques, permettant de recenser les personnes qui ont été malades et de mesurer le taux national d‘immunisation. La liste des tests sérologiques autorisés et disponibles en France se fait désirer depuis des semaines. Sans attendre, certains acteurs sont en phase d’industrialisation pour produire sur le territoire, à l’instar de NG Biotech en Bretagne et de BioMérieux en région lyonnaise, afin de relever ce défi secondaire mais d’importance pour la suite des décisions politiques sanitaires.



