Carmat parle d’une «situation financière critique» et de «risque de cessation des paiements dès fin juin 2025». Et a même lancé une très inhabituelle campagne d’appels aux dons. Publié le vendredi 20 juin au soir, après bourse, le communiqué du fabricant tricolore de cœurs artificiels, qui compte 180 collaborateurs, a fortement déplu aux investisseurs. A la mi-journée du 23 juin, le titre, d’un niveau déjà historiquement bas, s’était effondré d’environ 50%, évoluant en-dessous de 0,50 euro par action. Financièrement, Carmat estime avoir besoin de 3,5 millions d’euros d’urgence avant la fin juin, de 4,5 millions supplémentaires jusqu’à fin juillet, puis d’environ 35 millions d’euros pour poursuivre son activité ces douze prochains mois.
Au 31 décembre 2024, d'après ses résultats annuels, la trésorerie de la société s’établissait à 4,7 millions d'euros et l'endettement financier net (donc retranché de ces 4,7 millions d'euros) était de 53,1 millions d'euros.
Un appel aux dons après 500 millions d'euros levés par Carmat depuis 2008
L’appel aux dons est sans contrepartie et «à fonds perdus», selon le communiqué. La démarche est quasi unique dans l’industrie, avec des dons qui ne pourront pas être remboursés et n’octroient aucune participation dans le capital. A la mi-journée du 23 avril, cette campagne sur la plateforme onparticipe n’avait permis de lever qu’à peine plus de 8000 euros, très loin des objectifs.
Carmat précise chercher en parallèle activement d’autres solutions pour son financement. Mais ces dernières années, les levées de fonds se multiplient tandis que les montants s’amenuisent. En 2024, Carmat avait levé 43 millions d’euros en trois épisodes, alors que depuis 2016 les levées s’effectuaient en une seule fois chaque année pour des volumes de 50 à 73 millions d’euros par an. Sauf en 2018 et 2020, où la société avait bénéficié d’aides et de subventions publiques, ou en 2023 où elle n’avait levé que 7 millions d’euros. Au total, depuis sa création en 2008, Carmat a levé plus de 500 millions d’euros.
120 patients implantés dans le monde, et une progression des ventes du cœur artificiel
Cette crise actuelle, qui menace directement la poursuite des activités à très court terme, intervient alors que la situation opérationnelle semblait s’améliorer. Le rythme d’implantation s’est accéléré pour les prothèses Aeson, le cœur artificiel que Carmat décrit comme le plus avancé au monde et autorisé commercialement dans l’UE comme pont à la transplantation pour les malades en insuffisance cardiaque terminale. A date, 120 patients ont été implantés dans le monde dont plus de la moitié lors des 18 derniers mois, assure l’entreprise.
Surtout, si la majorité des implantations a concerné des patients inclus dans des essais cliniques, Carmat a enregistré ses premières implantations commerciales depuis 2021. En 2024, la société avait vendu 17 prothèses Aeson et généré un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros, dans quatre pays : Allemagne, Italie, Espagne et Pologne. Pour le seul premier trimestre, les ventes s’étaient établies à 2,4 millions d’euros, et les premières implantations commerciales hors UE avaient eu lieu, en l’occurrence en Israël. En 2024, la direction de Carmat indiquait cibler un lancement commercial à partir de 2027 aux Etats-Unis, le plus grand marché mondial de l’insuffisance cardiaque. Toutefois, le développement commercial avait été fortement ralenti entre 2021 et 2022 avec des défauts de qualité sur ses prothèses, puis par des problèmes d’approvisionnement les mois suivants. Cette fois, c’est financièrement que cela semble bloquer, à un niveau particulièrement inquiétant



