Solaire, éolien, hydraulique... Face à l'urgence, RTE veut massifier les énergies renouvelables

RTE a présenté le 20 septembre une mise à jour de son rapport « Futurs énergétiques 2050 » pour la période 2023-2050. Pour le gestionnaire du réseau, il faut un développement immédiat et massif du solaire couplé à une baisse drastique de nos consommations.

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Pour réduire ses émissions de gaz a effet de serre de 55% d'ici à 2030 tout en se réindustrialisant, la France doit opérer une nouvelle électrification qui ne peut pas s'appuyer sur le nucléaire avant 2035.

Finie l’insouciance électrique : Au moins jusqu’à l’arrivée des nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, chaque électron va compter. Le parc nucléaire historique d’EDF vieillit et est moins disponible. Or, la France doit opérer une électrification de ses usages et de son industrie plus rapide que ce qu'avait prévu Emmanuel Macron lors de son discours de Belfort en février 2022. Pour respecter l’ambition européenne Fit to 55, la France doit réduire de 55 % ses gaz à effet de serre d’ici à 2030 comparé à 1990 et non plus de 40 %, ce qui n’était déjà pas gagné. De plus, « avec la guerre en Ukraine et la montée des protectionnistes continentaux, il y a le souhait des États de gagner en souveraineté, qui en France se traduit par la volonté de relocaliser des industries, notamment de la transition énergétique, ce qui va augmenter la demande en électricité », expliquait déjà en juin Xavier Pechiaczyk, le président du directoire de RTE, le gestionnaire du réseau électrique.

Cumulée à la décarbonation, cette réindustrialisation verte va faire exploser la consommation électrique. Elle devrait atteindre entre 580 et 640 TWh par an en 2035 (contre 460 TWh aujourd’hui) selon les scénarios A « Accélération réussie » que RTE a publiés le 20 septembre. Cela représente en moyenne plus de 10 TWh à créer par an entre 2025-2035, avec une forte accélération à partir de 2030. Même dans les autres scénarios de RTE, prenant en compte des retards sur les objectifs  (scénarios B « Atteinte partielle) ou des contraintes sur l’accès aux ressources (scénarios C « Mondialisation contrariés), la consommation grimperait entre 525 et 600 TWh en 2035.

Une consommation qui augmente de 40% d'ici 2035

Les projets industriels de décarbonation des 50 sites les plus émetteurs et l’installation de gigafactories de batteries, d’électrolyse ou de solaire, feront croître la consommation de l’industrie de 114 à 160 TWh, hydrogène compris, d’ici à 2035. « On n’est plus au stade purement théorique ou des hypothèses. Les premiers projets sont là. Ils demandent à être raccordés que ce soit à Fos-sur-Mer, au Havre, à Dunkerque ou dans la Valée de la chimie », observe Thomas Veyrenc, directeur exécutif de RTE. Sur ces zones, RTE table sur une multiplication par trois à cinq de la consommation électrique et construit déjà des postes et des lignes par anticipation.

Il n’y a pas que l’industrie. La consommation du secteur du bâtiment devrait rester globalement stable à l'horizon 2035, l’électrification du chauffage étant compensée par les efforts de rénovation thermique. La demande électrique des transports, avec 8 millions de véhicules électriques attendus sur la route en 2030, et celle des data center, devraient, elles, enfler. Pour les satisfaire, il faudra assurer une production électrique bas-carbone de 640 TWh minimum, et si possible de 700 TWh, voire plus. Un objectif jugé très « ambitieux » mais  « faisable » par RTE alors que France n’a produit que 395 TWh d’électricité décarbonée en 2022. Le gestionnaire public fixe par contre une condition non négociable.

Pour assurer l’équilibre du système, RTE explique qu’il faut actionner quatre leviers simultanément et en poussant dès que possible les curseurs au maximum : rétablissement de la production nucléaire, développement des renouvelables, efficacité énergétique et sobriété. Autrement dit, en attendant les nouveaux réacteurs nucléaires, il va falloir à la fois augmenter massivement la production d’électrons verts et baisser la consommation partout où cela ne grève pas les objectifs climatiques et industriels. Et ce n’est pas fromage ou dessert. Renoncer à un de ces leviers, « c’est prendre un risque majeur de ne pas atteindre nos objectifs de décarbonation à court/moyen terme » ou, pire, d’avoir un niveau de consommation « qui dépassent les capacités de production du pays projetables à dix ans », selon Xavier Piechaczyk.

Le nouveau nucléaire n'arrivera pas avant 2035

Or actionner ces leviers n’a rien d’évident. Les quatre chantiers qu’EDF doit mener en parallèle pour remonter la production du parc nucléaire à son optimal, au tour de 400 TWh, sont tous des défis industriels, et leur délai incertain. Prudent, RTE table sur une production électronucléaire de 360 à 370 TWh par an. L’efficacité énergétique sur les équipements, notamment dans le bâtiment, aurait bien un potentiel de 75 à 100 TWh de réduction de consommation, mais reste un défi politique et sociétal. Une diminution de la consommation électrique est aussi possible si le gouvernement arrive pérenniser son plan de sobriété et à en faire un projet de société, ce qui n’est pas gagné. Les économies d’énergie pourraient atteindre 25 à 60 TWh par année d'ici 10 à 15 ans selon RTE qui table sur  l'évolution des modes de vie.

Les nouveaux réacteurs EPR2 n’arrivant au mieux qu’en 2035, la France n’a donc pas d’autre choix que de miser à fond sur les énergies renouvelables pour répondre à la croissance de la consommation électrique. A horizon 2035, il faudra produire un minimum de 270 TWh par an d’éolien terrestre, d’éolien en mer, de solaire et hydraulique, contre 120 TWh aujourd’hui, estime RTE. Cela revient à un doublement et, hors hydraulique, à multiplier par trois les capacités actuelles. Atteindre 320 TWh par an serait même souhaitable et accessible, veut croire RTE. Un vrai défi.

L'hydraulique toujours gelé malgré son potentiel

Le potentiel de l’hydraulique, de 2 GW supplémentaires, dont 500 MW d’optimisation de puissance et 1,5 GW de STEP (station de tranfert d'énergie par pompage) nouvelles, est gelé par EDF, qui veut sortir du système des concessions. Le gisement de l’éolien marin est de 15 à 20 GW en 2035, si les appels d’offres sont lancés à temps, d’ici à 2030, seuls 3,6 GW seront mis en service.  Ce sont 6 à 9 GW de solaire et d’éolien de plus par an dont 1,5 GW d’éolien terrestre qu’il va falloir ajouter par an.  Or, à ce niveau « on va avoir des blocages », prévient William Arkwright, directeur général d'Engie Green. L’acceptabilité n’est pas le seul verrou.  Pour faire face à l’augmentation des demandes de raccordement et de production d’EnR, il va falloir ajouter du réseau, beaucoup et rapidement.

Il faudra aussi surmonter les pointes de demandes en électricité qui risquent d’être amplifiées par le recours massif aux pompes à chaleur électriques pour le chauffage. Si le réseau va devoir gagner en flexibilité, les industriels vont devoir apprendre à s’effacer massivement sur le long terme. En somme, et même avec les nouveaux EPR2, le bouclage électrique risque de rester tendu au-delà de 2035.

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