Grâce à l'IA, Moët & Chandon mise sur le tri optique pour améliorer ses cuvées

Lors du salon VivaTech, Hiphen a présenté sa technologie de tri optique, adoptée par Moët & Chandon. Cette solution innovante, alliant IA et caméras industrielles, optimise la sélection des raisins et améliore la qualité des cuvées.

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LVMH
Sur le domaine de Romont dans la Marne, le robot développé par Hiphen est déjà opérationnel.

C’est un grand scanner automatique à l’allure métallique et verticale, rappelant le portique de sécurité d’un aéroport. Autour, les cuves et palettes voisines de cette machine sont encore vides car la période des vendanges en Champagne n’a pas encore commencé. Les quelques raisins, tout juste cueillis, défilent dans des bacs à vendange posés sur un transpalette sous une lumière maîtrisée, comme dans une chambre noire photographique. À l’extérieur de ce portique, un petit écran de contrôle affiche les résultats générés par l’algorithme dopé à l’intelligence artificielle. Celui-ci analyse chaque caisse avec un objectif clair : sélectionner les meilleurs raisins pour les meilleures cuvées.

Au cœur de l’un des quatre pressoirs de Moët & Chandon, sur le domaine de Romont dans la Marne, entouré de 1330 hectares de vignes ondulantes, le robot développé par Hiphen est déjà opérationnel. Bientôt, il devra accueillir les moûts livrés par quelque 2300 vignerons au pic de la saison pour produire les champagnes de Moët & Chandon. Dotée de deux caméras industrielles, la machine fonctionne comme l’oeil d’un expert. «Chaque caisse est évaluée dès son arrivée au pressoir grâce à cet outil. Il s’agit de repérer les grappes à leur état optimal afin de mieux les trier», explique Nicolas Chevrier, responsable de la stratégie et du développement chez Hiphen.

Identifier les grappes défectueuses

La technologie de tri optique scanne, analyse et qualifie les caisses de raisins dès leur arrivée au pressoir, assurant une sélection rigoureuse des grappes. Grâce à un système d’imagerie polarisée, les reflets sont éliminés, permettant une détection précise des défauts tels que la pourriture ou d'autres altérations. L’algorithme s’adapte aux caractéristiques de chaque vendange, détecte les maladies comme le botrytis et classe les raisins par qualité.

Hiphen conçoit, développe et intègre cette technologie capable de traiter jusqu’à 12000 kilos de raisins et d'évaluer la récolte selon des critères précis, excellent, bon ou passable, en temps réel pendant les vendanges. «L’enjeu pour nous était d’avoir une solution qui n’altère pas le rythme de production. Bien au contraire, désormais nous allons bien plus vite», souligne Félix Bauquelle, responsable technique viticole chez Moët. Résultat, quelques secondes suffisent aujourd’hui là où il fallait plusieurs heures auparavant.

La généralisation d’une version mobile

La version mobile «Flash Grappe» peut être installée sur un bac de vendange. En cours de déploiement, elle vise à uniformiser les standards de qualité dans toute la région. Fondée par Alexis Comar, Hiphen ambitionne d'étendre cette technologie à LVMH, aux vignerons partenaires et à toute la Champagne. Fruit de six ans de collaboration, la technologie est déjà en service dans les pressoirs Moët avec six machines dotées d’algorithmes de deep learning. Présente dans 18 pays, Hiphen, qui compte 30 salariés, vise 3,8 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. À VivaTech, la start-up a dévoilé ses ambitions : s’étendre aux fruits rouges, au lin et aux cultures de demain.

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