Le fabricant de coeurs artificiels Carmat placé en redressement judiciaire

En difficultés financières, Carmat a été placé en redressement judiciaire mardi 1er juillet par le tribunal des Affaires économiques de Versailles. Le concepteur du seul cœur artificiel autorisé en Europe alerte sur le risque de voir cette technologie unique passer sous pavillon étranger.

Le dossier est suivi de près. A peine vingt-quatre heures après sa déclaration en cessation de paiement, le concepteur et fabricant du cœur artificiel le plus avancé au monde Carmat a été placé en redressement judiciaire mardi 1er juillet par le tribunal des Affaires économiques de Versailles. Après une suspension de son titre boursier, l'entreprise française, en grande difficulté financière, sera de retour sur Euronext à l'ouverture des marchés mercredi 2 juillet. 

Cette annonce marque un tournant pour la medtech fondée en 2008, qui incarne, après 30 ans de recherche, l'espoir d'une alternative à la transplantation cardiaque. Son cœur artificiel Aeson, approuvé en Europe depuis 2021, est le seul dispositif de ce type actuellement disponible sur le Vieux Continent, et reconnu comme le plus avancé au monde. Mais malgré cette percée technologique, Carmat est aujourd’hui au bord du gouffre.

Un besoin urgent de liquidités

L’entreprise doit trouver d’urgence 3,5 millions d’euros pour terminer le mois de juin, 4,5 millions pour survivre en juillet, et 35 millions pour couvrir ses besoins sur l’année à venir.

À ce jour, 122 patients ont été implantés avec le cœur artificiel Carmat. Si le dispositif est utilisé pour l’instant comme un pont vers la transplantation, des essais cliniques devaient démarrer en septembre pour valider son usage en implantation permanente, jusqu’à la fin de vie.

Le redressement judiciaire pourra permettre à l’entreprise de geler ses dettes et de restructurer ses finances. Mais il ouvre aussi la porte à un rachat à bas prix, potentiellement par un acteur étranger. Un scénario que redoutent les dirigeants de Carmat, à commencer par son directeur général Stéphane Piat. Très critique envers l’écosystème d’investissement français, ce dernier déplore le désengagement des investisseurs qui «nous ont abandonné au bord de la route» et l’absence de soutien public massif.

Une alternative vitale

Le marché adressé par Carmat est pourtant colossal : chaque année, environ 150000 patients sont en insuffisance cardiaque terminale en Europe et aux États-Unis, pour à peine 7000 greffes cardiaques disponibles. En France, moins de 400 transplantations sont réalisées chaque année, soit deux fois moins que le nombre de patients inscrits sur liste d’attente. Et la situation empire : les maladies cardiaques sont désormais la première cause de mortalité dans les pays développés.

Face à cette réalité, Carmat reste la seule entreprise au monde à proposer un cœur artificiel autonome et opérationnel en Europe. Son concurrent américain a perdu son marquage CE en raison d’effets secondaires graves, notamment des accidents vasculaires.

Une mobilisation en dernière minute

L’entreprise de 180 salariés basée à Bois-d’Arcy (Yvelines) avait lancé un appel au secours la semaine dernière, espérant encore une mobilisation d’investisseurs, de l’État, voire de la Banque européenne d’investissement. Une cagnotte en ligne avait aussi été mise en place, davantage pour sensibiliser que pour financer réellement l’activité. Mais sans réponse rapide, la société pourrait disparaître – ou être vendue, avec sa technologie, à un groupe étranger.

Avec Reuters

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