Analyse

Avec Donald Trump, les délocalisations vers des pays alliés ont du plomb dans l'aile

Malgré les tensions commerciales tous azimuts lancées par Donald Trump, le commerce mondial pourrait continuer à croître faiblement dans les cinq prochaines années. Mais réorganiser les chaînes de valeur s'annonce plus complexe, loin du "reshoring" et du "friendshoring", prônés ces dernières années.

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Trump signant un décret
Donald Trump menace d'imposer des droits de douanes sur toutes les importations américaines au 2 avril

Qui veut encore du «friendshoring» ? L’idée de rapatrier sa chaîne d’approvisionnement dans des pays alliés ou amis – sous-entendu sans la Russie et la Chine – était devenue le concept à la mode depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. En lançant sa guerre commerciale tous azimuts, Donald Trump vient de la liquider. Si la Chine est visée par des droits de douane de 20%, les menaces sont plus élevées – avec des tarifs de 25%, pour l’instant suspendus – contre le Canada et le Mexique, qui ne sont pourtant pas des rivaux stratégiques. À quoi bon déménager ses usines en Inde, comme a commencé à le faire Apple pour réduire sa dépendance à la Chine, si celles-ci se voient imposées des droits «réciproques» sur leurs importations après le 2 avril quasi aussi élevées ?

«La discussion sur les chaînes d’approvisionnement a complètement changé», reconnaît Ruben Nizard, l’économiste chez l’assureur-crédit Coface. Et elle rend encore plus difficile les choix stratégiques des entreprises. Même si elles ont été quasi immédiatement suspendues, les menaces contre le Mexique et le Canada risquent aussi de les rendre moins encline à miser sur le «nearshoring» - autre «buzzword» apparu après la pandémie de covid –  et à se localiser à proximité immédiate de leurs clients.

Dans son rapport 2025 sur les tendances du commerce mondial, le logisticien DHL souligne que l’Amérique du Nord était la seule du monde à avoir enregistré une plus forte régionalisation des échanges ces dernières années. Mais avant le retour de Trump, la progression s’est interrompue sur les neuf premiers mois de 2024. «Ailleurs, c’est l’opposé qui s’observe, avec un rallongement de la distance moyenne des échanges», souligne Steven Altman, économiste à NYU Stern business school et auteur du rapport. Celui-ci bât en brèche l'idée d'une reconfiguration mondiale des échanges sous l'effet de la géopolitique ou du raccourcissement des chaînes de valeur. Globalement, les pays commercent toujours quatre fois plus avec leurs alliés qu'avec leurs adversaires géopolitiques, mais cette proportion n'a pas beaucoup varié. De toute façon, seuls 21% des biens produits à l'échelle de la planète traversent une frontière. 

Commerce mondial en hausse malgré les taxes

«Malgré l’incertitude, ne sous-estimez pas pour autant la créativité d’entreprises qui veulent commercer entre elles», pointe Mike Parra, le directeur de DHL express Europe. Même dans le pire des scénarios d’une guerre commerciale totale des États-Unis contre le reste du monde et des droits de douanes réciproques sur l’ensemble des 12500 lignes tarifaires américaines, le logisticien ne croit pas à un recul des échanges mondiaux dans les cinq prochaines années. Mais la croissance du commerce mondial serait très fortement affaiblie, selon DHL. Les États-Unis ne représentent que 13% des importations mondiales et 9% des exportations,«pas assez pour faire tomber tout le système commercial international», juge le rapport. Un repli américain pousserait les autres pays à diversifier leurs échanges avec de nouveaux partenaires.

À défaut de «friendshoring» ou de «nearshoring», l’heure n’est pas forcément non plus à la relocalisation à court terme. «À la marge, certaines activités peuvent revenir aux États-Unis. Mais elles vont se heurter à une réalité économique», pointe Ruben Nizard. À commencer par la disponibilité de la main d’œuvre, déjà un point de tension pour les industriels américains et son coût élevé. La première guerre commerciale de Donald Trump, de 2018 à 2020, n’avait pas eu d’impact massif sur les chiffres de l’emploi industriel et du PIB manufacturier américain, relève l'économiste. Malgré la longue liste de promesses de projets d’investissements industriels aux États-Unis remis à jour régulièrement par la Maison Blanche, il n’est pas certain que cette nouvelle guerre fasse beaucoup mieux.

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