La promesse est alléchante. Le scénario de référence «Accélération réussie» du bilan prévisionnel 2035 de RTE prévoit que la France respecte à la fois son objectif climatique à 2030 et ses ambitions de réindustrialisation. Mieux, il permet d’éviter 190 milliards d’euros de dépense fossile d’ici 2035 et 1 500 millions de tonnes d’émissions de gaz à effet de serre. Dans ce futur idéal, la France réduirait de 55 % ses émissions de gaz à effet de serre à horizon 2035 comparé à 1990 comme fixe le pacte fit to 55 européen. Elle produirait aussi assez d'électricité pour reconquérir une certaine souveraineté industrielle alors que les nouveaux réacteurs nucléaire EPR2 ne seront pas encore en service à cette date.
Mais tout cela à un prix. D'abord, il faut multiplier par trois les investissements, hors réseau, dans le système énergétique français par rapport aux années 2010, soit entre 25 et 35 milliards d’euros par an. Ensuite, il faudra répondre à une augmentation de la consommation électrique de près de 40 % en 10 ans. Pour y parvenir, il s’agit d’actionner, sans mollir et en même temps, quatre leviers à haut risque : la sobriété, l’efficacité énergétique, la massification des renouvelables terrestres et la reconquête de la productivité nucléaire d’EDF.
Concrètement, il s’agit à horizon 2035 de multiplier par quatre les capacités solaire et éolienne françaises, ce qui revient à couvrir 35 000 à 80 000 hectares de panneaux solaires et à presque doubler le nombre de mats d’éoliennes au sol. On en compte 9500 aujourd’hui. Il faut également passer à 380 000 rénovations thermiques de bâtiment par an contre 230 000 en 2019 et installer 10 millions de pompes à chaleur en remplacement de chauffage à gaz ou au fioul. Dans le même temps, les transports devront changer rapidement et passer de 1 % à 42 % de véhicules électriques sur la route ainsi qu'à 23 % de camions électrifiés. Enfin, faudra également réorienter vers l’industrie 90 TWh d’électricité dont 65 TWh pour la production d’hydrogène bas carbone.
Attendu de pied ferme par le gouvernement
Pour que le réseau électrique tienne face aux pics de demande et de production des énergies renouvelables, il devra devenir plus flexible. RTE prévoit une capacité de 6,5 GW d’effacement (la réduction temporaire de consommation ndlr) en 2035 et le développement des batteries.

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Le nouveau programme nucléaire français avait été décidé et annoncé par Emmanuel Macron, lors de son discours de Belfort du 22 février 2022, suite à un premier rapport prospectif de RTE « Futurs énergétiques 2050 », dont le bilan prévisionnel 2035 publié le 20 septembre dernier, est une mise à jour sur la période 2023-2035 tenant compte de nouveaux paramètres, comme la guerre en Ukraine, la montée des protectionnismes nationaux et du renforcement des objectifs climatiques européens. Et bis repetita, le gouvernement attendait de pied ferme ce rapport pour justifier sa nouvelle stratégie énergie climat et ses objectifs à 2028 et 2033 de la nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). À peine publié, la ministre de la transition énergétique, Agnès-Pannier-Runacher commentait «la publication par RTE de son bilan prévisionnel du système électrique pour 2035 confirme la pertinence de notre stratégie énergétique».
D'autres scénarios plus pessimistes
Problème, ce scénario traçant une accélération réussie de l’électrification a peu de chance de se réaliser. Non seulement parce que l’activation des quatre leviers n’a rien de garanti. Mais l’inflation ainsi que des problèmes d’acceptabilité pourraient retarder de 3 à 5 ans l’atteinte des objectifs de renouvelables, d’efficacité énergétique et de décarbonation de l’industrie, comme le décrit RTE dans deux scénarios B, dits «atteinte partielle». Pire, le cadre macroéconomique et géopolitique favorable de «mondialisation heureuse», sur lequel étaient bâtis les scénarios de Futurs énergétiques 2050 de RTE n’a quasi aucune chance d’être rétabli à moyen terme.
«L’accélération de la transition doit se déployer dans un contexte désormais plus hostile où les énergies fossiles sont effectivement plus chères que par le passé, juge RTE dans son bilan prévisionnel 2035. A tel point que les dépenses contraintes pour les entreprises, les ménages et l’État grèvent leurs capacités de financement». Le gestionnaire a donc établi deux scénarios C «mondialisation contrariée» dans lesquels le coût du capital et des matières premières et énergies fossiles seraient durablement plus élevé et la croissance plus faible. Dans ces scénarios, faut investir davantage dans la relocalisation et dans la chaine valeur des transitions énergétiques et recycler davantage matériaux, ce qui entrainera une surconsommation électrique de 10 TWh de plus. Et par conséquent impliquera d’avoir une politique de sobriété plus contraignante. Autant de défis économiques, politiques et industriels qu’il vaut mieux anticiper.



