La guerre commerciale américaine pèse déjà sur la croissance française

L’Insee a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour début 2025. En cause : l’effet des droits de douane américains annoncés sur les exportations tricolores et la baisse contrainte des dépenses publiques début 2025.

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Le commerce extérieur ne devrait plus soutenir la croissance en 2025 selon l'Insee

Moins de deux mois que Donald Trump est de retour à la Maison Blanche, et déjà l’économie mondiale vacille. Dans un «contexte international qui se dégrade», l’Insee s’attend à un coup de frein du commerce mondial si Washington confirme la mise en place de droits de douane généralisés, plusieurs fois annoncés par Donald Trump pour le 2 avril. Dans son dernier point de conjoncture, publié mardi 18 mars, le tournant brutal de la politique commerciale américaine a amputé de 0,1 point la croissance du commerce mondial au premier trimestre 2025, avant 0,4 point au deuxième trimestre. De quoi peser sur les perspectives de croissance en 2025 de la France et des économies européennes.

Le constat concorde avec celui de l’OCDE. Dans ses prévisions intermédiaires, rendues publiques la veille, l’organisation basée à Paris a réduit de 0,2 point ses prévisions de croissance mondiale par rapport à décembre, désormais ramenées à 3,1 % pour 2025. La guerre commerciale déjà engagée pourrait entraîner une contraction de l’économie mexicaine (-1,3 % pour 2025) et une faible croissance pour le Canada.

Baisse de la confiance des ménages américains 

Les incertitudes restent immenses. Depuis février, Donald Trump a déjà plusieurs fois fait volte-face, instaurant plus annulant des mesures tarifaires contre le Mexique et le Canada. Les effets indirects du ralentissement des partenaires des Etats-Unis et les ripostes mises en place aux hausses de droits de douane pourraient doubler au final le coût économique des mesures Trump, évaluées à 2% du commerce mondial à long terme, selon l’Insee. Mais la rapidité à laquelle ces conséquences risquent de se voir dans les données économiques est difficile à évaluer, reconnaît l'Insee, qui reprend l’hypothèse d’une hausse généralisée proche de 20% en moyenne des droits de douane américain.

Certes, la France n’est pas en première ligne. Les Etats-Unis représentent à peine 2% de ses exportations et au final, sa balance commerciale est déficitaire. Avec respectivement 4% et 3,5% de leur PIB dépendant des exportations américaines, l’Allemagne et l’Italie sont beaucoup plus vulnérables à un refroidissement de leurs relations commerciales. Aux Etats-Unis, la confiance des ménages et la consommation ont commencé à chuter. Les enquêtes de climat des affaires PMI auprès des industriels indiquent une baisse d’activité et une révision à la hausse de leurs prix depuis janvier. Encore soutenue en 2024, la croissance américaine ne devrait plus que «flageoler» au premier semestre, selon l'institut, avec un acquis de croissance de 1,6 % à l’été.

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0,4% d'acquis de croissance pour la France à mi-2025 

Mais même pour la France, la baisse du dynamisme du commerce mondial aura un coût, prévient l’institut de statistique. Au premier trimestre, les exportations ont été moins dynamiques que prévues, avec une croissance nulle, après un sursaut fin 2024. A l’image du fabricant de mobilier Fermob, certains industriels ont anticipé les potentielles barrières tarifaires. Ces perspectives assombries au niveau international expliquent en partie la révision à la baisse de la prévision de croissance de l’Insee à par rapport à son précédent exercice de décembre. Au global, l’acquis de croissance en juin ne devrait plus être que de 0,4% de hausse du PIB, contre 0,5% prévu à l'origine. Une estimation qui rend difficile à atteindre la prévision du gouvernement de 0,9% de croissance pour 2025, sauf bonne surprise, par exemple avec des droits de douane moins massifs contre les Européens.

Le commerce extérieur, qui a été de façon assez inhabituelle l’un des moteurs de l’économie française de 2024, ne devrait plus soutenir l’activité en 2025. A vrai dire, les menaces américaines ne sont pas les seules responsables de l’affaiblissement de la croissance française. Faute de budget en bonne et due forme, l’Etat a été contraint de restreindre ses dépenses pendant six semaines au strict minimum prévu par la loi spéciale validée en urgence fin 2024. Cette baisse des dépenses publiques au premier trimestre a nettement pesé sur la demande intérieure.

Des commandes d'équipements au plus bas depuis dix ans 

Du côté des entreprises, les dépenses d’investissements devraient poursuivre leur baisse au premier semestre, alors que les intentions de commandes d’équipement sont à leur plus bas depuis dix ans. Et ce d’autant que les taux souverains ont rebondi après les annonces du plan d’investissement massif allemand dans la défense, avec pour effet de pousser à la hausse les taux d’intérêt à long terme pour les entreprises. En repli de 0,4% en 2024, la production industrielle devrait poursuivre son recul d’ici l’été et n’incite pas les industriels à relancer leurs projets d’investissement.

Tout l’espoir repose en réalité sur le consommateur. Avec le repli net de l’inflation, retombée à 0,8% en février sur un an et qui devrait rester sous les 1,1% d’ici juin, les ménages ont retrouvé du pouvoir d’achat. Celui-ci devrait alimenter un redémarrage de la consommation, avec un acquis de croissance attendu en hausse de 1% à l’été. Mais les ménages ne pourront pas compenser l’incertitude généralisée à eux seuls.

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