Au lendemain des annonces de Donald Trump, c'est la gueule de bois. Le secteur des vins et spiritueux est victime de la nouvelle vague de mesures douanières décidées par l'imprévisible Trump. Mais moins ce qu'il pouvait redouter. Le président américain avait fait craindre le pire, évoquant courant mars des taxes jusqu’à 200% : ces boissons alcoolisées se contenteront de 20%. Les effets de ces mesures sont relativement prévisibles, le secteur ayant déjà été victime de surtaxes lors de la précédente mandature Trump.
Qui veut perdre des millions ?
En 2019, la taxe, alors de 25%, sur les vins français avait provoqué une baisse des exportations de 17% - une fois «l’effet Covid» neutralisé - comme le rappelle Matteo Neri, analyste pour Xerfi, dans une analyse parue sur Linkedin ce 4 avril. Un manque à gagner de 200 millions d'euros pour la seule filière vin, souligne l’expert. À l’époque, les champagnes l’avaient échappé belle en raison des relations entre Bernard Arnault et Donald Trump et des investissements de LVMH au pays de l’Oncle Sam.
Pas de privilégiés donc pour ce millésime 2025. En 2024, la France a écoulé 2,4 milliards d’euros de vins outre-Atlantique et 1,5 milliard d’euros de boissons alcoolisées à bulles. Cela représente un quart des exportations hexagonales. La Fédération française des exportateurs de vins et spiritueux (FEVS), qui alerte sur l’impact économique pour le secteur, a chiffré un potentiel manque à gagner à 800 millions d'euros, dans un communiqué de presse daté du 3 avril. Détail important toutefois, comme le note Matteo Neri : en raison des stocks que se sont constitués les producteurs de vins et de champagne ces derniers mois dans l'attente des taxes, l'effet sur les prix ne se verra pas tout de suite Outre-Atlantique. Ce qui laisse aussi le temps aux négociations.
Pour le fromage, des consommateurs moins sensibles aux prix ?
Si les conséquences devraient être plus contenues, d’autres secteurs agroalimentaires ont signifié qu’ils seraient concernés par les taxes. Ils avaient pu espérer un temps que le courroux trumpien se limiterait aux vins et spiritueux, mais ce dernier est finalement resté sur sa position initiale augurant d'une taxation plus large. En 2024, la France a exporté près de 350 millions d’euros de produits laitiers et plus de 200 millions d’euros de pains, pâtisseries et autres biscuits, d’après les douanes françaises. Ces filières aussi vont devoir se mettre en quête de nouveaux débouchés.
Au détail, rien que sur les fromages exportés, qui sont souvent des produits assez haut de gamme, un cadre de Savencia se montrait récemment assez confiant sur la capacité des consommateurs américains, aisés, à absorber les hausses de prix. Par ailleurs, le débouché américain offre de belles marges aux fromagers, bien plus que sur la scène nationale, comme l’a souligné Soignon lors de la présentation de sa stratégie 2025 le 2 avril : ils disposent là d’un levier pour retenir des consommateurs trop sensibles aux hausses de prix.



